Pride de Bruxelles et engagements de la FWB pendant le mois des fiertés
De Leila Agic
à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
Le 17 mai 2025, Bruxelles a célébré une nouvelle édition de la Brussels Pride, désormais reconnue comme patrimoine culturel immatériel (PCI) de la Région de Bruxelles-Capitale. Cette reconnaissance témoigne de l’im- portance de la Pride non seulement comme moment festif, mais aussi comme manifestation politique et citoyenne essentielle à la visibilité et à la défense des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes et asexuelles (LGBTQIA+).
Cet événement s’inscrit dans le cadre du mois des fiertés, marqué cette année par le mot d’ordre «Unite – Time to protect our rights». Ce slogan fait écho à une actualité mondiale préoccupante: l’interdiction de la Pride à Budapest, un recul des protections aux États-Unis et, même chez nous, une banalisation inquiétante des propos homophobes, y compris dans l’espace médiatique et politique.
Dans ce contexte, les institutions publiques ont un rôle fondamental à jouer, non seulement dans la défense des droits acquis, mais aussi dans leur consolidation, leur mise en valeur et leur visibilité. Il ne suffit pas d’être dans une posture défensive, il faut adopter une approche proactive, positive et transversale. La Pride n’est pas une parenthèse annuelle, mais un appel à l’action collective tout au long de l’année.
Monsieur le Ministre, alors que votre administration prépare un plan stratégique interparlementaire pour lutter contre les discriminations subies par les personnes LGBTQIA+ et dans le prolongement d’un précédent échange à ce sujet, j’attire votre attention sur l’urgence de traduire, dans ce plan, les revendications portées avec force par les associations et les milliers de personnes mobilisées le week-end dernier lors de la Pride. C’est à cette condition que l’engagement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourra être à la hauteur des besoins formulés et des attentes exprimées sur le terrain.
La Fédération Wallonie-Bruxelles a-t-elle soutenu l’organisation de la Brussels Pride 2025, sachant que plusieurs demandes de subventions ont été introduites au sein des cabinets? Quel suivi leur a-t-il été accordé et selon quelle ventilation? La Fédération Wallonie-Bruxelles a-t-elle été officiellement représentée lors de la Pride? J’ai vu des photos de vous; je suppose donc que c’est le cas.
Des actions spécifiques de sensibilisation ou de communication ont-elles été organisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’occasion du mois des fiertés dans les établissements scolaires, culturels, sportifs ou de jeunesse?
La reconnaissance de la Pride comme PCI à Bruxelles inspire-t-elle une réflexion similaire au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour renforcer symbolique- ment et politiquement ce moment clé de mobilisation?
Comment vos actions tiennent-elles compte des revendications de la Pride, qui concernent la protection de la santé, de la liberté, des identités et des droits de la communauté LGBTQIA+, ainsi que la diversité et la lutte contre les discriminations de genre?
Dans le cadre du plan stratégique interparlementaire en cours d’élaboration, la question de la valorisation d’événements militants comme la marche des fiertés est-elle intégrée comme un axe d’action à part entière? Le plan prévoit-il des me- sures pour pérenniser, professionnaliser et augmenter le financement des associa- tions LGBTQIA+, au-delà des appels à projets, pour leur permettre de travailler de manière structurelle sur le terrain? Quels délais pouvons-nous espérer pour la finalisation de ce plan et sa mise en œuvre?
Réponse du ministre
Permettez-moi, Mesdames les Députées, de saluer également, comme vous, la reconnaissance de la Brussels Pride comme PCI de la Région de Bruxelles-Capitale. C’est une décision salutaire et nécessaire en ces temps de recul et d’attaques contre les personnes LGBTQIA+ dans le monde. Personnellement, j’étais présent à la Pride en compagnie de ma collègue ministre, de vous, Madame Lange, des membres de mon cabinet et de plusieurs partenaires associatifs que nous soutenons financièrement ou pas, mais qui travaillent à cette cause.
Nous avons également visité toute une série de stands en compagnie de la fédéra- tion Prisme avec laquelle nous menons une franche collaboration. La reconnais- sance de la Pride comme PCI à Bruxelles peut nous inspirer pour envisager une coordination interfédérale meilleure; celle-ci permettrait de déposer, à l’avenir, une candidature commune de la Belgique auprès de l’UNESCO pour faire reconnaître la Brussels Pride comme étant à la fois belge et européenne, et au titre de patrimoine immatériel de l’humanité.
Notre Fédération apporte son soutien à la Belgian Pride devenue la Brussels Pride. La demande déposée en 2025 par visit.brussels est actuellement soumise à ma signature.
Comme chaque année, notre Fédération a communiqué sur la journée du 17 mai par le biais de son portail officiel et des réseaux sociaux. Elle a également hissé le drapeau arc-en-ciel sur son bâtiment administratif. En outre, la Direction de l’égalité des chances a communiqué sur la décision de notre gouvernement de lancer un appel à projets visant à lutter contre les discriminations homophobes, biphobes et transphobes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le gouvernement a dégagé une enveloppe de 300 000 euros qui a été allouée à cet appel à projets. Celui-ci s’adresse aux ASBL, organismes publics ou associations de fait œuvrant sur le terrain en faveur des personnes LGBTQIA+. Il vise à soutenir des projets de prévention, de sensibilisation, de formation et d’accompagnement destinés en particulier à des publics vulnérables: femmes, personnes trans, personnes racisées.
