Comment enseigner quand l’extrême droite se banalise? – Carte blanche d’enseignants inquiets pour leurs missions et leurs élèves

De leila Agic

à Valerie Glatiny, première vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Éducation et de l'Enseignement de promotion sociale

Un collectif d’enseignants a récemment diffusé une carte blanche, à travers laquelle ils dénoncent les conséquences de la banalisation des propos et des actes d’extrême droite sur leur métier. Le contexte international est le théâtre de positions décomplexées qui sont de plus en plus présentes et qui vont à l’encontre des valeurs fondamentales de notre état de droit. La tolérance, le vivre ensemble, le pluralisme sont mis en danger par des propos et des actes racistes, stigmatisants, discriminatoires et xénophobes.

Les enseignants de ce collectif ont peur du glissement de la fenêtre d’Overton. En définitive, c’est bien plus ce phénomène qui est inquiétant dans nos classes, que les dérives religieuses que vous avez sous-entendues en demandant que soient organisées des auditions au sein de notre Parlement.

Avez-vous pris connaissance de cette carte blanche? Que répondez-vous aux enseignants qui s’interrogent sur la manière d’enseigner la différence entre la pluralité démocratique et politique et l’extrême droite? Comment éveiller le sens critique de nos élèves à ce propos alors que le Code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire est clair sur cette mission prioritaire des enseignants qui consiste à «préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste, respectueuse de l’environnement et ouverte aux autres cultures»? Comment assurerez-vous l’exécution de cette mission dans une société polarisée? Quels sont vos projets en ce sens?

Réponse de la Ministre

Madame la Députée, la carte blanche des enseignants me donne l’occasion de rappeler un principe de base: il n’y a pas de place pour l’extrémisme dans nos écoles, qu’il soit de droite, de gauche ou d’ordre religieux.

Le Service général de l’inspection (SGI) est effectivement chargé de faire respec- ter le principe de neutralité dans nos écoles et il reprendra ses missions d’inspection. Le principe de neutralité est inscrit dans le Code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et il sera renforcé. Nous travaillons et réactualisons la circulaire 6036 du 26 janvier 2017 «Prévention de la radicali- sation menant à la violence au sein des établissements scolaires»: elle vise à ou- tiller nos enseignants en matière de prévention et à leur inspirer des réactions appropriées face à des phénomènes de radicalisme violent ou d’extrémisme dans les écoles. Il est essentiel de fournir des outils aux enseignants, y compris par le biais de formations. Ainsi, le catalogue de l’Institut interréseaux de la forma- tion professionnelle continue (IFPC) reprendra les possibilités de formation pour lutter contre les extrémismes.

Enfin, j’organiserai dans les semaines à venir une table ronde qui réunira les fé- dérations de pouvoirs organisateurs, les organisations syndicales, les services de l’Administration générale de l’enseignement (AGE), le SGI, les équipes mobiles d’accompagnement (EMA) et les associations de parents. Les services de police et l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) devraient éga- lement participer. Cette table ronde permettra de définir les réactions oppor- tunes à opposer aux faits de violences, d’extrémismes ou de radicalismes violents dans nos écoles et surtout, surmonter les états de sidération face à ce type de phénomènes.

Réplique de Mme Agic

Madame la Ministre, la rhétorique de l’extrême droite est précise, nous la connaissons: elle est fondée sur l’exclusion, la haine envers les femmes, envers les diversités et, notamment, envers les personnes qui ne rentrent pas dans les cases patriarcales. Je suis inquiète de voir à quel point vous n’arrivez pas à répondre à la question précise de l’extrême droite. Pourquoi avez-vous besoin de noyer ces propos, en parlant de radicalisme et d’autres ex- trémismes? Les enseignants vous questionnent sur l’extrême droite et sa réalité. À nouveau, vous détournez le propos sur d’autres sujets, que nous pouvons aborder par ailleurs. Aujourd’hui, nous voulions vous entendre parler de l’extrême droite. Le fait que vous n’arriviez pas à me répondre sur cette question précise m’inquiète profondément.

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