Le monde académique belge se mobilise pour Gaza

De Leila Agic,

à Élisabeth Degryse, ministre-présidente, en charge du Budget, de l'Enseignement supérieur, de la Culture et des Relations internationales et intra-francophones

Question d’actualité

Près de 15 mois se sont écoulés depuis le début des bombardements israéliens sur Gaza. D’après les Nations unies, ces bombardements ont fait plus de 44 000 morts et 100 000 blessés. Ils ont conduit la Cour pénale internationale à dénoncer les actions menées par Israël et à émettre un mandat d’arrêt international à l’encontre du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et de l’ancien ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant. La semaine dernière, 6 700 membres issues du monde académique francophone et néerlandophone ont adressé une lettre ouverte au CRef et au VLIR pour rappeler aux universités leur responsabilité sociale et juridique.

D’après les signataires de cette lettre, les universités, en tant qu’acteurs publics, doivent se conformer au droit international et aux valeurs internationales adoptées par la Belgique. Ils demandent aux universités de prendre des actions concrètes pour s’y conformer: la fin aux collaborations avec des institutions universitaires contribuant directement ou indirectement à des violations du droit international; l’application du principe de précaution empêchant toute nouvelle collaboration; la suspension d’Israël aux programmes européens de recherche et d’éducation.

Madame la Ministre-Présidente, avez-vous pris connaissance de cette lettre ouverte? Partagez-vous l’analyse juridique que font les auteurs quant à l’obligation pour les universités de respecter le droit international? Dans l’affirmative, comment votre gouvernement veille-t-il à ce que tous les établissements d’enseignement supérieur s’y conforment?

Réponse de la ministre

Comme vous, j’accueille avec soulagement l’annonce du cessez-le-feu récent. C’était plus que nécessaire. Cette préoccupation des universités et des universitaires n’est pas nouvelle. Je suis le dossier depuis longtemps puisque le CRef et le VLIR ont déjà eu l’occasion de s’adresser par deux fois à la Commission européenne.

Ils ont envoyé un courrier en juin et en septembre 2024, demandant à la Commission de se positionner sur les collaborations avec les partenaires israéliens, notamment à propos des programmes «Horizon Europe» et «Erasmus+». La responsabilité ne repose pas uniquement sur les établissements d’enseignement supérieur belges; elle s’étend au niveau européen.

Porterai-je la voix de nos recteurs, de nos rectrices, des universitaires au niveau européen ? C’est une évidence. La reprise du dialogue avec Israël est prévue à la fin du mois de février. Je me ferai la porte-parole de ces préoccupations et de la demande, claire et ferme, d’analyser les collaborations avec les partenaires israéliens au regard du droit international et des droits de l’homme.

Réplique de Mme Agic

Madame la Ministre-Présidente, je vous remercie pour vos réponses, notamment quant au positionnement que vous défendrez au niveau européen. Il faut avoir une position forte et la dire clairement aussi en Belgique.

Certes, il y a aujourd’hui un cessez-le-feu et nous nous réjouissons tous que les négociations aient abouti. Il ne faut pas pour autant oublier tout ce qui s’est passé ces quinze derniers mois. Et nous ne devons pas détourner les yeux sur ce qui se produira les prochains mois, les prochaines années, sur les séquelles qui subsisteront de ces quinze derniers mois et de ces décennies de colonisation.

Cette lettre ouverte, qui représente effectivement une des plus grandes mobilisations du monde universitaire belge, doit nous rappeler notre rôle politique, consistant à ne pas cesser le combat, notamment dans la lutte contre la colonisation et pour la reconnaissance de la Palestine. Si vous portez ce message au niveau européen, j’espère que vous serez aussi une alliée pour le porter ici, en Belgique.

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