Dispositif EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle), un outil de promotion de l’égalité des chances et des droits des femmes

De Leila Agic

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

Monsieur le Ministre, en réaction au jugement prononcé récemment par le Tribunal correctionnel de Louvain au sujet d’un étudiant en gynécologie reconnu coupable de viol, mais dont la peine a été suspendue, vous avez livré une interview dans la presse écrite juste avant le congé de printemps. Vous y abordez la question du consentement et, plus globalement, celle de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) de nos jeunes. Nous partageons à 100 % votre soutien à la généralisation du dispositif EVRAS dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous saluons très positivement votre souhait de systématiser le module sur la violence sexuelle dans le cadre de ces activités.

Nous sommes surtout soulagés que le ministre de l’Égalité des chances et des Droits des femmes se tienne vent debout contre les associations ultraconservatrices anti-EVRAS. Votre distanciation vis-à-vis de la démarche du MR et de votre collègue Valérie Lescrenier dont les accointances avec ce milieu sont désormais affichées et assumées – permettra, nous l’espérons, de protéger le processus d’évaluation du «Guide pour l’EVRAS» d’ingérences extrémistes, conspirationnistes, religieuses et anti-genre.

Les fake news autour de ce guide vont malheureusement toujours bon train. Je me permets de vous citer in extenso, car vos propos étaient particulièrement éclai- rants sur la problématique: «Je pense que les gens n’en connaissent pas le contenu. Ils croient qu’on veut faire entrer dans la tête des gamins qu’ils doivent changer de genre. Ce qu’on travaille d’abord dans les animations EVRAS, dès un certain âge, c’est comment entrer dans des relations affectives saines, où le consentement est réciproque, à partir des questions amenées par les enfants à l’école. Les animations sont bien cadrées en fonction des années scolaires. Les formateurs s’adaptent en fonction de la réactivité de la classe, du profil des élèves, de l’ouverture d’esprit.»

Quelques jours après votre interview, ces mêmes associations ultraconservatrices ont publié une carte blanche vous attaquant personnellement. Leur activisme est croissant et leur écho médiatique et politique semble suivre la même tendance. Nous devons rester extrêmement vigilants lorsqu’on se souvient des départs d’incendie qui avaient ravagé des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles il y a deux ans à peine.

Monsieur le Ministre, dans quelle mesure êtes-vous associé à l’évaluation du «Guide pour l’EVRAS», annoncée par la ministre de l’Éducation ? Les travaux ont-ils déjà commencé ? Le cas échéant, quelle est la méthodologie suivie dans le cadre de ces travaux et quels sont les experts participants ? Soutenez-vous les recommandations de la plateforme EVRAS relatives à la pérennisation et à l’augmentation progressive des financements en vue d’atteindre la généralisation du dispositif avec au moins deux heures d’animation par année scolaire, et au renforcement du volume d’animations dans les milieux de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse ? Dans la mesure où le guide et les animations EVRAS constituent des outils précieux pour promouvoir l’égalité des chances et les droits des femmes, quelles seront vos actions pour lutter contre la propagation des fake news dans ce domaine ?

Réponse du ministre

Madame la Députée, avant de donner ma réponse, j’aimerais rectifier les choses concernant le procès d’intention que vous faites à la fois envers le par- tenaire du parti Les Engagés au gouvernement et envers ma collègue, Mme Valé- rie Lescrenier.

Les membres du gouvernement sont animés par la même volonté d’entendre dif- férentes parties prenantes. On peut être d’accord ou pas avec la mesure, mais je respecte la vision systémique de chacun vis-à-vis de l’EVRAS. En revanche, j’ai- merais rectifier ce que vous avez dit concernant Mme Lescrenier. Elle et moi par- tageons la même vision. Au sein du parti Les Engagés, nous sommes tous en phase. Mme Lescrenier a simplement dit que toutes les personnes qui font partie d’un comité de pilotage seraient entendues. C’est la seule chose qu’elle a dite. On ne doit pas lui faire dire des choses qu’elle n’a pas dites. Je suis persuadé que c’est un mauvais procès que vous lui faites.

