Prévention des mutilations génitales féminines (MGF)

Question d'orale concernant la prévention des mutilations génitales féminines (MGF), médicalisation des pratiques et renforcement des dispositifs en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Question d'orale de Mme Leila Agic
à
M. Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

Monsieur le Ministre,

À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, les associations ont rappelé des chiffres particulièrement alarmants: dans le monde, une fille ou une femme décéderait toutes les douze minutes à la suite d’une MGF. Aujourd’hui, des centaines de millions de femmes vivent avec les séquelles physiques et psychologiques de ces pratiques et plusieurs millions de filles restent exposées chaque année à ce risque.

Les MGF, qu’il s’agisse d’excision, de clitoridectomie, d’infibulation ou d’autres interventions non médicales, sont des violences de genre et une grave violation des droits fondamentaux des filles et des femmes. Elles ne sont ni propres à un continent ni exclusivement liées à une religion. Elles relèvent en effet souvent d’un marquage social, d’une pression communautaire ou familiale, parfois renforcée par des dynamiques politiques.

La Belgique n’est pas épargnée. Des milliers de femmes vivant sur notre territoire ont déjà subi une MGF et des milliers de filles seraient toujours à risque, notamment lors de séjours à l’étranger. Les articles récents soulignent également un phénomène préoccupant: la médicalisation croissante de ces pratiques dans certains pays, qui ne réduit ni le traumatisme ni l’atteinte à l’intégrité physique, mais contribue au contraire à légitimer une violence.

Par ailleurs, une recherche qualitative inédite, présentée à Bruxelles à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des MGF, insiste sur plusieurs recommandations: le renforcement de la visibilité des services d’accompagnement dès les lieux d’arrivée en Belgique et le développement des espaces de discussion plus larges permettant d’aborder progressivement et sans tabou la question des MGF.

Quelle est aujourd’hui la stratégie spécifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour prévenir les MGF, notamment en amont des périodes à risque, comme les départs à l’étranger? Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour traduire les recommandations récemment présentées de la recherche en termes de décisions politiques effectives? Lors de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des MGF, vous avez indiqué que le rôle des hommes devait faire partie de la réflexion sur la lutte contre les MGF. Quelles initiatives spécifiques serontelles développées pour impliquer les hommes dans la prévention, et comment comptez-vous intégrer cette dimension dans une stratégie globale cohérente relative aux droits des femmes et à la santé publique? Enfin, plus généralement, où en est le renouvellement annoncé pour 2026 des collectifs de lutte contre les violences faites aux femmes. Selon quels critères sera-t-il organisé?

Réponse du Ministre

Mesdames les Députées, la prévention des MGF est prioritaire et j’y suis particulièrement attentif. J’ai eu l’occasion d’affirmer mon engagement lors de la Journée internationale de la tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines, le 6 février dernier. Une fois de plus, j’ai mesuré la qualité du travail des associations spécialisées et l’importance de renforcer la prévention ainsi que l’accompagnement des femmes et des filles concernées.

Le GAMS a en effet mené une étude qualitative sur les communautés des pays arabes et asiatiques présentes sur notre territoire. Les résultats ont été présentés lors de cette journée. Le constat est sans appel: les victimes ne font pas ou peu appel aux services spécialisés d’accompagnement tels que ceux proposés par le GAMS ou le Centre médical d'aide aux victimes de l'excision (CeMAVIE), de l’Hôpital Saint-Pierre. Unique en son genre, cette étude montre qu’il est important de continuer à faire connaître le GAMS pour encourager les femmes concernées par les MGF à aller à leur rencontre et à se faire accompagner, quelle que soit leur communauté d’origine.

Le rôle de la prévention des MGF est crucial. Le GAMS, en tant que membre d’un collectif de lutte contre les violences faites aux femmes, a mené plusieurs campagnes de sensibilisation entre 2022 et 2025, avant les départs à l’étranger pendant les vacances d’été. En 2025, la campagne «L’excision s’arrête avec moi» s’adressait aux parents protecteurs et les sensibilisait avant le séjour à l’étranger. En 2024, la campagne intitulée «Moi, j’en parle en classe et vous?» sensibilisait les enseignants et le personnel éducatif et, en 2023, la campagne était parrainée par Fofana Halimata, autrice engagée. En 2022 était lancée la campagne «Faites de ce voyage un bon souvenir», adressée également aux parents.

