Le refus de parking.brussels de reprendre les 40 places de parking
Question d'orale concernant le refus de parking.brussels de reprendre les 40 places de parking proposées par le Delhaize Belgica et la gestion des places hors voirie.
Question d'orale de Mme Leila Agic
à Elke Van den Brandt, Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière
Madame la Ministre,
Depuis plusieurs années, la suppression massive de places de stationnement à Bruxelles, sans solutions alternatives crédibles, met en grande difficulté les habitants de plusieurs quartiers.
Le contrat de gestion de parking.brussels exigeait la mise à disposition de l’équivalent de 20.000 emplacements de stationnement hors voirie d’ici à 2026. Pour y parvenir, une convention-type pouvait être créée et des partenariats publicprivé concernant des parkings sous-utilisés pouvaient être développés.
Lors des auditions, parking.brussels a déclaré avoir créé 5.638 places hors voirie. Vous conviendrez qu’il reste très peu de temps pour arriver aux 20.000 places demandées.
Quelle ne fut donc ma surprise devant l'annonce de la bourgmestre de Jette lors d’une présentation de la cyclostrade passant par Belgica et la rue Serkeyn : le Delhaize de Belgica était prêt à mettre 40 places de son parking à disposition de parking.brussels, mais l'Agence du stationnement a décliné l’offre, arguant que le quartier ne serait pas assez sous tension ! Mais que faut-il à parking.brussels ?
Pour rappel, la situation était déjà préoccupante en soirée dans ce quartier. On peut déjà constater des voitures garées de manière dangereuse après 21h par manque de places. À cela s’ajoute désormais les suppressions de places dans le cadre du passage de la cyclostrade. Je n’ose imaginer les répercussions dans le quartier de la validation éventuelle de la première version du projet de la ligne de tram 15.
Cette décision est totalement irresponsable. Non seulement parking.brussels ne remplit pas son rôle de création de places hors voirie, mais en plus, l'agence refuse une solution qui aurait pu soulager les habitants et prévenir l’aggravation qui arrive. Si parking.brussels avait atteint son quota de création de places hors voirie, la décision aurait peut-être pu se justifier. Et encore, dans ce quartier-là ! Mais ce n'est pas le cas.
Au contraire, les suppressions continuent sans qu’aucune solution alternative viable soit mise en place. Lorsque je vous ai demandé si des places de stationnement étaient prévues hors voirie pour compenser la suppression d'emplacements dans le cadre de l'installation de la cyclostrade, vous avez évoqué des discussions en cours, sans aucune confirmation.
Comment justifier un tel refus au vu de la situation actuelle et future du quartier Belgica ?
Ses habitants sont en première ligne de ces décisions absurdes qui compliquent encore leur quotidien. Pouvez-vous confirmer le refus de parking.brussels ?
Pour quelles raisons concrètes l'agence a-t-elle refusé ces 40 places mises à disposition par le Delhaize Belgica ?
Quel est l’état du déploiement des places de stationnement hors voirie par parking.brussels ?
Celui-ci a-t-il connu une explosion depuis les auditions devant notre commission dont nous n'aurions pas connaissance ?
Selon quels critères l'Agence du stationnement refuse-t-elle ou accepte-t-elle ce genre de collaboration ?
Avez-vous été informée du refus avant qu'il soit acté ? Si oui, quelles ont été vos instructions à parking.brussels ?
Quelles mesures prendrez-vous pour garantir que l'agence remplisse pleinement sa mission de création de places de parking hors voirie, notamment dans un contexte de suppression de nombreuses places dans certains quartiers ?
Les Bruxellois attendent des solutions concrètes et cohérentes en matière de politique de stationnement. Ce type de décision qui va à l'encontre des besoins ne peut rester sans explication.
Réponse de la Ministre
Plus de l'espace est réservé au stationnement en voirie, moins il y en a pour d'autres fonctions, des lieux de rencontre, de larges trottoirs, des pistes cyclables ou les transports en commun. Il est important de renforcer et d'encourager le stationnement hors voirie là où c'est possible.
Il est vrai aussi qu'il existe une grande différence d'un quartier à l'autre. Dans certains, l'offre de parkings souterrains est sousutilisée et dans d'autres, elle manque totalement ou est saturée. L'exercice doit donc être réalisé quartier par quartier.
Des partenaires comme BePark peuvent mettre des parkings privés à la disposition du public. L'agence parking.brussels fonctionne quant à elle avec des subventions de la Région. Les possibilités de financement étant limitées, les projets sont toujours choisis en fonction de leur faisabilité et de leur intérêt. Par ailleurs, bien qu'il s'agisse ici d'un projet en discussion depuis longtemps, le gouvernement en affaires courantes dispose de moyens limités pour en soutenir de nouveaux.
