Rôle des acteurs de la jeunesse dans la lutte contre la santé mentale

De Leila Agic

à Valérie Lescrenier, Ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de Justice.

Madame la Ministre, la Covid-19, la crise environnementale ainsi que le climat politique national et international ont fait exploser le nombre des problèmes de santé mentale dans la population et en particulier chez les jeunes. Les questions de dépression, d’anxiété et de troubles mentaux font malheureusement désormais partie du vocabulaire commun des jeunes. Consciente de ce problème, la France a défini la santé mentale comme étant une grande cause du quinquennat.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, lors de la précédente législature, notre Parlement a auditionné toute une série de personnes sur le sujet, dont les acteurs de la jeunesse. Ceux-ci ont eu l’occasion de faire part aux députés du rôle qu'ils remplissent dans la prévention et la sensibilisation. Les organisations de jeunesse, les mouvements de jeunesse et les maisons de jeunes sont autant de structures faisant office de soupapes pour les jeunes. Ce sont des lieux récoltant la parole des jeunes, des lieux de partage et d’engagement indispensables.

Madame la Ministre, quel rôle attribuez-vous aux structures de la jeunesse dans le cadre de la lutte contre les problèmes de santé mentale ? Jugez-vous qu’elles sont indispensables dans la prévention de ces problèmes ?

Avez-vous pris connaissance des recommandations concernant ces acteurs et incluses dans le rapport parlementaire relatif à la santé mentale des jeunes? Je pense entre autres à une meilleure articulation entre les acteurs favorisant le bien- être des jeunes, à la création d’une cartographie de ces acteurs, au renforcement des rencontres entre les jeunes et les psychologues au sein des structures fréquentées par les jeunes, ou encore au renforcement de la formation des acteurs. Disposez-vous d’une feuille de route pour mettre en œuvre ces recommandations ?

Enfin, les structures de la jeunesse dépendent grandement d’aides à l’emploi de la Fédération Wallonie-Bruxelles et d’autres niveaux de pouvoir. Certaines dé- pendent par ailleurs presque exclusivement de subventions facultatives au tra- vers d’appels à projets lancés annuellement. Face aux déclarations de votre gouvernement de revoir les subventions facultatives et le système des détachés pédagogique et face à la volonté de révision des aides à l’emploi par d’autres ni- veaux de pouvoir, le secteur de la jeunesse est aujourd’hui aux abois.

Madame la Ministre, des mesures ont-elles été prises en ce qui concerne les structures de la jeunesse? Qu’en est-il des détachés pédagogiques dont les organisations de jeunesse bénéficient ?

Réponse de la ministre

Madame la Députée, les crises successives et le climat anxiogène affectent particulièrement les jeunes, confrontés à des questions complexes et urgentes. Les structures du secteur de la jeunesse jouent un rôle essentiel en accompagnant les jeunes dans leur expression, dans leur engagement et dans leur développement personnel. Elles permettent de vivre pleinement cette période de vie en favorisant le bien- être mental.

Cependant, de nouvelles formes de mal-être apparaissent. Pour y répondre, des plans d’envergure mobilisent l’ensemble des acteurs concernés, en privilégiant la mutualisation des compétences et une approche transversale. Si la santé mentale relève du champ de la santé, les actions menées dans le secteur de la jeunesse y contribuent activement. Les acteurs du secteur donnent la parole aux jeunes, les impliquent dans des actions citoyennes, éducatives et solidaires et créent des es- paces propices à la construction de soi et à l’épanouissement.

Le Plan d'actions relatif aux droits de l'enfant (PADE) 2025-2029 intègre un axe fort sur le bien-être, le développement global et la santé mentale des enfants et des jeunes. Il prévoit notamment l’amélioration des connaissances sur le bien-être et sur la santé mentale; la sensibilisation du grand public, des enfants et des jeunes; des études sur les causes du mal-être l’isolement, la précarité, la discrimination , avec une analyse des facteurs de résilience et une perspective de genre; une meilleure lisibilité de l’offre existante par une cartographie des ser- vices; la production de supports adaptés aux enfants et aux professionnels sur les parcours de soin et sur les relais existants.

Ces dispositifs font l’objet d’évaluations régulières associant le secteur, l’adminis- tration et le gouvernement afin d’ajuster les réponses aux besoins réels. Une première rencontre sur le bien-être des jeunes a eu lieu ce lundi 19 mai entre mon cabinet et les mouvements de jeunesse. Une des conclusions est de déjà veiller à mieux valoriser les ressources et les moyens existants. D’autres suivront avec tous les opérateurs du secteur pour co-construire des réponses adaptées aux réalités de terrain.

Enfin, en réponse à votre dernière question, je souligne qu’il n’y a, pour le présent exercice, aucune conséquence sur les détachements pédagogiques ni sur les sub- ventions facultatives touchant structurellement les organisations de la jeunesse. Les efforts portent sur des subventions devenues obsolètes ou non mobilisées.

Réplique de Mme Agic

Je suis ravie d’apprendre qu’une première rencontre a eu lieu. Elle était essentielle, d’autant que nous sommes déjà en mai. Madame la Ministre, j’espère que ces réunions porteront leurs fruits, que vous entendrez les demandes des organisations et que vous continuerez à appliquer les recommandations issues du travail sérieux effectué au sein de notre Parlement. Nous vous réinterrogerons certainement à l’avenir pour examiner la manière dont ce processus évolue.