Actes racistes en marge de la finale de la coupe de Belgique

De Leila Agic

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

La finale de la Coupe de Belgique, censée être une fête du sport et un moment de rassemblement populaire, a été entachée par des scènes profondément choquantes et inacceptables. En marge du match, plusieurs groupes de supporters brugeois d’extrême droite ont mené un véritable raid raciste et islamophobe dans les rues de Molenbeek et de Jette, s’attaquant à des citoyens sur base de leur origine ou de leur couleur de peau.

Ces violences racistes ne sont pas des faits isolés et elles s’inscrivent dans un climat délétère alimenté par une banalisation des discours d’extrême droite par certains responsables politiques.

Le Club de Bruges, déjà interpellé à de nombreuses reprises pour les débordements racistes d’une frange de ses supporters, continue de faire preuve d’une mol- lesse coupable. Slogans, chants, banderoles haineuses apparaissent dans leurs tribunes sans réaction à la hauteur de la part du club. Cette attitude frise la complaisance et envoie un message catastrophique: le racisme et l’islamophobie dans nos stades seraient tolérables, voire banals. Et je ne parle même pas des chants antisémites que je peux entendre très fréquemment lorsque ces supporters sont présents dans les stades de notre pays! Pire, sans qu’aucune autorité politique ne réagisse, la direction du club de Bruges avait même interdit aux supporters du Standard, lors de leur dernier match en déplacement, de déployer une bâche appelant à lutter contre le racisme.

Monsieur le Ministre, le football professionnel est une vitrine; il a une responsabilité sociétale immense. Nous ne pouvons ni laisser ces stades et nos rues devenir des laboratoires de haine ni permettre que ces débordements racistes restent sans suite. Il est plus que temps d’exiger une responsabilisation claire et ferme des clubs, y compris par de véritables sanctions.

Mon groupe interroge bien entendu à ce sujet la ministre Jacqueline Galant, qui est chargée des Sports, mais nous souhaitons également vous entendre sur cette question en tant que ministre de l’Égalité des chances. Quelle est votre position sur les événements qui se sont déroulés en marge de la finale de la coupe de Bel- gique?

Comment entendez-vous travailler avec les autres niveaux de pouvoir notamment les autorités locales et le ministre fédéral de l’Intérieur pour renforcer la coordination des actions de lutte contre les discours et les actes de haine dans les stades et autour de ceux-ci? Comment comptez-vous répondre à la banalisation croissante des discours racistes dans l’univers sportif, banalisation qui alimente de manière dramatique la montée de l’extrême droite?

Réponse du ministre

Mesdames les Députées, Monsieur le Député, nous sommes tous pro- fondément choqués par les manifestations de violence à caractère raciste ayant émaillé cet événement sportif. J’imagine que ma collègue, Jacqueline Galant, l’a dit: le sport est par nature un espace de rencontre, de respect et de cohésion. Il porte des valeurs fondamentales, comme l’égalité, l’inclusion et la solidarité. Il est donc tout à fait victime de ces manifestations violentes.

Malheureusement, ces faits ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un contexte plus large, qui interroge la dimension structurelle du racisme dans notre société et dans le monde sportif.

S’agissant des aspects de sécurité et de répression, les actes de hooliganisme relè- vent des compétences fédérales. C’est bien le ministre fédéral de l’Intérieur qui est chargé de ces questions. Il a d’ailleurs récemment fait part de sa volonté de renforcer la loi du 21 décembre 1998 relative à la sécurité lors des matches de football (loi «Football»). Cette loi vise à responsabiliser les organisateurs dans la lutte contre le racisme dans les stades et à sanctionner plus fermement les per- sonnes ayant des comportements haineux, notamment à travers des peines ag- gravées pour incitation à la haine ou à la violence.

Cependant, la lutte contre le racisme dépasse largement le seul registre sécuritaire. Elle nous engage toutes et tous moi en particulier , et à tous les niveaux de pouvoir. C’est pourquoi une action coordonnée est indispensable pour com- battre un discours haineux qui s’ancre dans la société ainsi que les actes qui s’en suivent. Nous devons instaurer une vision coordonnée dans une logique structu- relle et préventive.

C’est dans cet esprit que je plaide pour la relance du processus interfédéral de lutte contre le racisme, afin de garantir une cohérence et une efficacité accrues entre les niveaux de pouvoir. J’interpellerai mes collègues des différents niveaux de pouvoir à ce sujet, en espérant avoir bientôt un interlocuteur qui pourra représenter le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.