Parmi les éléments pris en considération par parking.brussels pour retenir une proposition figurent la saturation en voirie, qui doit approcher les 100 %. Il faut également une tarification suffisamment dissuasive en voirie, afin que l’usager se dirige plus volontairement vers les parkings souterrains. Souvent, les riverains disent qu'il est beaucoup plus cher de stationner hors voirie que dans la rue. Nous avons donc travaillé avec la commune de Jette pour adapter les tarifs du parking souterrain dans le cadre du réaménagement des abords de la place Reine Astrid.
Le cas échéant, quand une solution hors voirie est développée, elle doit répondre à des besoins en accessibilité qui s’apparentent à ceux des emplacements privés.
Des réunions spécifiques avec le repreneur du Delhaize, Bruxelles Mobilité et Be Park ont donné lieu à quelques constats :
- la reprise de la gestion du parking nécessite d’importants frais de sécurisation et de gestion dus à la configuration spécifique du parking, qui se situe dans un coin, et aux besoins de livraison du parking ;
- le parking du Delhaize est soumis aux horaires d’ouverture et de fermeture à sa clientèle, ce qui engendre une contrainte importante pour son usage par les riverains, à moins d’avoir la garantie que les places seraient bien réservées aux riverains et non occupées en journée par la clientèle. Trouver le bon équilibre reste un enjeu. Ce n'est pas insurmontable, mais cela complique l'exercice.
Selon l’étude de saturation effectuée par parking.brussels, le taux d’occupation moyen de la situation projetée sur la zone de report était de 77 %, et de 85 % en soirée et la nuit. À noter que la situation tient compte de tous les projets identifiés, à savoir, l’aménagement du tram reliant Gare du Nord et Belgica, le projet de cyclostrade C28, le réaménagement de l’avenue Firmin Lecharlier et le réaménagement de la rue Picard. Toutefois, quelques-uns de ces projets sont encore en phase de demande de permis.
L’ensemble de ces résultats a été présenté à Bruxelles Mobilité, à la STIB et à la commune de Jette lors de plusieurs réunions. L'agence parking.brussels a poursuivi dans cette voie, notamment à la demande de la commune de Jette, fortement demandeuse de poursuivre le projet.
En s'appuyant sur les données hors voirie de parking.brussels, le travail d’identification et d'analyse des pistes de compensation hors voirie mettait cinq pistes principales en avant au regard de l’application de son analyse multicritères :
- trois des cinq parkings retenus étaient associés à du logement, rendant la prise de contact plus difficile ;
- un parking était associé à un magasin soumis à des horaires d’ouverture et de fermeture pour sa clientèle. Comme je l’ai déjà souligné, cela engendre une contrainte importante pour l'usage par les riverains ;
- un parking de bureaux de 106 places semblait être théoriquement le plus intéressant en matière de mutualisation, grâce au levier du Code bruxellois de l'air, du climat et de la maîtrise de l'énergie (Cobrace). L’échéance du permis d’environnement étant fixée à 2037, le nombre de titulaires et l’incertitude sur le nombre de places disponibles mettent en doute la faisabilité de cette piste.
L’analyse de ces pistes hors voirie est toujours en cours. Néanmoins, sans gouvernement de plein exercice, la Région n'est plus en mesure de subsidier parking.brussels dans le développement de solutions hors voirie. En revanche, je suis entièrement d'accord que cette tâche demeure cruciale. C'est la raison pour laquelle elle figure au contrat de gestion.
Réplique de Mme Leila Agic
Je voudrais des éclaircissements sur un point : le contrat de gestion avec parking.brussels prévoyait 20.000 places de parking hors voirie. N'ont-elles pas été budgétisées au moment de la rédaction du contrat ? Pourquoi cet argument est-il invoqué aujourd'hui, si c'était prévu il y a plus de cinq ans ? La bourgmestre de Jette m'a clairement dit que le refus de parking.brussels portait sur la question de la saturation. Vous me dites qu'après analyse, en tenant compte des futurs aménagements, on arrive à 84 % de taux d'occupation en soirée, ce qui est un chiffre hallucinant.
Réponse de la Ministre
Le chiffre exact est 85 %.
Réplique de Mme Leila Agic
Je propose une visite de la commission de la Mobilité en soirée à Belgica, pour vérifier si ce taux correspond à la réalité. Je ne comprends pas comment ces analyses sont réalisées, et j'ai besoin de plus d'explications.
Outre les exigences en matière de saturation, les bourgmestres sont une nouvelle fois mis sous pression, puisqu'ils devraient augmenter les tarifs de stationnement en voirie pour bénéficier de quelques places de stationnement hors voirie.
Dans ces conditions, il est clair que vous ne parviendrez jamais au total de 20.000 places de stationnement hors voirie que vous ambitionnez, Madame la Ministre.
Cela ne fait que corroborer l'idée que vous voulez juste dégoûter les gens de la voiture, en les empêchant de stationner quand ils rentrent chez eux le soir après le travail.