Renforcement de la concertation avec les jeunes

De Leila Agic

à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de justice

Tous, nous avons affirmé que la santé mentale des jeunes était un véritable défi de société auquel nous devons nous attaquer. Nous soutenons qu’il est indispensable d’écouter les jeunes et de prendre leur avis en considération pour construire les politiques. Pour que la voix des jeunes soit réellement entendue, il est indispensable d’institutionnaliser davantage la concertation.

Dans le cadre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le rapport sur la santé mentale des jeunes, rédigé durant la législature précédente, reprend des propositions dont votre gouvernement devrait se saisir, Madame la Ministre. Par exemple, votre gouvernement devrait encourager la participation active des jeunes à la conception, la planification et la mise en place des interventions qui les concernent afin de répondre aux sentiments de perte de sens et de déconnexion; pour ce faire, il devrait notamment développer des outils d’intelligence collective qui intègrent et mobilisent pleinement les jeunes.

Comment comptez-vous améliorer la concertation avec les jeunes ? Allez-vous vous saisir des recommandations contenues dans le rapport de notre Parlement sur la santé mentale ?

Tout comme vous, nous avons eu l’occasion de rencontrer les responsables du Forum des jeunes. Leur travail nous paraît indispensable pour prendre le pouls de notre jeunesse. Toutefois, il est important de leur donner un soutien tant matériel que financier à la hauteur de l’importance des missions qu’ils accomplissent. Un soutien supplémentaire est-il envisagé, ne fût-ce que par la mise à disposition d’un bâtiment leur permettant d’avoir une meilleure visibilité ?

Réponse de la ministre

Afin de renforcer la concertation avec les jeunes, mon cabinet veille à tenir compte des recommandations du rapport sur la santé mentale des jeunes, rédigé durant la législature précédente au sein de notre Parlement, mais également du Forum des Jeunes ainsi que des commissions consultatives. C’est en croisant les regards que nous serons plus à même d’envisager l’ajustement ou la création de dispositifs appropriés, notamment pour des points essentiels tels que la participation, le bien-être ou encore la santé mentale des jeunes.

Concernant certains de ces sujets, mes conseillers et moi-même sommes en contact avec mes collègues Valérie Glatigny et Yves Coppieters afin de définir différents leviers d’action transversale permettant l’amélioration du bien-être des jeunes. Par ailleurs, mon cabinet et moi-même sommes en contact avec le Forum des jeunes pour évoquer différentes questions, dont celles que vous abordez, Madame la Députée. Une deuxième rencontre avec les représentants du Forum des jeunes a d’ailleurs eu lieu le 7 mai dernier.

Quant au soutien au Forum des Jeunes, je rappelle que le décret du 3 mai 2019 instaurant le Forum des Jeunes prévoit des moyens financiers et logistiques: trois détachés pédagogiques dans le respect des dispositions prévues en vertu de la loi du 29 mars 1965 relative à la mise à disposition des organisations de jeunesse de membres du personnel enseignant; une subvention annuelle forfaitaire qui s’élève à 274 000 euros en 2025; a minima une aide logistique administrative, d’infrastructure et d’hébergement suffisante dont la nature est précisée par le gouvernement. Ce sont ces moyens qui permettent au Forum des jeunes d’exécuter ses missions.

En 2024, le Forum des jeunes comptait 200 membres actifs et il a animé des ac- tions citoyennes impliquant plus de 2 800 jeunes. Il a publié 39 avis, dont quatre en 2025. Il est régulièrement sollicité politiquement, comptant plus de 40 rendez- vous institutionnels et 50 interventions médiatiques. Ses représentants assurent plus de 30 mandats, assurant ainsi une large diffusion des préoccupations de la jeunesse.

Bien que bon nombre de jeunes soient impliqués dans les actions du Forum des jeunes, beaucoup d’autres restent encore à distance ou ne se reconnaissent pas pleinement dans les espaces d’expression proposés. Il est donc primordial, en collaboration avec le Forum des jeunes, d’identifier les leviers possibles pour renforcer l’inclusion et la représentativité. Cette réflexion devrait être nourrie par l’évaluation interne que mène le Forum des jeunes en 2025, ainsi que par l’éva- luation externe que mènent les observatoires d’ici le mois de décembre 2026.

Dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l'Union européenne, de janvier 2024 à juin 2024, le Forum des jeunes, en collaboration avec le Bureau international Jeunesse (BIJ) et le Service de la jeunesse de la Fédération Wallonie- Bruxelles, a organisé l’AJC Festival (Agora Jeunes Citoyen·ne·s) à la gare du nord de Bruxelles. Un des objectifs de ce festival était notamment d’offrir un espace physique où les jeunes de 16 à 35 ans pouvaient se rencontrer, s’exprimer et participer ensemble à des activités, débats, workshops et rencontres avec des décideurs politiques. L’action a rassemblé plus de 1 500 jeunes autour de 150 activités et 60 partenaires sur trois semaines. L’objectif a été atteint.

Lors d’une rencontre datant de la fin du mois de janvier 2025, les représentants du Forum des jeunes m’ont présenté les difficultés et les besoins en ce qui concerne leurs bureaux actuels. Si leur implantation actuelle au sein des bâtiments du ministère constitue un point d’ancrage institutionnel important, elle ne permet toutefois pas d’assurer une visibilité et une accessibilité optimales. En parallèle, pour toucher un public jeune aux réalités diverses, il faut sans doute penser une forme de déploiement plus large à travers, par exemple, des relais ou des partenariats locaux afin de renforcer la proximité de terrain. Pour l’heure, je n’ai pas de solu- tion immédiate, mais je reste à l’écoute pour explorer avec eux d’autres pistes qui s’offriraient à nous.

Réplique de Mme Agic

Madame la Ministre, je vous remercie pour vos réponses. Je reste convaincue qu’il faille opérationnaliser des mécanismes beaucoup plus structurels afin de faire participer les jeunes aux décisions prises dans les parlements, au travail mené au niveau du gouvernement ou encore dans les campagnes de sensibilisation. Il a par exemple été possible d’associer les jeunes à l’occasion d’une campagne de sensibilisation sur le harcèlement de rue. Cela permet de ne pas manquer notre cible lorsque nous investissons des moyens publics pour ces opérations.

Je note aussi que vous avez entendu les demandes concernant les locaux. Partant, j’espère que vous pourrez, de concert avec votre cabinet, entamer une réflexion pour déployer plus largement l’action du Forum des jeunes sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est important que cette association dispose de bureaux à Bruxelles pour bénéficier d’un ancrage beaucoup plus visible et accessible aux différents publics.

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