Adolescentes et sport: le grand décrochage
Question d'orale concernant les adolescentes et sport : le grand décrochage.
Question d'orale de Mme Leila Agic
à M. Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Monsieur le Ministre,
La mutuelle française MGEN vient de publier une étude consacrée aux adolescentes dans le sport: il en ressort que près d’une sur deux abandonne le sport par contrainte. Différents facteurs peuvent être un frein à leur pratique et expliquent leur décrochage sportif. Tout d’abord, il y a l’ignorance du corps féminin: plus de la moitié des adolescentes estime que les changements physiques rendent le sport moins agréable, que les menstruations constituent un frein à la pratique et que l’encadrement sportif ne répond pas à leurs besoins spécifiques.
Ensuite, il y a les pressions sociales et esthétiques: près de la moitié déclare avoir déjà subi des comportements déplacés, ne se sent pas toujours en sécurité et se dit être mal à l’aise avec certaines tenues sportives imposées, jugées inconfortables ou trop sexualisées.
En outre, certaines pratiques sont peu accessibles. Un tiers des adolescentes n’a pas de club féminin près de son domicile; plus de la moitié est freinée par les coûts et estime que l’emploi du temps scolaire ne permet pas de pratiquer régulièrement.
Enfin, il y a une culture de la compétition fortement dissuasive: le règne de la compétition dans le sport, au détriment du bien-être et de l’inclusion, contribue au décrochage. Les filles préfèrent alors arrêter, plutôt que de subir cette pression supplémentaire.
Alors que le sport reste un défi majeur de santé, d’égalité et d’émancipation, ces facteurs transforment la pratique sportive, censée être un espace d’épanouissement, en un lieu procurant anxiété et perte de confiance, où les adolescentes se sentent jugées. Pourtant, l’étude constate qu’elles restent attachées au sport et reprennent potentiellement lorsque les conditions de pratique sont adaptées.
Monsieur le Ministre, existe-t-il une étude similaire auprès des adolescentes de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Dans la négative, comptez-vous étudier et chiffrer ce phénomène chez nos jeunes filles? Collaborez-vous avec la ministre des Sports afin de réduire cette inégalité de fait dans les pratiques sportives? Avezvous des pistes de réflexion et de solutions quant à cette problématique? Des campagnes de sensibilisation seront-elles lancées sur ce sujet?
Réponse du Ministre
Merci, Madame la Députée, pour votre question importante. Une étude datée de 2024 et commandée par l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ) démontre également une baisse de la pratique du sport chez les jeunes filles entre l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire. Pour les enfants à l’école primaire, on constate que 62 % des filles pratiquent un sport en dehors de l’école, contre 75 % des garçons. Pour les jeunes du niveau secondaire, il n’y a plus que 53 % des filles qui pratiquent un sport en dehors de l’école, contre 75 % des garçons. Le décrochage va surtout survenir après la sixième année de l’enseignement secondaire, lorsqu’il y a un passage vers l’enseignement supérieur ou vers un autre type d’activité. Alors que le sport fait partie du top 3 des activités des garçons pour gérer leur stress, il n’arrive qu’en septième position pour les filles en enseignement primaire, et en sixième position pour les filles en enseignement secondaire, sur une liste de dix-huit activités possibles.
Enfin, toujours selon cette étude, la pratique d’un sport est corrélée à moins de difficultés psychologiques et, à cet égard, la différence entre les jeunes filles qui pratiquent un sport et celles qui n’en pratiquent pas est significative. L’ASBL Corps écrits, financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, vient de faire paraître l’étude «Le corps en jeu: sport, genre et pouvoir». Cette étude souligne la façon dont la pratique sportive, qu’elle soit professionnelle ou non, s’inscrit dans une dynamique sociétale qui n’est pas épargnée par les oppressions, notamment celles liées au genre. De là, elle pose la question de la prise en compte de ce dernier dans le sport.
La visibilisation du sport féminin et la question du financement du sport ou la posture des instances dirigeantes ainsi que la place des entraîneuses représentent des pistes à explorer. Une seconde phase du travail mené par l’ASBL consiste à récolter des témoignages de personnes concernées par différents types de discriminations, afin de créer un guide, le plus pertinent et le plus exhaustif possible, pour des lieux sportifs plus accessibles et plus inclusifs. Une fois disponible, cet outil fournira des pistes de réflexion et de solutions quant à cette problématique.
D’autre part, l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) joue un rôle essentiel dans la sensibilisation et l’accompagnement des jeunes. Les animations proposées par les opérateurs permettent d’aborder avec eux différentes thématiques liées au corps et au développement humain, tant chez les filles que chez les garçons. Ces animations contribuent notamment à lever des tabous autour du corps féminin, des changements physiques liés à la puberté, des règles ainsi que des pressions sociales et esthétiques auxquelles les jeunes sont confrontées.
Madame la Députée, je vous rassure: je travaille en bonne collaboration avec la ministre des Sports. Nous voulons d’ailleurs démarrer un projet en collaboration avec l’ADEPS, entre autres, sur la promotion du sport féminin.
Réplique de Mme Leila Agic
res, sur la promotion du sport féminin. Mme Leila Agic (PS). – Merci pour l’intérêt que vous portez à ce sujet. Madame la Ministre, c’est interpellant de voir la répercussion et la pression du sexisme chez des filles si jeunes, contraintes d’abandonner quelque chose d’essentiel pour leur épanouissement. Je pense que nous devons entendre certains messages, notamment sur les tenues sportives ou certaines pratiques imposées par habitude, mais qui ne sont finalement pas si importantes que cela.
J’entends tout ce que vous comptez déjà mettre en œuvre et je reviendrai sûrement sur l’un ou l’autre point prochainement.