En termes d’actions plus spécifiques, un concours destiné aux étudiants des éta- blissements d’enseignement supérieur est actuellement ouvert en vue d’illustrer la nouvelle édition du guide d’accompagnement pour les personnes transgenres en enseignement supérieur. Un groupe de travail de la Commission «Genre» en enseignement supérieur (CoGES) est en effet mobilisé pour mettre à jour le contenu de la première édition du guide, datée de 2018. Ce concours soutiendra un ou plusieurs étudiant(s) pour la réalisation de dix illustrations contribuant à la visibilité et aux droits des personnes trans en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Vous évoquez, à juste titre, les chiffres préoccupants transmis par Unia en 2023. Plus d’un tiers des dossiers relatifs à l’orientation sexuelle traités par l’institution concernaient des actes de haine et de harcèlement. Il s’agit souvent de situations graves vécues dans les sphères du quotidien: école, sport, santé et logement. Ce sont des réalités qu’il faut mieux documenter à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je vous rejoins: notre engagement ne peut pas se limiter à une pos- ture défensive. C’est pourquoi nous travaillons à l’élaboration d’une stratégie intrafrancophone d’inclusion des personnes LGBTQIA+ en collaboration avec les autres cabinets, les administrations de la Wallonie, la Commission communau- taire française (COCOF) et la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que l’ensemble des secteurs associatifs concernés. La première journée d’étude a eu lieu le 9 avril dernier à Namur. Elle a rassemblé une quarantaine d’actrices et d’acteurs de terrain. Une seconde rencontre est prévue en juin.
Parmi les priorités déjà identifiées figurent la valorisation des événements militants – comme la Pride de Bruxelles –, l’accès à la santé et au logement et la lutte contre les discriminations. Nous travaillons également à l’élaboration d’une stratégie de pérennisation, de professionnalisation et de financement plus structurelle du tissu associatif LGBTQIA+ ainsi qu’au développement de récits plus humains et inclusifs pour contrer la désinformation et la banalisation de propos haineux.
La ligne 0800 12 800, gérée par Unia, reste un outil essentiel. Après une consul- tation de la Direction de l’égalité des chances auprès d’Unia, la répartition des canaux des plaintes suit la tendance générale. La majorité des signalements sont effectués depuis le formulaire en ligne, suivis par ceux reçus par le numéro de téléphone 0800 12 800. En moyenne, depuis 2017, 22 % des signalements relatifs à l’orientation sexuelle leur parviennent par téléphone grâce au numéro gratuit susmentionné. À ce jour, les données disponibles sur les violences et discriminations visant les personnes LGBTQIA+ en Fédération Wallonie-Bruxelles proviennent d’enquêtes menées par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) et par le baromètre des discriminations réalisé périodiquement par Unia.
Les violences physiques, les discours haineux en ligne, les actes d’intimidation à l’école ou sur le lieu de travail demeurent des réalités préoccupantes, même si le nombre de plaintes formellement enregistrées reste inférieur à l’ampleur réelle du problème. Ce sous-signalement s’explique notamment par la crainte de repré- sailles, la méfiance à l’égard des institutions ou encore l’invisibilisation sociale des personnes LGBTQIA+. Pour mieux documenter ces réalités, plusieurs pistes doivent être envisagées.
Tout d’abord, il conviendrait de renforcer la collecte de données désagrégées et sensibles au genre et à l’orientation sexuelle dans les services publics francophones – dans le respect du cadre légal relatif à la vie privée, cela va sans dire.
Il serait également opportun d’instaurer une meilleure coordination entre les ni- veaux de pouvoir et les acteurs associatifs œuvrant sur le terrain, en vue d’harmoniser les méthodes de recensement et d’analyse.
Ensuite, la valorisation de la recherche universitaire sur les discriminations et les violences à l’encontre des personnes LGBTQIA+ constitue un levier essentiel. Le soutien structurel aux enquêtes qualitatives ou quantitatives, notamment en collaboration avec les universités, les services de prévention, les centres de planning familial et les associations LGBTQIA+ permettrait de mieux cerner les effets de ces violences dans les contextes divers que nous avons évoqués.
En somme, documenter les violences et les discriminations envers ces personnes en Fédération Wallonie-Bruxelles exige une approche rigoureuse, collaborative et sensible à leur parcours de vie, dans une perspective intersectionnelle et inclusive.
Réplique de Mme Agic
Monsieur le Ministre, je vous remercie pour votre réponse très complète et particulièrement intéressante. Nous aurons besoin d’un peu de temps pour la relire attentivement et pour approfondir les éléments que vous nous avez communiqués aujourd’hui. Je perçois une réelle implication de votre part sur la question et, dans le contexte actuel, il est réconfortant de voir un ministre aussi engagé pour les droits des personnes LGBTQIA+.
Dès lors que vous adopterez une approche intersectionnelle dans les domaines que vous portez, vous pourrez compter sur notre soutien.