L’évaluation du «Guide pour l’EVRAS», annoncée par la ministre de l’Éducation, n’est actuellement pas inscrite à l’ordre du jour des travaux du gouvernement. Ce guide a fait l’objet de plusieurs recours devant la Cour constitutionnelle et le Con- seil d’État. En effet, plusieurs associations et des particuliers ont demandé l’an- nulation des décrets qui approuvent l’accord sur l’EVRAS. La Cour constitutionnelle a rejeté ces recours le 15 mai 2025, jugeant que les aspects es- sentiels du «Guide pour l’EVRAS» sont fixés par l’accord sur l’EVRAS lui-même et que le principe de légalité n’est donc pas violé. La Cour constitutionnelle juge ensuite que l’accord sur l’EVRAS ne viole ni le principe de neutralité de l’ensei- gnement ni la liberté de pensée, de conscience et de religion. Le Conseil d’État, quant à lui, n’a pas encore rendu sa décision.

Dans ce contexte, il apparaît nécessaire d’attendre de recevoir toutes les décisions de justice avant de commencer l’évaluation du «Guide pour l’EVRAS». En re- vanche, un suivi est effectué actuellement, mais il concerne davantage les straté- gies particulières de l’accord de coopération et ne fait pas partie de l’évaluation attendue

Les cabinets de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui sont partie prenante dans l’accord de coopération, envisagent le développement d’une page de destination visant à centraliser les informations relatives à l’accord de coopération et à rediriger les opérateurs et les secteurs concernés par l’EVRAS vers les sites des autorités de tutelle. Les fédérations des centres de planning familial mènent déjà un travail de communication régulier autour du «Guide pour l’EVRAS» et des fake news qui circulent plus généralement au sujet de ce dernier. Ce travail rejoint les stratégies établies en concertation dans ce domaine. Une série de questions fréquemment posées les FAQ , relatives notamment aux rumeurs et fausses informations qui circulent à propos de l’EVRAS, sont également rassemblées sur deux pages internet que je vous propose d’aller consulter. Il s’agit du site www.parent.evras.be et de la page intitulée «FAQ sur le Guide pour l’EVRAS» qui a été mise en ligne dès 2023.

Réplique de Mme Agic

Monsieur le Ministre, nous avons certes des désaccords, mais la présente réunion de notre commission est enregistrée. Je viens de réécouter le passage au cours duquel Valérie Lescrenier a dit que nous devrons faire preuve d’une prudence accrue, mais que tous les avis devront être entendus. Je tiens à préciser que je lui ai fait la remarque dans ma réplique et que je suis revenue sur ce point lors d’une question suivante. Si je n’avais pas compris ou si je manipulais les propos de la ministre, pourquoi n’a-t-elle pas pris la parole à ce moment-là pour me répondre et revenir sur mes assertions ?

Je peux comprendre que vous soyez mal à l’aise avec la conclusion de votre collègue, mais je propose à son cabinet ainsi qu’au vôtre de relire les réponses que vous formulez. Les mots ont un sens et, en l’occurrence, la réponse de la ministre m’a profondément choquée. J’ai d’ailleurs débuté ma réplique en disant que je ne m’attendais vraiment pas à entendre cela de sa part, notamment après avoir lu votre interview relative à l’EVRAS.

Vous êtes nouveau dans la politique et au sein de votre parti, et vous ne vous inscrivez parfois pas totalement dans les lignes de celui-ci. Je peux le comprendre. Seulement, nous avons tous entendu les mêmes propos et je vous invite vraiment à ne pas renoncer à vos principes et à vos valeurs que vous avez exprimés dans l’interview. Soyez celui qui porte la politique de votre parti dans ce dossier, parce que nos jeunes, eu égard à leur vie affective et sexuelle, ont vraiment besoin que ces outils essentiels soient protégés dans un monde où les dérives sont de plus en plus présentes.

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