Le GAMS anime depuis de nombreuses années des stratégies concertées de lutte contre les violences et mutilations génitales féminines. Ces stratégies réunissent l’ensemble des professionnels, mais aussi les agents des centres PMS, de PSE, les médecins des consultations de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE), entre autres.

Le GAMS a produit de nombreux outils d’aide à l’identification et l’accompagnement des filles à risque de MGF afin de soutenir les professionnels susceptibles d’être en contact avec elles. Nous y trouvons des cartes de prévalence, des arbres décisionnels, des outils de conversation centrée sur l’enfant, des outils didactiques destinés aux écoles, des cartes de photos langage, et cetera. Le GAMS est l’opérateur spécialisé dans la prévention et la formation des professionnels ainsi que dans l’accompagnement des victimes. Dans le cadre de ses activités, cette structure implique les hommes par les programmes Community voices et des relais communautaires féminins et masculins incarnent des voix engagées, porteuses de changement au sein de leur communauté. Ces relais communautaires jouent un rôle crucial dans la lutte contre les MGF et bénéficient d’une formation ainsi que d’une supervision trimestrielle et participent activement aux activités de GAMS.

Les animations proposées par les opérateurs labellisés – centres PMS, PSE, associations en milieu ouvert (AMO), et cetera – dans le cadre l’accord de coopération relatif à la généralisation de l’EVRAS dans le secteur de l’enseignement, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse permettent de sensibiliser les élèves et les jeunes à différentes thématiques, notamment les différentes formes de violence. Les MGF peuvent être l’objet d’actions spécifiques lors des animations EVRAS. Le sujet peut donc être abordé avec les élèves.

La thématique des MGF fait partie des balises et apprentissages pour l’EVRAS. Dès 5 ans, le guide mentionne que les MGF peuvent être abordées dans les types et formes de violence afin de pouvoir les reconnaître. Dès 9 ans, les MGF sont associées aux violences basées sur l’honneur et une fiche spécifique est dédiée au MGF pour les 12-14 ans: «Comprendre ce que sont les mutilations génitales».

Le prochain plan intrafrancophone de lutte contre les violences faites aux femmes prévoit des mesures relatives à la prévention des MGF et à la prise en charge des enfants à risque. Il s’agira d’identifier les bonnes pratiques existantes en matière de lutte contre les MGF dans les différents arrondissements judiciaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles et sensibiliser les professionnels du secteur de l’aide à la jeunesse sur les bonnes pratiques en matière de prise en charge des victimes à risque de MGF, en concertation avec le secteur associatif spécialisé.

Concernant les collectifs de lutte contre les violences faites aux femmes, l’appel sera prochainement présenté au gouvernement pour être lancé dans le courant de ce mois auprès du secteur associatif, dont le GAMS fait partie. Les critères d’éligibilité et les critères de sélection seront précisés dans l’appel: l’adéquation du programme – la pertinence et l’incidence escomptées –, la complémentarité et les valeurs ajoutées du partenariat entre les membres du collectif, la crédibilité et l’organisation des projets, et, enfin, l’analyse budgétaire.

L’assemblée Alter Égales, prévue le 24 mars prochain, conviant largement le secteur associatif, prévoit notamment la présentation de cet appel à candidatures. Parmi les cinq collectifs qui seront reconnus, au moins l’un d’entre eux devra prévoir des projets visant la prévention et la lutte contre les MGF. Concernant les formations, depuis le début de la législature, 3 521 professionnels ont été formés par le GAMS, dont 1 922 relevant spécifiquement des secteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et 1 170 étudiants ont été formés, dont 733 dans les établissements de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Réplique de Mme Leila Agic

Monsieur le Ministre, je vous remercie pour vos réponses très complètes. J’ai trouvé intéressant que vous parliez aussi des hommes. C’est en effet important, même si nous avons pu voir que, dans de nombreux récits, les femmes qui ont grandi dans cette tradition sont aussi parfois les premières, malheureusement, à vouloir préserver un soi-disant honneur de la famille. Ouvrir le débat et amener d’autres alliés dans ces combats me semble intéressant. J’espère que nous pourrons plus concrètement travailler sur cet angle que vous avez ouvert, en plus de tout le travail formidable du GAMS depuis de très nombreuses années, un travail malheureusement toujours nécessaire.

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