Éducation aux droits des femmes dans le parcours scolaire de tous les élèves
De Leila Agic,
à Valérie Glatigny, première vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Éducation et de l'Enseignement de promotion sociale
Question orale
Les droits des femmes font l’objet de virulentes attaques de l’autre côté de l’Atlantique. La nouvelle arrivée au pouvoir de Donald Trump, soutenu par les géants de la tech, rappelle que ces droits ne sont jamais acquis et doivent continuer à faire l’objet de toute notre vigilance et d’un engagement sans faille. Du droit à l’avortement au plafond de verre, en passant par la précarité menstruelle ou encore par les familles monoparentales, les problématiques mettant en avant la vulnérabilité des femmes sont nombreuses. Elles nécessitent d’être appréhendées de manière à la fois transversale et spécifique, dans le cadre d’un débat contextualisé éclairé et pédagogique.
Pour le groupe socialiste, l’éducation aux droits des femmes constitue un élément indispensable dans le développement et les apprentissages des citoyennes et citoyens de demain. Cela doit passer, au minimum, par une sensibilisation au cours de leur parcours scolaire afin d’éveiller leur conscience à des problématiques aux-quelles ils et elles seront presque tous confrontés de manière inévitable. Il s’agit aussi de renforcer la visibilité des inégalités liées au genre.
D’importants travaux en ce sens ont d’ailleurs été entamés durant la législature précédente: d’une part dans une optique structurelle, à travers le contenu des référentiels du tronc commun et l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), d’autre part au moyen d’appels à projets ou d’initiatives particulières. Au regard des développements récents du débat autour de l’égalité entre les femmes et les hommes, il nous semble essentiel de refaire le point sur cette question.
Madame la Ministre, quelle est la place actuellement réservée à l’éducation aux droits des femmes dans le parcours scolaire des élèves? Quelles sont les thématiques abordées? Quand et dans le cadre de quelles disciplines sont-elles amenées? Quelles sont les formations offertes aux enseignants dans ce domaine, que ce soit dans le cadre de leur formation initiale ou de leur formation continue? Considérez-vous qu’un renforcement de l’éducation aux droits des femmes soit nécessaire? Le cas échéant, quelles actions entreprendrez-vous à cet effet?
Pour terminer, quels sont les principaux facteurs d’inégalité de genre au sein de l’école et que faites-vous pour lutter contre ceux-ci?
Réplique de la ministre
Actuellement, l’éducation aux droits des femmes est intégrée de manière transversale au sein du parcours scolaire des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles, et ce, à travers les nouveaux référentiels du tronc commun. La place des femmes parmi les figures historiques, scientifiques ou littéraires a fait l’objet d’un point d’attention lors de l’élaboration de ceux-ci en veillant à un équilibre entre la place accordée aux hommes et aux femmes dans les figures emblématiques mises en avant et dans les savoirs à inculquer.
Plus encore, une formulation inclusive y a été privilégiée, en particulier lorsque des métiers sont évoqués. Dans les approches historiques des diverses disciplines du tronc commun ainsi que dans les visées transversales, des points importants sur la réflexion à propos de la place sociologique et historique des femmes sont par ailleurs formulés, comme l’absence des femmes parmi les figures emblématiques scientifiques, par exemple. Même si une majorité des découvertes scientifiques sont attribuées à des hommes, le référentiel de sciences souligne que la visibilité et la présence des femmes parmi les figures scientifiques retenues dans l’Histoire ont ainsi fortement progressé depuis le milieu du siècle passé.
De même, le référentiel de formation manuelle, technique, technologique et numérique (FMTTN) sensibilise les élèves à l’ouverture des filières technologiques et scientifiques à toutes et tous, sans distinction liée au genre.
En outre, les contenus d’apprentissage des référentiels du tronc commun développent la notion d’égalité de genres à de nombreuses reprises. Dans le cadre du cours d’éducation à la philosophie et la citoyenneté, les élèves sont ainsi amenés à réfléchir sur les stéréotypes, discriminations et inégalités de genres. Il s’agit de développer leur esprit critique face aux discriminations et inégalités et à les sensibiliser au principe d’égalité en droit et en dignité.
Parallèlement, le référentiel de formation historique, géographique, économique et social amène ceux-ci à se questionner sur les inégalités liées au genre dans les sphères du travail, les tâches domestiques, le travail éducatif et l’emploi salarié, sur les sources des inégalités salariales et sur les arguments avancés par les différents acteurs engagés dans des luttes sociales. Enfin, les animations d’EVRAS comprennent des modules spécifiques visant à sensibiliser les jeunes aux violences sexistes et sexuelles ainsi qu’à promouvoir une responsabilité égale des partenaires dans la contraception et la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), en ce compris dans le référentiel de science.
Concernant la formation continue des enseignants, l’Institut interréseaux de la formation professionnelle continue (IFPC) propose cette année sept modules en lien avec le droit des femmes, les inégalités de genre et l’EVRAS, dont une formation intitulée «Visibilité et représentation des femmes dans les savoirs enseignés: approche didactique et pistes de travail pour une histoire paritaire et une théorie du genre». L’éducation aux droits des femmes reste un point majeur.
Le gouvernement demeure engagé à faire de l’école un lieu d’apprentissage de l’égalité et de la lutte contre toutes les formes de discrimination. Soyez assurée que cette thématique sera intégrée de la même façon au sein des référentiels de l’après tronc commun.
Réplique de Mme Agic
Madame la Ministre, d’après vos réponses, je constate que des choses existent déjà et que vous veillerez à ce que cela continue.
Néanmoins, il me semble important de réévaluer nos politiques actuelles pour déterminer si elles sont suffisantes, surtout à l’heure où de nouveaux discours masculinistes se répandent de plus en plus sur les réseaux sociaux, en particulier sur TikTok. Les vidéos qui y circulent donnent l’impression que les jeunes qui s’y mettent en scène sortent des années 1930 ou 1940 et je m’interroge sérieusement à ce sujet. Il convient donc de veiller à ce que l’école permette aussi de remettre les choses dans leur contexte et de déconstruire ces discours de plus en plus présents auprès des jeunes.