Rôles modèle féminins

De Leila Agic,

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

Question orale

La représentation des rôles modèles féminins est d’une importance capitale dans notre société. Le manque de visibilité des femmes à des positions dominantes, dans les domaines scientifique, artistique, sportif ou encore politique, contribue à perpétuer des stéréotypes de genre et à limiter les ambitions des jeunes filles. Chaque jeune femme a le droit de rêver grand. Mais, pour rêver, encore faut-il pouvoir se projeter. Ce manque de représentations positives agit comme un frein aux ambitions des jeunes femmes et perpétue des inégalités structurelles.

De plus, cette absence de rôles modèles féminins dans nos écoles, nos médias et même nos récits collectifs renforce les stéréotypes. Nous savons que les représentations ont un pouvoir immense: voir des femmes réussir dans des domaines variés, souvent perçus comme «réservés aux hommes», peut changer la donne. Cela inspire, cela motive et cela donne la confiance nécessaire pour dépasser certaines barrières.

Selon un rapport de l'UNESCO, la représentation des femmes dans les médias, les institutions éducatives et les campagnes de sensibilisation constitue un levier essentiel pour inspirer les nouvelles générations et joue un rôle capital dans la déconstruction des stéréotypes, tout en encourageant les filles à s’engager dans des parcours perçus traditionnellement comme masculins. Lorsqu’elles ont accès à des exemples concrets de réussites féminines, les jeunes filles se projettent davantage dans des carrières diversifiées, dépassant les barrières imposées par les normes sociétales.

La Fédération Wallonie-Bruxelles a un rôle déterminant à jouer dans la valorisation de ces modèles féminins inspirants, que ce soit dans nos écoles, dans les médias publics ou par le biais des initiatives culturelles qu’elle soutient. Cependant, les efforts en ce sens demeurent parfois sporadiques ou insuffisamment coordonnés.

Monsieur le Ministre, quelles mesures sont-elles prises par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour valoriser des rôles modèles féminins auprès des élèves ? Quels projets sont-ils développés pour inviter des figures féminines inspirantes dans nos écoles ou pour intégrer ces modèles dans le matériel pédagogique ? Dans nos médias publics, quelles mesures concrètes garantissent-elles une représentation plus forte et plus équilibrée des femmes, en particulier dans des secteurs sous-représentés comme les sciences, les technologies ou la politique ?

Enfin, pour amplifier cet effort, prévoyez-vous de développer un plan structuré et ambitieux, soutenu par un budget spécifique ? Des partenariats avec des associations ou des actrices engagées sur le terrain sont-ils à l’étude ? Il est temps que chaque jeune fille puisse voir, entendre et rencontrer des femmes qui l’inspirent, qui lui montrent que son genre n’est pas une limite, mais une force. En valorisant ces rôles modèles féminins, nous ne changeons pas seulement des parcours individuels: nous construisons une société plus juste, plus inclusive et plus ambitieuse.

Réponse du ministre

Madame la Députée, nous rencontrons toutes les semaines ces rôles modèles féminins et j’espère que la réflexion sur leur place en Fédération Wallonie-Bruxelles s’étendra aux autres niveaux de pouvoir, car c’est un réel sujet d’actualité. Notre Fédération a développé plusieurs initiatives pour valoriser les rôles des modèles féminins et favoriser l’égalité des genres.

Dans le domaine de l’enseignement obligatoire et du chantier relatif aux référentiels du tronc commun, nous avons développé des programmes en sciences et en histoire, soulignant les contributions des femmes dans ces disciplines. C’est un exercice déjà bien intégré. Dans le domaine médiatique, la Fédération Wallonie-Bruxelles finance depuis plusieurs années l’Association des journalistes professionnels (AJP), en vue de favoriser la diversité et l’égalité dans le journalisme. Ce soutien comprend l’entretien et la promotion de la base de données www.expertalia.be qui offre aux femmes expertes et aux personnes issues de la diversité une meilleure visibilité dans les médias. L’AJP réalise également un baromètre au travers duquel elle analyse quantitativement et qualitativement la représentation des femmes dans la presse quotidienne.

Par ailleurs, le média «Les Grenades» reçoit un soutien pour rédiger et diffuser des articles et des productions vidéo mettant en lumière des femmes peu visibles dans l’espace médiatique.

Ces contenus sont accessibles sur le site de la RTBF, ce qui permet de valoriser ces expertes des professions souvent peu connues et des figures féminines tout à fait inspirantes. En 2023, la Direction de l'égalité des chances du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles a également lancé l’appel à projets «Alter Égales» qui vise à renforcer la représentation des femmes dans tous les secteurs professionnels et aux postes à responsabilités.

Dans ce cadre, neuf projets ont été sélectionnés qui mettent en avant des femmes dans les domaines scientifiques, artistiques, sportifs et politiques. En 2024, six nouveaux projets ciblant la déconstruction des stéréotypes et la valorisation des rôles modèles féminins ont été soutenus. Parmi eux figure le projet des centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (CEMEA), qui vise à analyser l’impact des manuels scolaires sur la transmission des stéréotypes et des normes de genre. Ce projet montre comment ces ouvrages influencent la perception des rôles sociaux.

Dans le cadre du Plan interfédéral et intersectoriel «Women in Digital», la Fédération Wallonie-Bruxelles agit pour renforcer la présence des femmes dans le secteur numérique et informatique. Au mois de février 2023, elle a soutenu une semaine de sensibilisation aux Science, technology, engineering, arts and mathematics (STEAM) – soit les domaines touchant les jeunes entre 12 et 15 ans que nous voulons valoriser –, portant une attention particulière aux filles et au genre. Ce dossier est évoqué dans la Déclaration de politique communautaire (DPC) et nous voulons vraiment y travailler durant cette législature. L’élaboration du futur Plan «Droits des femmes» suit un processus rigoureux et implique de multiples parties prenantes. Avant d’être présenté au gouvernement et au Parlement, le projet de rapport d’évaluation du Plan «Droits des femmes» 2020-2024 a été transmis pour avis, le 28 janvier 2025, au Conseil consultatif des droits des femmes. Dans l’attente des résultats de cette évaluation, il est encore trop tôt pour détailler les axes du futur plan. Toutefois, la promotion de l’entrepreneuriat féminin et le soutien aux métiers STEAM figurent déjà dans notre DPC et seront donc très probablement inclus dans le nouveau plan d’action.

Je plaiderai en ce sens et serai attentif à ces questions tout au long de mon mandat. J’espère aussi que nous aurons plus d’ambition que dans le plan précédent.

Réplique de Mme Agic

Monsieur le Ministre, j’espère également que nous aurons plus d’ambitions. Il faut toujours aller plus loin; il y a toujours de nouvelles thématiques à explorer.

Néanmoins, je suis particulièrement inquiète en ce moment. J’ai lu, tout à l’heure, que le président du premier parti francophone s’est lancé dans une guerre culturelle. Les guerres culturelles sont une menace claire pour les droits des femmes; je le constate déjà aux États-Unis. Je suis rassurée par vos propos qui, je l’espère, seront représentatifs de vos actions au cours de cette législature.