La lutte contre les violences sexuelles commises dans les bars de la Région de Bruxelles-Capitale.
De Madame Leila Agic, députée régionale
A Madame Nawal Ben Hamou, Secrétaire d'Etat
Question d'actualité
Le 14 octobre dernier, j'étais présente avec plus de 1.300 autres personnes à la manifestation contre les agressions sexuelles subies par des femmes dans des bars de la Région. Hier encore, plusieurs centaines de manifestantes et manifestants étaient présents à Ixelles pour soutenir les victimes et demander des réponses politiques concrètes.
En effet, depuis plusieurs jours, une véritable libération de la parole a lieu sur les réseaux sociaux et notamment autour du mot-dièse #balancetonbar. Au départ, les témoignages ciblaient un barman d'un quartier spécifique de Bruxelles. Ils évoquent désormais de nombreux bars et boîtes de nuit dans l'ensemble de la Région, voire du pays. Il ne s'agit pas d'un cas isolé, mais bien d'un phénomène de société.
Un point est commun à tous ces témoignages : le trou noir, le fait qu'on ait donné de la drogue à ces victimes. Au mieux, elles ont eu la chance d'être raccompagnées chez elles par des proches ; au pire, elles se réveillent le lendemain matin dans le lit d'un inconnu après avoir été violées, ou nues, à un arrêt de bus, sans savoir ce qui leur est arrivé.
Mme la secrétaire d'État, je suis profondément choquée et touchée par ces témoignages, car j'ai moi aussi été amenée à raccompagner à la fin d'une soirée des amies qui se sentaient mal, et nous ne nous sommes rendu compte que le lendemain matin de ce qui s'était passé ou aurait pu se passer. Comme vous, je fais partie d'une génération qui a toujours dû faire attention à son verre, subir cette charge mentale et avoir peur lorsqu'elle sort. Notre rôle à toutes et à tous est de faire en sorte que les prochaines générations n'aient plus à le faire.
Depuis cette libération de la parole, avez-vous pu prendre des mesures concrètes ? De même, quelles mesures peuvent-elles être prises par Bruxelles Prévention et sécurité en la matière ?
Enfin, nous savons que nous aurons besoin de l'ensemble des niveaux de pouvoir pour lutter concrètement contre ce phénomène. Avez-vous déjà eu des échanges et pouvez-vous nous en dire plus à cet égard ?
Réponse de la Secrétaire d'Etat
Vous connaissez mon engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Il y a un an et demi, nous avons élaboré un plan concret en la matière. Il contient 56 actions, dont 40 ont déjà été lancées. L'une d'elles vise l'accueil des victimes dans les commissariats.
Nous avons toujours un problème de sous-rapportage et de chiffres noirs. Nous continuerons à travailler sur la question. Lors d'une réunion extraordinaire du conseil de la nuit, les cabinets du ministre-président, de Mme Trachte et le mien ont rencontré les fédérations de l'horeca ainsi que le monde de la nuit. Bruxelles Prévention et sécurité, equal.brussels, visit.brussels, les zones de police et les communes étaient également présents. Nous avons tenté de trouver des moyens d'action pour lutter ensemble contre ces violences.
Dans quelques jours, le conseil de la nuit nous communiquera quelques propositions, que nos trois cabinets soutiendront. Toutefois, la prévention et la sensibilisation dans le milieu de la nuit sont primordiales et doivent être mises en œuvre.
Enfin, je tiens à réitérer mon soutien à toutes les femmes victimes, qui osent parler, et à toutes celles qui n'osent pas parler, et leur dire qu'elles ne sont pas seules. Elles doivent être entendues, écoutées, et les auteurs doivent être poursuivis. En tant qu'autorité publique, nous avons une obligation de résultat, à tous les niveaux de pouvoir, pour que nos femmes, nos sœurs ou nos filles puissent sortir librement, peu importe la manière dont elles sont habillées. Elles ne doivent pas avoir peur d'être victimes de violences. Un changement de mentalité aussi est nécessaire : certains hommes doivent comprendre que les femmes méritent le respect.
Réplique de Mme Agic
Il faut du courage pour oser porter plainte et pour partager un témoignage aussi intime. Face au courage des victimes, nous devons avoir le courage politique de prendre des décisions et des mesures fortes pour que la peur change de camp. Ce n'est pas à nous, femmes, de craindre de sortir, mais ce sont bien nos agresseurs qui doivent être envahis par la peur.
Ensuite, comme j'ai lu un commentaire sur les réseaux sociaux soutenant qu'il ne s'agissait que d'un barman dans un seul bar, j'invite tous mes collègues, notamment masculins, de lire les témoignages recensés sur le compte Instagram "Balance ton bar" pour prendre conscience de ce qu'ont vécu les victimes et de comprendre l'importance de continuer à parler de ces agressions. L'on ne peut soutenir que certaines députées exagèrent sur ce genre de questions. La lecture de ces témoignages suffira à montrer pourquoi nous sommes en colère et revenons sans cesse sur le problème.