Lutte contre la précarité menstruelle
De Leila Agic,
à Valérie Glatigny, première vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Éducation et de l'Enseignement de promotion sociale
Question orale
La précarité menstruelle est non seulement une problématique de santé publique, mais également une question de dignité humaine et d’égalité des chances. Aujourd’hui encore, elle frappe durement de nombreuses personnes menstruées dans notre pays. Selon une enquête réalisée par Solidaris en 2023, une femme sur huit a déjà dû renoncer à acheter des protections périodiques pour des raisons financières. Ces chiffres glaçants rappellent que cette situation ne devrait pas exister dans une société qui se veut solidaire et égalitaire. La précarité menstruelle a en effet des conséquences bien réelles: absentéisme scolaire, stigmatisation, isolement social et, surtout, atteinte à la dignité des personnes qui en sont victimes.
Ces réalités sont encore plus criantes dans certains milieux scolaires où les élèves sont souvent démunies face à un besoin aussi élémentaire. Je tiens à saluer les efforts de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) qui a mené des projets pilotes de distribution gratuite de protections hygiéniques dans plusieurs établissements scolaires. Ces initiatives sont essentielles pour briser le tabou qui entoure les menstruations et pour garantir à chaque jeune fille les mêmes chances de réussite scolaire, quelle que soit sa situation socio-économique.
Cependant, ces projets ne doivent pas rester limités à quelques écoles. La lutte contre la précarité menstruelle doit s’inscrire dans une politique structurelle et pérenne, pour qu’aucune élève ne soit laissée de côté.
Madame la Ministre, une enveloppe budgétaire avait été prévue pour financer les projets pilotes dans les établissements de WBE. Quel est le montant exact qui y a été alloué dans le cadre du budget 2025 ? Ce budget est-il en augmentation par rapport aux années précédentes ?
Par ailleurs, disposez-vous d’une évaluation de ces projets pilotes, notamment en ce qui concerne leurs conséquences sur le bien-être des élèves et sur leur assiduité ou encore en ce qui concerne la sensibilisation des communautés scolaires ?
Enfin, est-il prévu de généraliser cette initiative à l’ensemble des écoles de WBE ? Des discussions sont-elles en cours pour l’étendre à d’autres réseaux scolaires ? Si oui, dans quel délai une mise en œuvre concrète peut-elle être envisagée ? Quel sera le financement, considérant les mesures d’économie appliquées ?
Réponse de la ministre
Le projet «Sang stress» de WBE poursuit trois objectifs: informer les élèves sur les règles et les protections menstruelles; faire cesser le tabou entourant les règles; lutter contre la précarité menstruelle. Le budget 2024 alloué par WBE prévoyait l’approvisionnement des 25 établissements scolaires de la phase pilote et la prise en charge de distributeurs pour 20 nouveaux établissements scolaires sur la base de l’indice socio-économique (ISE), pour un montant d’un peu plus de 100 000 euros. L’achat des consommables est pris en charge par les écoles.
Le projet poursuit également l’objectif de pérenniser la distribution de protections menstruelles en développant la mise en œuvre d’un service permettant aux établissements de commander les divers produits – distributeurs, protections menstruelles, poubelles hygiéniques et sacs hygiéniques –, de publier sur l’extranet un guide méthodologique pour accompagner les écoles dans la mise en œuvre du projet et de dispenser des séances de sensibilisation.
Je vous confirme, Madame la Députée, la pérennisation du projet au sein de WBE par le biais de la mise en œuvre d’un service transversal accessible à l’ensemble des établissements scolaires de WBE qui peuvent demander à en bénéficier. L’évaluation a été réalisée durant les deux phases du projet par le biais d’un questionnaire soumis aux élèves. Il y a eu 4 800 répondants. Globalement, l’évaluation montre un impact plutôt positif du projet. Les élèves se sentiraient mieux informés sur les règles et les protections menstruelles.
Pour l’heure, le financement de la généralisation de cette initiative à l’ensemble des réseaux d’enseignement par notre Fédération n’est pas à l’ordre du jour. Le gouvernement précédent a cependant mandaté le bureau de consultance BDO pour évaluer l’impact budgétaire d’une telle mesure dans les lieux dépendant des compétences de notre Fédération. Soyez assurée que je prendrai connaissance des résultats avec attention, en tenant également compte de la situation budgétaire de notre Fédération.
Réplique de Mme Agic
Je suis déjà rassurée vis-à-vis de WBE. Cependant, il serait quand même important de participer à la généralisation du dispositif. Avez-vous une idée, Madame la Ministre, du moment où vous disposerez d’une estimation du coût d’une telle généralisation, car votre réponse était imprécise à ce sujet ?