Jeunesse en détresse
Question d'orale concernant la jeunesse en détresse.
Question d'orale de Mme Leila Agic
à Mme Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Jeunesse, de l’Aide à la jeunesse et des Maisons de justice
Madame la Ministre de la Jeunesse et des jeunes, tous les signaux concernant la santé mentale de ces derniers sont au rouge. Les contextes géopolitique et environnemental ainsi que la montée des extrémismes les inquiètent. Malgré cela, le MR et Les Engagés semblent avoir pris la jeunesse pour cible à tous les échelons de pouvoir.
En effet, comment analyser autrement toutes les attaques qui priveront certains jeunes d’une partie de leurs droits les plus élémentaires et en priveront d’autres d’accéder à des activités auxquelles ils devraient pourtant tous avoir accès? Citons l’explosion du coût du minerval, la suppression de la plupart des septièmes années qualifiantes, le renforcement de la préorientation des élèves et des mécanismes de relégation, ainsi que la hausse du prix des cantines et des garderies. Parmi les limitations des activités, notons la hausse de la TVA pour les concerts et festivals – sauf si nos jeunes veulent se rendre à l’opéra… –, les coupes budgétaires dans les budgets du secteur de la jeunesse, la fin de la gratuité d’accès aux académies de musique et de danse ou encore la hausse des prix des stages ADEPS.
Face à toutes ces attaques, vos gouvernements proposent le recours aux jobs étudiants, dont le quota annuel en Belgique est passé à 650 heures. Selon les derniers chiffres de l’Office national de sécurité sociale (ONSS), le nombre d’étudiants travaillant avec un contrat étudiant continue d’augmenter de manière significative. Au deuxième trimestre 2025, on observe 5,6 % d’étudiants en plus en comparaison avec la même période l’année précédente. Voici donc votre vision de société pour la jeunesse.
En tant que ministre de la Jeunesse, comment encaissez-vous toutes ces mesures qui ont une incidence sur nos jeunes? Votre Trajectoire «Jeunesse» pour cette législature prône la transversalité et la concertation entre les secteurs. Comment justifiez-vous un tel acharnement? Comment avez-vous fait entendre votre voix dans les débats surréalistes qui ont poussé le gouvernement à augmenter la TVA pour les concerts de rock, de pop ou de rap et pour les festivals, tout en accordant des dérogations pour la musique classique et pour l’opéra? Comment n’avez-vous pas défendu les intérêts de la jeunesse dans ce cadre? Comment comptez-vous défendre la jeunesse auprès des différents niveaux de pouvoir? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre? Comment allez-vous mettre en œuvre la transversalité que vous défendez dans le cadre de votre Trajectoire «Jeunesse»?
Réponse de la Ministre
Madame la Députée, je souhaite tout d’abord rappeler le cadre dans lequel s’inscrit la compétence de la Jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, pour la clarté du débat démocratique, il est essentiel de distinguer ce qui relève de ma responsabilité directe et ce qui dépend d’autres niveaux de pouvoir ou encore d’autres portefeuilles ministériels.
La Jeunesse porte sur le soutien, la reconnaissance et le financement du secteur hors temps scolaire; sur les organisations de jeunesse, les centres et maisons de jeunes, ainsi que les services d’information, de formation, de participation et d’éducation non formels. Elle ne couvre pas l’enseignement, la fiscalité, la politique de l’emploi, les tarifs communaux ou les dispositifs qui relèvent du gouvernement fédéral. Dès lors, les questions relatives au minerval, à la septième année qualifiante, à l’orientation scolaire, aux cantines, aux garderies, à la TVA sur les concerts, aux jobs étudiants ou encore aux stages ADEPS relèvent de ministres et niveaux de pouvoir compétents distincts. Si ces matières ne relèvent pas de mes compétences directes, elles ne me laissent évidemment pas indifférente. En tant que ministre de la Jeunesse, je suis attentive aux effets cumulatifs des politiques publiques sur les jeunes et j’alimente, lorsque cela s’avère nécessaire, les échanges avec mes collègues compétents aux différents niveaux de pouvoir dans une logique de transversalité et de cohérence de l’action publique.
