Tolérance zéro face au racisme dans le football
De Leila Agic,
à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Malgré l’existence d’actions de prévention telles que les campagnes «Come Together» ou «Stop Racism In Sport», force est de constater que le racisme reste encore et toujours bien trop présent dans nos stades. Tandis que certains joueurs continuent d’être victimes d’insultes racistes, des initiatives visant à sensibiliser contre ces discriminations sont parfois entravées.
Récemment, lors du match entre le FC Bruges et le Standard de Liège, un tifo contre le racisme a été interdit par la sécurité du club de Bruges, qui a estimé que le tifo aurait pu engendrer des tensions. Cette décision envoie un signal inquiétant: alors que les instances sportives prônent la tolérance zéro face au racisme, alors qu’un groupe de supporters du Standard s’empare du sujet de façon admirable, des clubs semblent considérer les messages antiracistes comme problématiques. Une telle situation interpelle quant à l’application réelle des politiques de lutte contre le racisme dans le football et les clubs.
Quelle coopération allez-vous instaurer avec la ministre des Sports, Mme Galant, afin de soutenir les initiatives antiracistes dans le sport ? Quelles mesures envisagez-vous pour intensifier les actions de sensibilisation et d’éducation à la lutte contre les discriminations dans le football, tant auprès des joueurs que des supporters et des encadrants ? De quelle manière le gouvernement prévoit-il d’accompagner les fédérations sportives et les clubs dans la mise sur pied de politiques inclusives et dans la prévention des comportements discriminatoires au sein des infrastructures sportives ?
Enfin, quels seront les marqueurs «Coppieters» dans la lutte contre le racisme et toute forme de discrimination dans le cadre transversal des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Comment votre double casquette Fédération- Région wallonne constitue-t-elle un levier à cet égard ?
Réponse du ministre
Madame la Députée, j’espère qu’il n’y aura pas de marqueurs «Coppieters» en ce qui concerne la tolérance zéro face au racisme dans le football, mais bien des marqueurs sociétaux pour parvenir à cet objectif.
Votre question met en lumière un enjeu crucial. Mes prédécesseurs ont lancé des campagnes de sensibilisation, mais, malheureusement, le racisme persiste et demeure une réalité dans le football. Ce récent incident lors duquel un tifo antiraciste a été interdit à l’occasion d’un match opposant le FC Bruges au Standard de Liège illustre les contradictions qui persistent alors que les instances sportives prônent cette tolérance zéro. Certaines initiatives antiracistes sont systématiquement entravées et cela démontre que quelque chose ne fonctionne pas. Il est donc essentiel que nos politiques se traduisent dans des actions concrètes et que nous puissions les appliquer et les contrôler sur le terrain.
Le plan de lutte contre le racisme 2023-2026 de la Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit plusieurs mesures pour intensifier la sensibilisation et l’éducation à la lutte contre la discrimination dans le football. Parmi ces trois mesures, notons la formation de référents «éthique» qui seront équipés des outils nécessaires pour prévenir et réagir face aux actes racistes, la structuration d’un mécanisme de signalement efficace qui comprend l’application d’une stratégie claire, d’un système structuré pour les rapports et d’un accompagnement spécifique lors du traitement des signalements et, enfin, un soutien accru aux clubs et fédérations en les accompagnant dans la mise en œuvre des politiques inclusives et de prévention des comportements discriminatoires.
Ma double responsabilité en tant que ministre de l’Égalité des chances à la Fédé- ration Wallonie-Bruxelles et acteur politique en Région wallonne me permet de disposer de leviers renforcés. Cela constitue un atout pour garantir une action transversale et efficace. Je compte travailler sur une meilleure articulation des politiques de lutte contre la discrimination. Le racisme dans le football ne peut être dissocié de problématiques plus larges. À la Région wallonne, mon rôle me permet d’intégrer cette lutte dans une approche globale en mobilisant les poli- tiques éducatives et sociales pour traiter ce problème à la racine.
Je compte assurer un soutien renforcé aux clubs et aux fédérations. En effet, la Région wallonne peut jouer un rôle clé en conditionnant certains financements à l’adoption de mesures concrètes de lutte contre le racisme. Il est impératif que les clubs ne se contentent pas d’adhérer au principe de la tolérance zéro, mais qu’ils l’appliquent réellement. Enfin, il faut assurer une meilleure coordination avec les acteurs locaux et l’ensemble de la société civile. Les associations locales, les collectivités, les éducateurs ont un rôle essentiel à remplir. De plus, nous devons renforcer les synergies entre les politiques sportives, sociales et éducatives afin d’ancrer cette lutte dès la formation des jeunes joueurs, vers une application stricte de la tolérance zéro.
Dans ce contexte, l’incident du tifo antiraciste interdit envoie un signal inquié- tant. Il ne doit plus être possible que les clubs perçoivent des messages antira- cistes comme étant une source de problèmes. Il est de notre responsabilité que la tolérance zéro ne se limite pas à un principe, mais soit bien une réalité appliquée sur le terrain, voire même contrôlée.
En collaboration avec Mme Galant, la ministre des Sports, je veillerai à ce que les engagements pris soient suivis d’actions concrètes et évalués régulièrement. Le football doit être un espace d’inclusion, de respect et d’exemplarité et nous devons garantir qu’aucun acte raciste ne reste impuni. Nous renforcerons nos politiques dans ce sens.
Réplique de Mme Agic
Le racisme est en effet un problème sociétal et systémique: il touche toutes les facettes de la société, y compris le sport, dont le football.
En même temps, le sport, en particulier le football, possède ce formidable pouvoir de rassembler les individus de tous horizons, et peut devenir un outil puissant de promotion de la solidarité, du respect et du vivre-ensemble.
Toutefois, aujourd’hui, on voit encore trop de clubs énoncer de très bonnes inten- tions. Le prochain objectif est de passer des paroles aux actes. J’entends votre ambition à ce sujet. Nous y reviendrons dans les années à venir pour être certains que le travail suit bien son cours.