Le Plan de lutte contre le racisme 2023-2026 de la Fédération Wallonie-Bruxelles comprend plusieurs mesures ciblées dans le domaine du sport. Il vise à améliorer le signalement, le rapportage, le traitement des faits de racisme afin de mieux documenter les incidents et afin d’y répondre de manière plus efficace et plus adaptée. Il prévoit également la formation de référents éthiques et la mise à dis- position d’outils concrets pour les sportifs, les entraîneurs, les dirigeants de club, les bénévoles, les parents et les supporters, afin de renforcer la sensibilisation et les mécanismes de réaction dans le milieu sportif. En parallèle, il accorde une at- tention particulière aux victimes en prévoyant de mieux les informer, les accueil- lir et les orienter. Il encourage le signalement de faits de racisme, en particulier par les groupes les plus vulnérables, et entend faciliter l’accès à la justice ainsi qu’à un accompagnement psychosocial beaucoup plus adapté. En complément, la Fédération Wallonie-Bruxelles met à la disposition des professionnels de ces secteurs des ressources pédagogiques, des formations et des outils de sensibilisa- tion, notamment autour des thématiques liées aux extrémismes, y compris dans leurs dimensions racistes.

S’agissant de la nécessité d’une campagne claire, audible et ambitieuse contre la haine, qui agisse en amont auprès des jeunes et dans le monde du sport, plusieurs actions sont déjà en cours. Je reviendrai sur deux d’entre elles.

Depuis 2021, une campagne de sensibilisation dans le football belge s’inscrit dans le plan d’action «Come Together», en collaboration avec la Royal Belgian Football Association (RBFA), l’Association des clubs francophones de football (ACFF), le Voetbal Vlaanderen et la Pro League. Les signalements d’actes de racisme sont transmis à la Chambre nationale de lutte contre la discrimination et le racisme, c’est-à-dire l’instance fédérale compétente pour sanctionner les comportements discriminatoires.

En application du décret du 8 mars 2018 relatif à la promotion de la citoyenneté et de l’interculturalité, la Fédération Wallonie-Bruxelles a lancé en 2021 la campagne intitulée «Le racisme ne mène nulle part». Cette campagne diffusée en ligne était destinée principalement aux jeunes de 15 à 35 ans. Elle a permis de donner

la parole à des victimes et visait à déconstruire les préjugés ainsi qu’à démontrer le caractère destructeur du racisme. Une nouvelle campagne est encore prévue en 2025. Le marché public encadrant sa mise en œuvre se clôture le 30 mai. Un prestataire sera sélectionné pour concevoir et diffuser la campagne au deuxième semestre 2025.

Enfin, en parallèle, la mise en œuvre du Plan de lutte contre le racisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2023-2026 est bien en cours. Ce plan comprend plusieurs mesures spécifiques au domaine sportif, comme le renforcement de la prévention dans les clubs, la formation des encadrants à la détection des comportements discriminatoires, ainsi que le déploiement de campagnes de sensibilisation en partenariat avec les fédérations sportives.Enfin, en parallèle, la mise en œuvre du Plan de lutte contre le racisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2023-2026 est bien en cours. Ce plan comprend plusieurs mesures spécifiques au domaine sportif, comme le renforcement de la prévention dans les clubs, la formation des encadrants à la détection des comportements discriminatoires, ainsi que le déploiement de campagnes de sensibilisation en partenariat avec les fédérations sportives.

L’objectif à moyen terme est de faire converger ces dynamiques à travers le dé- veloppement d’une stratégie intra-francophone de lutte contre le racisme pour mutualiser les efforts, partager les ressources, assurer une action cohérente, notamment dans les milieux sportifs particulièrement concernés, et faire évoluer la société dans le bon sens.

Réplique de Mme Agic

Monsieur le Ministre, je vous remercie pour cette réponse complète qui va plus loin que les faits que j’ai évoqués à propos de Molenbeek.

De manière générale, dans le sport, il est évidemment important de faire de la prévention, d’éduquer et de parler aux jeunes. Outre ces initiatives qui sont es- sentielles, il faut monter d’un cran. En effet, il est ici question d’un groupe qui réitère inlassablement des actes racistes antisémites. L’étape de la prévention est clairement dépassée. Il faut sanctionner! Certes, la loi «Football» peut être renforcée, mais cette dernière prévoit déjà des sanctions. De plus, la loi du 30 juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme ou la xénophobie, dite loi Moureaux, prévoit aussi des sanctions.

J’aimerais qu’en tant que ministre de l’Égalité des chances, vous mobilisiez les niveaux de pouvoir qui ont le pouvoir d’obliger les clubs à appliquer les sanctions idoines, en utilisant ce qui existe déjà, avant de réfléchir à un renforcement, même si je soutiens aussi cette idée. Il faut agir dès aujourd’hui. Le «deux poids, deux mesures» auquel on assiste dans le traitement des hooligans de Bruges entache le vivre ensemble. En effet, cela n’a pas de sens de demander aux jeunes d’être tolérants si, par ailleurs, on laisse tranquilles des gens qui passent leur temps à entonner des chants antisémites dans les stades. Ces personnes ne sont pas sanctionnées et ne vont pas en prison. Il est impossible de protéger le vivre ensemble quand, malheureusement, on fait tout et son contraire!

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