De Leila Agic,

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l'Égalité des chances.

Question orale

La précarité menstruelle constitue non seulement une problématique de santé publique, mais également une question de dignité humaine et d’égalité des chances. Aujourd’hui encore, elle frappe durement de nombreuses personnes menstruées dans notre pays. Selon une enquête réalisée par Solidaris en 2023, une femme sur huit a déjà dû renoncer à acheter des protections périodiques pour des raisons financières. Ces chiffres rappellent que cette situation ne devrait pas exister dans une société qui se veut solidaire et égalitaire.

Pourtant, la précarité menstruelle a des conséquences bien réelles: absentéisme scolaire, stigmatisation, isolement social et, surtout, une atteinte à la dignité des personnes qui en sont victimes. Ces réalités sont encore plus criantes dans certains milieux scolaires, où les élèves se retrouvent souvent démunies face à un besoin aussi élémentaire.

Je tiens à saluer les efforts de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), qui a lancé des projets pilotes visant à distribuer gratuitement des protections hygiéniques dans plusieurs établissements scolaires. Ces initiatives sont essentielles pour briser le tabou qui entoure les menstruations et pour garantir à chaque jeune fille les mêmes chances de réussite scolaire, indépendamment de sa situation socioéconomique.

Cependant, ces projets ne doivent pas rester limités à quelques écoles. La lutte contre la précarité menstruelle doit s’inscrire dans une politique structurelle pérenne pour qu’aucune élève ne soit laissée de côté.

Monsieur le Ministre, une enveloppe budgétaire a été mentionnée pour financer ces projets pilotes dans les établissements du réseau WBE. Quel montant exact y a-t-il été alloué dans le cadre du budget 2024 ? Ce budget représente-t-il une augmentation par rapport aux années précédentes ? Disposez-vous d’un retour d’évaluation de ces projets pilotes, notamment en termes d’impact sur le bien-être des élèves ? Est-il prévu de généraliser cette initiative à l’ensemble des écoles de WBE ? Des discussions sont-elles en cours pour l’étendre à d’autres réseaux scolaires ? Le cas échéant, dans quel délai une mise en œuvre concrète peut-elle être envisagée ?

Réponse du ministre

La lutte contre la précarité menstruelle est une vraie question de santé publique, mais elle est surtout liée aux droits fondamentaux de chaque personne. Elle relève à la fois de la lutte contre la pauvreté, du droit à la santé et de l’égalité des chances. Le projet intitulé «Sang Stress. Les règles, c’est naturel» est une initiative pilote visant à fournir gratuitement des protections menstruelles biologiques aux élèves des écoles fondamentales et secondaires du réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). Il a été lancé en 2023, s’est déroulé en deux phases et a vu la participation de 29 établissements scolaires.

Pour évaluer le projet, des questionnaires ont été soumis aux élèves au début et à la fin de chaque phase. Au total, 4 800 élèves y ont répondu. Les résultats ont mis en évidence un effet positif de la sensibilisation: les élèves se sentent mieux informées sur les règles et les protections menstruelles disponibles. Les résultats montrent également que le stress lié aux règles, en partie causé par le manque de protections menstruelles, a diminué en fin de projet.

Par ailleurs, plusieurs élèves ont déclaré avoir manqué l’école ou avoir eu connaissance d’une camarade absente en raison des règles. Ce projet a été inscrit dans le contrat de gestion de WBE.

Toutefois, la Direction de l'égalité des chances du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec laquelle je collabore, ne dispose d’aucune information sur une enveloppe budgétaire allouée à sa généralisation au sein des établissements de WBE, ni sur l’extension de ce dispositif aux autres réseaux d’enseignement.

Par ailleurs, une étude a été commandée en vue de lutter contre l’insécurité et la précarité menstruelles. Cette étude vise à estimer les coûts liés à la mise à disposition gratuite de produits menstruels dans les écoles et dans d’autres secteurs relevant des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tels que les établissements d’enseignement supérieur, les centres sportifs et les institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ). Je serai très attentif, tout au long de mon mandat, à cette problématique et à l’intégration du genre dans la stratégie de lutte contre la pauvreté, notamment au travers de la mise en œuvre des futures versions du Plan «Droits des femmes». Nous serons aussi attentifs aux résultats de l’étude susmentionnée.  Du reste, je dois évidemment agir en concertation avec les ministres Lescrenier et Glatigny.

Réplique de Mme Agic

La lutte contre la précarité féminine passe notamment par la lutte contre la précarité menstruelle; je me réjouis donc, Monsieur le Ministre, de voir que vous y êtes sensible et attentif. Les résultats de l’étude seront intéressants à analyser pour voir comment agir au-delà des écoles. En effet, d’autres lieux fréquentés par les jeunes pourraient aussi bénéficier de ce type de soutien pour que chaque femme, où qu’elle aille, ait accès à ces produits de première nécessité.

Lutte contre la précarité menstruelle