S’agissant du seul point qui relève directement de la Jeunesse, à savoir les moyens budgétaires alloués au secteur, je tiens à apporter des éléments clairs et factuels. Contrairement à ce qui est avancé, il n’y a pas de coupes structurelles dans les budgets de la jeunesse. Les subventions structurelles aux organisations de jeunesse, aux centres et aux maisons de jeunes sont maintenues et indexées. Aucune structure de jeunesse agréée n’a vu sa subvention diminuer. Les ajustements opérés concernent exclusivement des subventions facultatives ou des dispositifs dont l’impact était limité ou insuffisamment démontré, certaines circulaires peu mobilisées ou qui n’atteignaient plus les objectifs poursuivis, ou encore le moratoire temporaire strictement encadré qui porte uniquement sur des nouvelles demandes d’agrément ou de saut de classe et qui vise à garantir la lisibilité, la soutenabilité et la sécurité juridique du secteur.
Si ces décisions s’inscrivent par ailleurs dans un contexte budgétaire contraint que connaît l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles, elles ont été prises avec une priorité claire: assurer la continuité des moyens existants et la stabilité des acteurs de terrain. C’est un choix de responsabilité, à l’égard tant des jeunes que des professionnels qui les accompagnent.
Je souhaite enfin revenir sur des termes employés dans votre interpellation. Vous évoquez «une jeunesse prise pour cible», «une longue liste d’attaques» ou encore un «acharnement à son encontre». Ces qualificatifs ne correspondent ni aux faits ni à l’orientation de l’action que je porte. Vos propos virulents sur les mesures prises, qui touchent toute la société, sont d’autant plus inadéquats qu’ils visent des mesures qui sont la conséquence directe d’une dérive budgétaire dont votre parti est pleinement responsable. Cette dérive a créé un déficit budgétaire entraînant un endettement inégalé. Celui-ci affecte l’avenir et, au premier chef, les jeunes à qui vous voulez faire supporter l’endettement abyssal que vous avez créé à tous les niveaux de pouvoir auxquels vous avez agi lors de la précédente législature. Une certaine retenue de votre part serait donc plus honnête.
Par ailleurs, au sujet des jobs étudiants, je vous invite aussi à en voir le côté positif: l’apprentissage de compétences, l’autonomie financière et progressive du jeune, le vivre-ensemble et la responsabilité. Évidemment, la jeunesse n’est pas une variable d’ajustement. Elle est au contraire au cœur de la Trajectoire «Jeunesse» 2026-2029, qui repose sur des marqueurs clairs, comme la valorisation de l’engagement des jeunes, le soutien au bien-être et à la santé mentale, l’éducation aux médias (EAM), la transversalité entre politiques publiques et la confiance accordée aux opérateurs de terrain.
Cette trajectoire assume un choix politique fort, celui de consolider ce qui existe, de renforcer la cohérence des politiques et de garantir leur pérennité, plutôt que de multiplier des dispositifs fragiles ou non soutenables à moyen terme. Être responsable dans un contexte budgétaire exigeant, ce n’est pas s’acharner sur la jeunesse, c’est précisément préserver sa capacité d’agir aujourd’hui et demain, en assurant des politiques structurées, lisibles et durables.
Dans ce contexte, je resterai pleinement mobilisée pour défendre le secteur de la jeunesse, soutenir les professionnels et accompagner les jeunes dans toutes leurs diversités, en cohérence avec mes compétences et dans le respect des responsabilités de chacun.
Réplique de Mme Leila Agic
«Madame la Ministre de la Jeunesse et des jeunes»… C’est en vous qualifiant de la sorte que j’ai entamé ma question orale. Dans votre réponse, vous avez bien rappelé le cadre strict de vos compétences. Cela prouve – j’en suis profondément attristée, pour vous comme pour les jeunes – que vous êtes la ministre de la Jeunesse et non pas la ministre des jeunes.