Respect de la liberté académique à l’Université de Liège (ULiège)
De Leila Agic
à Élisabeth Degryse, ministre-présidente, en charge du Budget, de l'Enseignement supérieur, de la Culture et des Relations internationales et intra-francophones
Question d’actualité
Madame la Ministre-Présidente, j’ai malheureusement l’impression que nous devrons vous interroger un peu trop souvent sur la relation compliquée qu’a votre majorité avec certains principes de notre État de droit: il y a moins d’un mois, une de vos ministres s’attaquait à la liberté de la presse dans un tweet.
Aujourd’hui, une membre de votre majorité s’attaque à la liberté académique. Pour rappel, depuis 2005, la liberté académique est bel et bien un aspect de la liberté d’expression défendue par l’article 19 de notre Constitution. Elle permet donc aux universités de transmettre le savoir sans restriction. Alors même que la démocratie s’effrite de plus en plus à travers le monde, notamment par des attaques adressées à l’enseignement universitaire, comme le rappelle l’Academic Freedom Index (AFI), nous sommes inquiets de constater que certains veulent amener ici, en Fédération Wallonie-Bruxelles, des concepts utilisés à longueur de journée par les pires populistes de ce monde: de Trump à Orban en passant par Milei. Or, il suffit d’un seul clic sur les moteurs de recherche pour voir à quel point les articles traitant du wokisme sont profondément empreints de l’idéologie d’extrême droite.
C’est dans ce cadre que mon groupe soutient évidemment la rectrice de l’Université de Liège (ULiège) qui a rappelé les fondements de notre démocratie et a informé cette membre de votre majorité de la portée que ses propos pouvaient avoir. Soutenez-vous la rectrice de l’ULiège quand elle dénonce une attaque à la liberté académique, mais aussi l’utilisation d’un mot inventé par les suprémacistes américains blancs?
Réponse de la ministre
Comme tous les membres de mon gouvernement, je respecte la liberté académique. Cette liberté est essentielle! Je n’ai à commenter ni les propos d’un enseignant de l’ULiège ni ceux d’un parlementaire. La liberté de parole des parlementaires existe aussi. Je n’ai pas vocation à relire les supports de cours des universités. C’est au sein des universités que les débats académiques doivent se dérouler. Je ne compte absolument pas prendre connaissance des supports de cours; je n’ai pas pour intention de les censurer, de les critiquer ou de les commenter.
Ce n’est pas mon rôle. Si j’ai des contacts très réguliers avec la rectrice de l’ULiège, Mme Nyssen, je ne compte absolument pas l’appeler concernant ce qui se passe dans le cadre de ce cours. Cela relève de la sphère académique. Vous avez pris connaissance des clarifications dans la presse. Je n’ai pas à intervenir plus avant sur cette question.
Réplique de Mme Agic
Madame la Ministre- Présidente, nous sommes bien d’accord sur le fait que vous n’avez à commenter ni les propos d’une parlementaire ni le contenu d’un cours.
Cependant, vous avez le devoir de vous assurer que les professeurs ne se retrouvent pas ciblés sur des réseaux sociaux par des messages empreints de relents d’extrême droite. Vous avez également le devoir d’être certaine que les professeurs ne s’autocensurent pas dans les cours qu’ils dispensent. Je compte sur vous pour recadrer les choses. Si certains commencent à s’immiscer et à jeter en pâture un professeur sur la question du wokisme, jusqu’où irons-nous ensuite ? Votre devoir est de protéger les professeurs de nos universités.