Soutien aux écoles de devoirs

De Leila Agic,

à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de justice

Question orale

Les écoles de devoirs (EDD) constituent un maillon essentiel du soutien éducatif et de l’épanouissement des enfants et des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Leur mission ne se limite pas à l’aide scolaire: elles offrent un espace d’apprentissage, de socialisation et de citoyenneté qui contribue à la lutte contre les inégalités sociales et scolaires.

Toutefois, ce secteur fait face à plusieurs difficultés majeures. La précarité des moyens financiers dont bénéficient de nombreuses structures met en péril leur capacité à répondre à des besoins croissants. Dans un contexte d’économie budgétaire drastique voulue par votre gouvernement, Madame la Ministre, les craintes quant à la pérennité de leurs activités sont légitimes.

Dès lors, une réforme spécifique des EDD est-elle envisagée, que ce soit dans le cadre d’une réforme globale de l’accueil temps libre (ATL) ou non ? Le cas échéant, quelles sont les mesures potentielles ? Combien d’EDD sont-elles actuellement reconnues par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) ? Comment ce nombre a-t-il évolué au cours des dernières années ? Quel soutien spécifique allez-vous accorder aux EDD ? Pouvez-vous garantir que le budget qui leur est consacré sera maintenu ou même augmenté afin de répondre à la demande croissante et de permettre au secteur de continuer à jouer pleinement son rôle auprès des jeunes les plus vulnérables ?

Enfin, quelles mesures comptez-vous mettre en œuvre pour favoriser et diffuser les bonnes pratiques, comme les projets combinant aide scolaire et activités sportives ou culturelles, qui apportent une réelle plus-value au parcours éducatif des enfants ? 

Réponse de la ministre

Le choix du gouvernement de procéder à des économies drastiques n’a pas été effectué par plaisir. Il a été posé au regard de la situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les EDD sont un modèle original dans l’ATL. Leurs missions et leurs actions sont plus larges que ce que leur nom laisse entendre. Complémentairement à l’école, l’EDD est, pour l’enfant ou le jeune, un troisième lieu de vie à côté de l’école et du de la famille; elle est comme une seconde maison. Les EDD sont un modèle puissant de lutte contre les inégalités de toutes sortes. Elles constituent un soutien pour les enfants, les jeunes et les familles précarisées et vulnérables. La concrétisation de leurs missions en fait des foyers d’éducation non formels indispensables pour de nombreux enfants et jeunes qui les fréquentent.

Porter haut les droits de l’enfant, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), fait partie des objectifs fixés avec mon équipe. L’effectivité du droit au repos et aux loisirs est essentielle pour les enfants. Il est indispensable qu’ils bénéficient d’un lieu de vie complémentaire à l’espace familial et à l’école afin d’y vivre d’autres pratiques et d’y mener des expériences diversifiées avec d’autres enfants, d’autres jeunes et d’autres adultes. La réforme de l’ATL sera très prochainement relancée en concertation avec le secteur, en ce compris les EDD. L’objectif est de construire ensemble une nouvelle architecture de l’ATL reposant sur des fondations solides en tenant compte des spécificités propres aux EDD, tout comme celles des centres de vacances et de l’accueil extrascolaire. Ce sont ces diversités qui font la richesse et le dynamisme de l’ATL. Au 1er septembre 2024, le secteur des EDD comptait 396 établissements reconnus, correspondant à 290 pouvoirs organisateurs. Depuis 2019, malgré la pandémie, le nombre d’EDD reconnues connaît une augmentation constante.

Cependant, une majorité d’entre elles se situent à Bruxelles. En 2024, la Région bruxelloise comptait 165 EDD, soit un peu moins de la moitié du nombre total. Il est aujourd’hui difficile de se prononcer sur les spécificités qui seront accordées aux EDD dans la réforme de l’ATL. Je peux toutefois affirmer que la réforme sera opérée en concertation avec les représentants des EDD et, à terme, avec les autres responsables de compétences liées à l’ATL pour travailler de concert au développement d’une politique renforcée de l’enfance et de la jeunesse.

Concernant le budget des EDD, il est en constante progression pour atteindre 3 208 000 euros en 2025. Les bonnes pratiques que vous mentionnez dans votre question, Madame la Députée, sont l’essence même du travail effectué par les EDD. Elles développent un travail pédagogique, éducatif, culturel et de soutien aux apprentissages.

Ainsi, outre le soutien à la scolarité, elles mettent en œuvre quatre missions d’égale importance apportant la tolérance dans le respect des différences: l’apprentissage de la citoyenneté et de la participation, la découverte des différentes cultures, le développement de la créativité et l’opportunité d’exercer des activités sportives. Pour améliorer la visibilité des services offerts dans le cadre de l’ATL, j’envisagerai, en concertation avec le secteur, d’organiser une campagne de communication destinée aux publics bénéficiaires.

Réplique de Mme Agic

Madame la Ministre, vous confirmez l’augmentation de la demande pour des EDD, malgré la période de la crise sanitaire: cela démontre l’importance de l’outil. C’est pourquoi je suis vigilante et vous interroge à ce sujet. Le secteur se pose des questions et s’inquiète pour l’avenir et le budget qui lui sera réservé. Aujourd’hui, ce budget est déjà parfois insuffisant pour encadrer au mieux nos enfants. La réforme à venir devra vraiment répondre aux besoins des acteurs, car les EDD sont essentielles, notamment pour les enfants les plus défavorisés.