Placement d’une adolescente en danger en IPPJ
Question d'actualité concernant le placement d’une adolescente en danger en IPPJ: un désinvestissement dans l’aide à la jeunesse comme cause des violences institutionnelles.
Question d'actualité de Mme Leila Agic
à Mme Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Jeunesse, de l’Aide à la jeunesse et des Maisons de justice
Madame la Ministre,
Aujourd’hui, j’ai appris le placement d’une jeune fille âgée de 14 ans dans l’IPPJ de Saint-Servais, à défaut d’une véritable solution pour elle. Cette jeune fille en danger présenterait des troubles d’ordre psychologique et comportemental, mais rien qui justifie un placement dans une IPPJ.
Il s’agit d’une violence institutionnelle intolérable. L’avocate de la jeune fille dénonce une véritable torture, car sa cliente se prend de plein fouet le manque d’investissement dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Elle est malheureusement loin d’être la seule; elle représente la pointe de l’iceberg d’un secteur sous tension permanente.
Madame la Ministre, une solution a-t-elle été trouvée pour retirer cette jeune fille de l’IPPJ? Quel est le nombre estimé d’enfants qui sont actuellement à la croisée des secteurs et qui se retrouvent ballottés d’une institution à l’autre? Que compte faire votre gouvernement pour créer des places afin d’accueillir dignement ces jeunes présentant des handicaps ou des problèmes de santé mentale et nécessitant une prise en charge par le secteur de l’aide à la jeunesse? Enfin, d’autres jeunes sont-ils placés en IPPJ, alors qu’ils n’ont rien à y faire?
Réponse de la Ministre
Mesdames les Députées, je suis évidemment informée de la situation dont vous me faites part et qui s’inscrit pleinement dans une problématique actuelle: les jeunes à la croisée de plusieurs secteurs, comme le handicap, la santé mentale ou encore l’éducation en général. Effectivement, en 2025, un accord de coopération a été signé entre plusieurs administrations, notamment par les administrations régionales ²compétentes pour la santé et le handicap, par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) et par l’Administration générale de l’aide à la jeunesse (AGAJ). Cet accord de coopération poursuit plusieurs objectifs, dont la fluidification du traitement des cas concernés, mais aussi l’accélération des réponses à ces situations dramatiques.
En l’occurrence, la jeune fille qui fait l’objet de vos questions était hébergée dans une structure du secteur de la santé mentale, au sein de laquelle elle a commis des faits violents. En fonction de cela, le magistrat de la jeunesse a effectivement décidé de la placer en IPPJ, faute de réponse de la part du secteur médical. Je rappelle que le décret du 18 janvier 2018 portant le Code de la prévention, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la Jeunesse prévoit que les jeunes qui sont en situation de détresse psychiatrique ou qui présentent des troubles mentaux n’ont pas leur place en IPPJ. Cependant, aujourd’hui, cette règle est difficilement applicable, parce que les constats médicaux pour ces adolescents évoluent vite, ce qui ne permet pas d’établir clairement la situation au regard du constat médical. La situation pose évidemment problème par rapport à la vie en collectivité au sein des IPPJ et à l’encadrement que cela nécessite. Quant au suivi médical des jeunes concernés, les équipes médicales présentes au sein des IPPJ, qui incluent des médecins généralistes et des psychiatres, assurent la continuité des soins nécessaires.
En termes de statistiques, parmi les 245 jeunes actuellement pris en charge au sein des IPPJ, environ 20 jeunes sont à la croisée des secteurs. En adoptant un point de vue plus général, environ 1 500 jeunes sont dans cette situation interpellante sur les 25 000 jeunes pris en charge par l’aide à la jeunesse.
Aujourd’hui, les solutions existent et je pense notamment au Tiers actif, à l’ASBL Racynes ou encore à Jeune avant tout. Les réponses apparaissent insuffisantes et nous devons ouvrir de nouvelles prises en charge. Cela sera le cas en 2026 grâce à un travail mené sur l’intersectorialité et sur les réponses incluant des prises en charge ambulatoires. Je vous rappelle que le projet d’accueillant professionnel en famille qui verra le jour en automne prochain a aussi pour objectif de répondre à ce type de situation problématique. Certes, la route est encore longue, mais le gouvernement saisit le problème à bras-le-corps en veillant à apporter des réponses progressives. Cependant, nous sommes bien conscients des situations d’urgence auxquelles nous devons répondre.
Réplique de Mme Leila Agic
Madame la Ministre, vous dites que 1 500 jeunes se trouvent à la croisée des secteurs. Ce chiffre est très important: il témoigne de l’urgence à travailler sur l’intersectionnalité et l’intersectorialité. Mais pas seulement, tant il est clair que cela ne suffira pas: il est urgent de créer de nouvelles places en gardant à l’esprit les spécificités de chaque jeune. Au vu du débat que nous avons hier en commission et des discussions budgétaires, je suis très inquiète sur votre capacité à répondre à l’urgence de la situation. Je suivrai le dossier avec vigilance et y reviendrai en commission.