Épuisement des travailleurs de l’aide à la jeunesse

Question d'orale concernant l’épuisement des travailleurs de l’aide à la jeunesse et l'absence d’une politique de prévention.

Question d'orale de Mme Leila Agic
à
Mme Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Jeunesse, de l’Aide à la jeunesse et des Maisons de justice

Madame la Ministre,

Le 14 janvier, je vous ai interrogée au sujet d’une jeune fille souffrant des troubles psychologiques et comportementaux qui a été placée en institution publique de protection de la jeunesse (IPPJ), faute de place dans un établissement adéquat. Ce cas témoignait des véritables violences institutionnelles vécues par ces jeunes à la croisée des secteurs. Actuellement, selon les chiffres que vous nous avez donnés, 20 jeunes se trouveraient dans la même situation et près de 1 500 jeunes ne bénéficieraient pas des services adéquats.

Récemment, de nombreux services d’aide à la jeunesse, des IPPJ et des services pédopsychiatriques ont alerté le monde politique sur l’urgence d’agir face à leur saturation. Leur cri est unanime: il n’y a plus de place nulle part pour accueillir les jeunes fragilisés. Ils soulignent aussi la fatigue des professionnels du secteur et le manque de personnel. Dans certains services, ils observent un doublement de l’absentéisme. Outre le renforcement du nombre de places, ils plaident pour un renforcement de la prévention, qui est le meilleur levier pour éviter que des jeunes glissent vers l’aide à la jeunesse.

Ayant déjà posé une question à ce sujet, je ne reviendrai ni sur la création de places ni sur la nécessité de travailler avec les différents secteurs pour offrir un accompagnement adéquat à chaque jeune. Je me concentrerai plutôt sur deux éléments, le premier concernant la charge du personnel. Pouvez-vous nous donner une tendance sur l’évolution de l’absentéisme au sein des services d’accueil de l’aide à la jeunesse? Qu’en est-il au sein des IPPJ? Par ailleurs, des budgets ont été débloqués pour recruter du personnel dans les services d’aide à la jeunesse (SAJ), les services de la protection de la jeunesse (SPJ) et les IPPJ. Pourriez-vous nous dire où cela en est?

Le deuxième point concerne la prévention. Tous les acteurs de terrain nous disent que vous ne parviendrez pas à faire baisser la pression sur les services sans des politiques préventives ambitieuses. Or, à ce stade, nous n’avons aucune information quant à votre politique de prévention. Où en êtes-vous dans la mise en œuvre de votre note d’orientation sur le sujet? Quel budget sera alloué à ces politiques?

Réponse de la Ministre

La question de l’absentéisme au sein des services de l’aide à la jeunesse est effectivement une problématique importante, qui mérite toutefois une analyse fine tant les métiers concernés présentent des réalités professionnelles variées et parfois très contrastées. C’est précisément pour objectiver cette situation que le ministère dont j’ai la charge a entamé, depuis plusieurs années, un travail d’amélioration et d’harmonisation de ses outils de suivi. L’objectif est clair: disposer d’indicateurs fiables et pertinents, notamment en matière d’absentéisme, afin d’orienter les politiques publiques sur des bases solides.

La gestion des absences constitue en effet un levier stratégique important, à la fois pour garantir la continuité du service public et pour assurer une répartition équilibrée de la charge de travail entre les équipes. À ce titre, la tendance actuelle concerne les fonctions psychomédicosociales, qui apparaissent dans tous les services de l’Administration générale de l’aide à la jeunesse (AGAJ) comme particulièrement exposées. C’est pourquoi plusieurs projets structurants, financés grâce aux moyens nouveaux, ont été développés: des programmes de bien-être au travail, des dispositifs d’accompagnement, la formation renforcée et l’amélioration continue des conditions de travail. Ces initiatives visent un double objectif: soutenir efficacement les professionnels et prévenir autant que possible l’apparition ou l’aggravation des situations d’épuisement.

Concernant plus spécifiquement les IPPJ et les services contigus, je rappelle que chaque absence temporaire génère une enveloppe budgétaire permettant un recrutement compensatoire. Ces renforts, engagés dans le cadre de contrats à durée déterminée de 6 à 24 mois, permettent de maintenir la qualité de l’encadrement tout en limitant la surcharge des équipes en place. Néanmoins, les tendances sont fluctuantes en fonction des contextes institutionnels difficiles que certaines institutions peuvent traverser.

Depuis 2025, le ministère conduit un projet transversal ambitieux dédié à la prévention et à la réduction de l’absentéisme. Il repose sur trois axes complémentaires et cohérents: agir en amont par la prévention, la sensibilisation et l’identification rapide des facteurs de risque; agir pendant l’incapacité en maintenant un lien constant avec l’agent et en préparant activement son retour; agir sur la réintégration grâce à un accueil structuré, un accompagnement individualisé et un suivi attentif des parcours.

À propos des renforts structurels, 64 nouveaux équivalents temps plein (ETP) ont été attribués là aussi grâce aux moyens nouveaux: 33 ETP pour les SAJ et les SPJ; 31 pour les IPPJ et le Centre communautaire pour mineurs dessaisis. La majeure partie de ces recrutements est désormais finalisée. Les agents sont entrés en fonction ou sont en voie d’être désignés. Ce renforcement substantiel est un signal fort de l’engagement du gouvernement à soutenir durablement les équipes.

Pour la note d’orientation relative à la politique de prévention, je vous renvoie à ma réponse à la question de Mme Lange du 4 novembre dernier au cours de laquelle j’ai présenté les grandes lignes de la réforme validée par le gouvernement en octobre. Le travail de concertation des opérateurs de terrain se poursuit et ils ne seront en mesure de présenter les premiers textes qu’à l’automne 2026. À ce stade, il m’est donc difficile d’avancer plus avant sans mettre à mal la concertation en cours. Soyez cependant pleinement rassurée sur la place que j’accorde à la prévention dans les différentes composantes de l’aide à la jeunesse.

Réplique de Mme Leila Agic

Madame la Ministre, il n’est absolument pas question de faire pression sur les personnes malades, ou qui ne se sentent pas bien au travail, afin de forcer leur retour au travail. L’objectif, au contraire, est de voir comment améliorer leurs conditions de travail, car leur présence au travail est ô combien précieuse. J’ai entendu vos réponses sur les engagements. Nous vous interpellerons à l’issue du processus de concertation sociale pour faire le point.

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