Contraception masculine
De Leila Agic,
à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Question orale
Pendant trop longtemps, la contraception a été pensée comme une responsabilité presque exclusivement féminine. Pourtant, avancer vers une réelle égalité, c’est aussi repenser la manière dont cette charge est répartie au sein des couples et offrir aux hommes des solutions concrètes et accessibles.
Les mentalités évoluent, la science progresse et, pourtant, la contraception masculine reste fortement absente des débats et des politiques publiques. Pourquoi? Parce que le sujet demeure tabou, parce que l’offre contraceptive pour les hommes reste limitée et méconnue et parce que les campagnes de sensibilisation continuent de s’adresser en priorité aux femmes.
Durant la précédente législature, le Parlement a adopté la résolution visant la sensibilisation aux différents types de contraception, y compris masculine, et à tendre vers une responsabilité partagée de la contraception. Ce texte portait une ambition forte: donner aux hommes la possibilité d’être pleinement acteurs de leur contraception et déconstruire l’idée qu’il s’agirait uniquement d’une affaire de femmes. Pourtant, à ce jour, force est de constater que peu d’avancées ont été réalisées.
Dans le même temps, les statistiques sont préoccupantes: 70 % des modes de contraception utilisés concernent uniquement les femmes, maintenant une charge contraceptive inégalement répartie. Seuls 3 % des hommes ont recours à une mé- thode autre que le préservatif, alors que des solutions existent comme la vasecto- mie ou la contraception thermique. Plus de 60 % des hommes se disent pourtant prêts à utiliser l’une des techniques de contraception masculine si elles étaient mieux connues et accessibles.
L’urgence de repenser notre approche contraceptive s’inscrit également dans un constat plus large. En septembre dernier, une question orale a été posée au sujet de la baisse préoccupante du recours à la contraception chez les adolescents. Cette tendance montre non seulement un manque d’accès aux contraceptifs et des lacunes dans l’information, mais aussi la nécessité de repenser l’offre contraceptive dans son ensemble et de mieux inclure les hommes dans ce processus dès leur plus jeune âge.
Monsieur le Ministre, depuis l’adoption de la résolution en faveur d’une contraception plus égalitaire, quelles mesures ont-elles été prises pour mieux intégrer la contraception masculine dans les politiques de sensibilisation et d’éducation sexuelle ?
Des campagnes d’information sur la contraception masculine sont-elles prévues ? Dans l’affirmative, quels sont le contenu, le calendrier et le public cible ? Les centres de planning familial, les professionnels de la santé et les établissements scolaires disposent-ils aujourd’hui des ressources nécessaires pour informer et accompagner les hommes sur ces possibilités de contraception ? Comment votre gouvernement travaille-t-il avec les opérateurs concernés ?
Enfin, votre gouvernement prévoit-il d’encourager la recherche et le développement de nouvelles méthodes contraceptives masculines afin d’élargir l’offre et de donner aux hommes des solutions fiables et accessibles ?
Réponse du ministre
Madame la Députée, je vous remercie pour cette question sur la con- traception masculine que l’on n’aborde pas assez souvent. Néanmoins, je pense que les choses évoluent dans le bon sens. En effet, force est de constater que la plupart des hommes ne s’investissent pas – ou pas suffisamment – dans les questions liées à la contraception. Ils laissent ainsi porter la charge sur les épaules des femmes. Ainsi, il est nécessaire de rappeler qu’un partage de responsabilités sur la vie sexuelle et reproductive présente de nombreux avantages pour faire progresser notre société vers plus d’égalité entre les sexes. La responsabilité finan- cière et pratique de la contraception doit être partagée et une communication claire doit faire évoluer nos représentations.
Plusieurs associations sont soutenues dans le cadre du Plan wallon de prévention et de promotion de la santé et contribuent à cet objectif. L’ASBL O’YES est sou- tenue pour son projet «Mes Contraceptifs» et la formation des professionnels sur la contraception masculine, qui dure depuis 2019. Les outils développés par l’ASBL sont largement diffusés, notamment auprès des centres de planning familial par le biais des activités d’information et de sensibilisation.
Une collaboration existe également entre O’YES, la Fédération laïque de centres de planning familial (FLCPF), la Fédération des centres pluralistes de planning familial (FCPPF), la Fédération des centres de planning et de consultations (FCPC) et les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) sur les questions liées à la contraception. Cinq vidéos ont ainsi été conçues par et pour les jeunes sur cette même thématique; elles sont disponibles sur le site www.mescontraceptifs.be et sur les réseaux sociaux. Sur le site en question, une page spécifique permet d’in- former le grand public sur la contraception masculine.
Il est vrai que les missions dédiées aux centres de planning familial sont reprises à l’article 187 du Code wallon de l’action sociale et de la santé (CWASS), qui pré- voit notamment l’information, la sensibilisation et l’éducation en matière de vie affective, relationnelle et sexuelle, la promotion de la contraception et l’amélioration de son accessibilité. Ces missions s’étendent à l’égard de l’ensemble de la population. Dans tous les centres de planning familial, les personnes, quel que soit leur genre, peuvent obtenir gratuitement des préservatifs sur simple visite et de manière anonyme.
L’intégration de la contraception masculine dans les politiques de sensibilisation et d’éducation sexuelle est une priorité. Des efforts sont consentis pour inclure la contraception masculine dans les programmes d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) au sein des établissements scolaires. Ces programmes visent à informer les jeunes sur les différentes méthodes contraceptives disponibles, dont celles pour les hommes, telles que le préservatif et la vasectomie, et à encourager une discussion ouverte sur le partage des responsabilités dans le domaine de la contraception.
Les centres de planning familial jouent un rôle clé en offrant des séances d’infor- mation et de conseil sur cette contraception masculine.
Notons également le rôle des centres locaux de promotion de la santé (CLPS), qui représentent une excellente source d’outils pour que les professionnels fournissent l’information la plus éclairée qui soit au grand public, et ce, de manière totale- ment gratuite.
Réplique de Mme Agic,
Monsieur le Ministre, je vous remercie pour votre réponse. Je me joins à vous pour souligner le formidable travail de l’ASBL O’YES en ce qui concerne la contraception et la formation d’autres professionnels pour aborder cette question. Vous avez cité le site www.mescontraceptifs.be qui est très intéressant. Par contre, lorsqu’on regarde la liste des moyens contraceptifs, on s’aperçoit que la contraception dite masculine arrive en avant-dernière position, et même après la technique du retrait. En tant que professionnel de la santé, Monsieur le Ministre, vous n’êtes pas sans savoir que c’est pourtant une technique relativement risquée si elle n’est pas maîtrisée de façon consciencieuse. Cela en dit beaucoup sur la place que l’on accorde à la contraception masculine dans l’imaginaire collectif.
Je vous invite donc à aller plus loin en ce qui concerne le travail spécifique sur la contraception masculine, avec des campagnes destinées aux hommes et aux jeunes garçons, afin que cesse de perdurer la rareté de ce type de contraception, au point qu’il ne soit signalé qu’après la technique du retrait.