Filles en sciences et mathématiques: que fait la Fédération Wallonie Bruxelles au-delà des constats?
Question d'orale concernant les filles en sciences et mathématiques: que fait la Fédération Wallonie Bruxelles au-delà des constats?
Question d'orale de Mme Leila Agic
à M. Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Monsieur le Ministre,
Le 7 octobre 2025, le Sénat français a publié le rapport «XX=XY, féminiser les sciences, dynamiser la société», qui propose une série de leviers, y compris des objectifs chiffrés, pour enrayer la sous-représentation des filles dans certaines filières scientifiques. En Fédération Wallonie-Bruxelles, la question se pose également de manière très concrète. Malgré des actions de sensibilisation, certaines filières restent largement masculines, surtout en mathématiques, informatique et ingénierie.
Monsieur le Ministre, en tant que ministre des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, collaborez-vous avec les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur à ce sujet? Le gouvernement s’est-il fixé des objectifs chiffrés par rapport à l’augmentation de la proportion de filles dans les filières de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) les plus déséquilibrées? Quel outil alternatif pourrait garantir des résultats mesurables? Envisagez-vous de lancer des campagnes de sensibilisation visant à motiver les filles à s’inscrire dans ces filières qu’elles désertent malheureusement toujours?
La Fédération Wallonie-Bruxelles participe à plusieurs instances interfédérales visant à lutter contre ce type de harcèlement. Comment veillez-vous à ce que la lutte contre le harcèlement en ligne des femmes y soit portée avec force? Avezvous récemment interpellé les plateformes ou plaidé pour un renforcement des obligations de modération, notamment pour ce qui concerne les contenus sexistes et haineux? Avez-vous plus de détails à nous confier sur la stratégie du Plan «Droits des femmes» et du Plan intra-francophone de lutte contre les violences faites aux femmes face à ce sujet des violences en ligne?
Réponse du Ministre
Madame la Députée, la Stratégie «Genre et droits des femmes» 2025- 2029 s’inscrira dans une logique de prévention. L’objectif sera d’agir le plus tôt possible sur les stéréotypes de genre susceptibles d’influencer les choix scolaires. La lutte contre ces stéréotypes passe par la promotion d’outils pédagogiques non stéréotypés, la sensibilisation des équipes éducatives et le développement de parcours éducatifs valorisant des compétences transversales, telles que la créativité, la pensée critique et la résolution collaborative de problèmes. De telles mesures devraient rendre les sciences et les mathématiques plus attractives pour un public diversifié.
La Fédération Wallonie-Bruxelles s’inscrit également dans une dynamique interinstitutionnelle avec le déploiement du dispositif d’orientation tout au long de la vie. Ce dispositif doit intégrer une dimension de genre et une approche intersectionnelle à toutes les étapes: information, orientation, accompagnement, suivi et évaluation. L’objectif est de garantir que les filles aient un accès réel à une orientation émancipatrice, dégagée des stéréotypes, et qu’elles puissent se projeter durablement dans des filières scientifiques et techniques. La stratégie vise également la durabilité des parcours. Il ne s’agit pas seulement d’amener davantage de filles vers les sciences et les mathématiques, mais de créer des conditions favorables pour qu’elles s’y maintiennent. Un environnement d’apprentissage inclusif, la visibilité de modèles féminins, la reconnaissance de la diversité des parcours et la lutte contre les discriminations structurelles sont de mise. À ce jour, cet objectif stratégique n’est pas encore assorti d’objectifs chiffrés, d’indicateurs de suivi clairement définis ou de mécanismes d’évaluation.
L’ Administration générale de l’enseignement (AGE) précise que les Chambres Enseignement agissent depuis plusieurs années pour mieux faire connaître et valoriser les filières techniques, scientifiques et technologiques encore trop souvent perçues à travers des stéréotypes de genre. En 2025, une campagne intitulée «L’enseignement qualifiant, une opportunité» a été développée sur les réseaux sociaux, tels que Facebook, Instagram, Snapchat ou Twitch. Cette campagne s’adresse aux jeunes âgés de 13 ans et à leurs parents en diffusant quotidiennement des contenus variés – vidéos, quizz, concours et photos. Elle met en avant la diversité des profils, la lutte contre les discriminations et l’importance d’un choix positif vers des filières qualifiantes. Certaines publications ont connu un succès important, comme celle dédiée à Amina, apprentie en usinage, qui a été vue plus de 26 000 fois. Cette campagne s’accompagne de la mise en valeur du site www.enseignementqualifiant.be, qui présente non seulement les formations disponibles, mais aussi des témoignages de jeunes et de professionnels. Les contenus abordent la mixité, l’orientation et le développement des compétences, avec pour objectif de rendre ces filières plus accessibles et attractives pour tous les publics.
Les Chambres Enseignement organisent également de nombreuses actions de terrain destinées aux élèves du premier degré de l’enseignement secondaire, telles que «Orientaction», «Des métiers au bout des doigts» et «Cap sur ton avenir». Ces événements offrent aux jeunes l’occasion de découvrir les différents secteurs professionnels dans une approche inclusive. Une attention particulière est également portée à la diversité des intervenants, afin que les filles et les garçons puissent se projeter librement dans tous les métiers qui leur sont présentés.
Les futurs enseignants sont également sensibilisés à la réalité et à la richesse des filières qualifiantes grâce au projet «SENSI». Cette initiative vise à faire découvrir divers parcours, à déconstruire les préjugés liés aux métiers techniques et à valoriser une orientation plus équilibrée entre les genres. En 2024-2025, plus de 200 futurs enseignants ont ainsi été impliqués à Liège et dans le Brabant wallon.
Réplique de Mme Leila Agic
Monsieur le Ministre, les objectifs chiffrés contenus dans le rapport du Sénat français sont intéressants. Fixer des objectifs chiffrés permet d’exercer une certaine pression sur le monde politique. À l’avenir, nous pourrions mener une réflexion à ce sujet, en s’inspirant des évolutions qui auront eu cours du côté français.
Je vous rejoins sur l’importance de faire en sorte que les femmes qui arrivent dans les filières STIM s’y maintiennent. J’ai eu la chance de suivre des études dans une filière mixte, mais j’imagine qu’il ne doit pas être aisé de trouver sa place en arrivant dans des amphithéâtres exclusivement masculins et marqués par une certaine culture du folklore estudiantin. Ce débat en rejoint d’autres que nous avons déjà eus en commission avec la ministre-présidente.
Tout cela nous pousse à la réflexion. Je crois que tout le monde sait désormais que les femmes sont capables de faire des études scientifiques. Les campagnes de sensibilisation doivent passer à l’étape suivante: montrer la manière dont des femmes parviennent à terminer ces études et à réussir professionnellement dans de telles disciplines.