Tenue du spectacle d’Ary Abittan à Bruxelles
Question d'orale concernant la tenue du spectacle d’Ary Abittan à Bruxelles.
Question d'orale de Mme Leila Agic
à M. Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Monsieur le Ministre,
Ce soir, le 27 janvier, doit se tenir le spectacle d’Ary Abittan au Cirque Royal. Cet homme a bénéficié d’un non-lieu – qui, je le rappelle, n’est pas un acquittement – dans une affaire d’accusation pour viol. Depuis, des collectifs féministes ont lancé un mouvement global afin de protester contre sa venue à Bruxelles. C’est d’ailleurs lors de l’une des représentations du spectacle d’Ary Abittan à Paris que Brigitte Macron avait traité ces féministes de «sales connes». Des collectifs féministes ont appelé à venir déguisé en Brigitte Macron afin de protester contre la venue de cet humoriste.
Monsieur le Ministre, nous avons déjà débattu de la culture du viol et du féminicide dans notre commission. En tant que ministre des Droits des femmes, soutenez-vous ces collectifs féministes qui tentent, de manière originale, de sensibiliser le public et de l’éclairer quant à ce spectacle?
Réponse du Ministre
Madame la Députée, la situation que vous évoquez suscite, à juste titre, de nombreuses réactions et interroge notre société sur la manière dont elle traite les violences sexuelles et la parole des victimes.
Je rappelle d’abord un élément important. Un non-lieu est une décision judiciaire de non-renvoi prise à l’issue d’une instruction; ce n’est pas un acquittement au terme d’un procès. Cette décision n’éteint donc pas, par définition, le débat démocratique sur les violences sexuelles, sur la parole des victimes et sur le sentiment d’impunité que beaucoup expriment. La mobilisation citoyenne et associative fait partie de la vie démocratique. Elle contribue à mettre certaines zones d’ombre en lumière et à faire progresser les consciences, notre conscience. Elle doit toutefois s’exercer dans le respect de la sécurité de tous et de toutes. Il serait donc une erreur de réduire ce débat à un «pour ou contre» au sujet du spectacle d’un humoriste, en l’occurrence.
La vraie question, celle qui nous oblige politiquement, c’est la culture de la violence, les mécanismes qui banalisent les agressions, qui découragent les dépôts de plainte, qui isolent les victimes et qui laissent croire que la honte devrait changer de camp, sans que les institutions puissent suivre. En tant que ministre des Droits des femmes, je peux soutenir structurellement la lutte contre les violences faites aux femmes, renforcer la prévention et donner les moyens concrets aux secteurs associatifs qui œuvrent au quotidien pour accompagner les victimes et favoriser la sensibilisation du public.
C’est dans cette logique qu’un plan intra-francophone de lutte contre les violences faites aux femmes sera prochainement adopté. Il renforcera la coordination entre la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie et la Commission communautaire française (COCOF) et comprendra des mesures de prévention, de soutien aux victimes et de responsabilisation des auteurs. Par ailleurs, en 2024, une campagne de prévention des violences par les ex-partenaires et les partenaires a été lancée. Elle cible les hommes en tant qu’auteurs potentiels a été lancée. Sa diffusion se poursuit. Cette campagne, qui s’intitule «Choisissez la meilleure version de vousmême», vise à questionner des comportements qui sont trop souvent banalisés, mais qui relèvent déjà de l’emprise ou de la violence, et donc à encourager aussi le recours aux dispositifs d’aide existants.
Enfin, je rappelle le soutien constant apporté au secteur associatif féministe. Cinq collectifs de lutte contre les violences faites aux femmes ont bénéficié d’un financement de 75 000 euros par an et par collectif jusqu’en 2025. Un nouvel appel à reconnaissance de collectif sera très prochainement relancé, avec un montant de 100 000 euros par an et par collectif. Ce soutien traduit la reconnaissance du rôle essentiel de ces actrices et acteurs dans la sensibilisation, la mobilisation citoyenne et l’accompagnement des victimes.
La liberté d’expression et de mobilisation fait partie intégrante de notre démocratie. Les actions menées par les collectifs féministes participent à un débat de société nécessaire sur les violences sexuelles, la culture du viol et la place accordée aux victimes. Mon engagement, comme ministre des Droits des femmes, est de continuer à soutenir le secteur, de renforcer les politiques publiques et surtout de faire reculer durablement les violences faites aux femmes.
Réplique de Mme Leila Agic
Monsieur le Ministre, votre réponse est plutôt engagée. Je suis ravie de constater que vous ne pensez clairement pas comme Brigitte Macron dans cette affaire. Des femmes se sont mobilisées pour dénoncer un homme qui, certes, a bénéficié d’un non-lieu et n’a pas été condamné, mais qui a fait preuve de violence dans sa relation et qui a pu continuer à se produire, tandis que la victime de ses violences n’a pas obtenu justice. Dans cette affaire, le processus judiciaire n’a pas pu être poussé jusqu’à son terme. Il est important d’envoyer un message politique. Trop souvent, les affaires de ce genre donnent l’impression d’une déconnexion totale de la part d’une sphère de la société détenant l’argent et le pouvoir vis-à-vis de la réalité de milliers de femmes victimes de viol. Celles-ci portent plainte et voient très rarement – pour ne pas dire quasiment jamais – leur affaire arriver au bout du processus judiciaire et aboutir à la condamnation d’un potentiel violeur.