Lutte contre l'homophobie

De Leila Agic

à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Jeunesse, de l’Aide à la jeunesse et des Maisons de justice

Une étude menée auprès de 1 500 jeunes en 2023 et publiée récemment en Flandre dévoile qu'un Flamand sur cinq trouve acceptable une agression contre une personne homosexuelle. Ce pourcentage a plus que doublé en à peine cinq ans. Parmi les autres chiffres glaçants de cette étude, on apprend que 20 % des jeunes veulent la suppression du mariage homosexuel ou sont opposés au fait d’avoir un professeur homosexuel. Preuve supplémentaire de l’intolérance ambiante: seulement 66 % des jeunes estiment que les homosexuels peuvent mener leur vie comme ils l’entendent.

Ces chiffres sont choquants et doivent nous pousser à nous interroger sur les rai- sons de la montée de l’homophobie. Ils s’inscrivent dans la lignée d’autres tendances déjà observées. En France, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a mis en évidence, dans son baromètre annuel sur le sexisme, l’adhésion aux idées masculinistes d’une minorité grandissante de jeunes hommes, et ce, en réaction aux mouvements féministes et lesbiennes, gays, bisexuelles, trans- genres, queers, intersexes et asexuelles (LGBTQIA+). Madame la Ministre, disposez-vous de données permettant de juger de l’augmentation de l’homophobie chez les jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Des organisations de jeunesse déploient-elles des actions de sensibilisation spécifiques sur ce sujet ? Est-il prévu de les renforcer compte tenu de ces signaux d’alerte ? Pour déconstruire certains discours homophobes – donc illégaux –, la Fédération Wallonie-Bruxelles dispose de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) et d’un réseau d’opérateurs compétents pour dispenser ces activités.

Au vu des chiffres que nous présente l’étude susmentionnée, il nous semble indis- pensable de multiplier les activités d’EVRAS au-delà des murs de l’école. Pour cela, l’EVRAS ne doit éviter aucun sujet jugé tabou par certaines associations ultraconservatrices. Ainsi, nous nous inquiétons de l’ouverture faite par votre collègue Valérie Glatigny d’intégrer, au sein des groupes d’évaluation, des organismes proches de l’extrême droite. Le gouvernement vous ayant désignée à la présidence du comité d’accompagnement chargé de veiller à la bonne application de l’accord de coopération, pouvez-vous nous certifier que les associations ultraconservatrices et proches de l’extrême droite – telles que l’institut Thomas More, Innocence en danger ou encore l’Observatoire de la petite sirène – seront écartées du processus d’évaluation ?

Réponse de la ministre

Nous avons bien connaissance de ce phénomène, même si nous ne disposons pas de don- nées précises spécifiques à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour lutter contre l’homophobie, plusieurs réglementations existent déjà sur notre territoire. Cette problématique peut être abordée dans le cadre de l’accord de coopération du 7 juillet 2023 entre la Communauté française, la Région wallonne et la Commission communautaire française relatif à la généralisation de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.

Le texte prévoit un appel à projets destiné aux opérateurs jeunesse. En 2024, à travers cet appel à projets, différentes initiatives ont été soutenues. Ainsi, l’ASBL Pixiels a édité un guide relatif aux jeunes LGBTQIA+ et l’ASBL Crible a travaillé sur la thématique du genre dans le sport. L’appel à projets 2025 s’est clôturé à la fin du mois d’avril.

Outre la labellisation des opérateurs d’animation, l’accord de coopération reconnaît également des opérateurs de formation, qui prennent en charge la formation continue des équipes pédagogiques, sur ce sujet et bien d’autres. Notons que des associations telles que Pixiels ou Solidelles disposent d’un label thématique sur les orientations sexuelles et les identités de genre. Ces associations sont renforcées par toutes les autres associations disposant d’un label généraliste et qui, elles, travaillent sur toutes les thématiques. Dans ce cadre, elles ne manquent pas de sensibiliser, prévenir et œuvrer contre les violences liées à l’orientation sexuelle, dont l’homophobie.

Les centres d’information ainsi que les centres de planning familial organisent également des actions dans le cadre de la lutte contre l’homophobie. La convention liée à la Fédération Prisme est soutenue pour 50 000 euros par le ministère de la Jeunesse et la Direction de l'égalité des chances du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une des missions de cette convention consiste à la mise en œuvre, au sein des écoles, d’interventions concernant les thématiques relatives aux orientations sexuelles et aux identités de genre.

Enfin, Madame la Députée, pour répondre à vos inquiétudes, je vous rappelle que le processus de l’évaluation de l’EVRAS est inscrit dans l’accord de coopération de 2023. L’évaluation est assurée par le comité d’accompagnement dont une de mes collaboratrices occupe la présidence, conformément à l’article 39. Les membres siégeant au sein de cette instance sont des représentants et représen- tantes du comité d’attribution, sans voix décisionnelle, et un représentant ou une représentante des ministres compétents du gouvernement de la Région wallonne, du Collège de la Commission communautaire française (COCOF) et du gouvernement de la Communauté française qui ont dans leurs compétences les matières liées à la santé, l’action sociale, l’enseignement obligatoire, la promotion de la santé, la jeunesse, l’aide à la jeunesse, l’égalité des chances et les droits des femmes.

Compte tenu des défis qu’implique ce processus, nous devrons faire preuve d’une prudence accrue, mais tous les avis devront être entendus.

Réplique de Mme Agic

Madame la Ministre, je ne m’attendais pas du tout à cette phrase de conclusion: «Tous les avis devront être entendus». Elle me laisse dubitative. Je ne pense pas que les avis de l’extrême droite doivent être entendus dans une enceinte démocratique. Encore moins quand ils concernent l’avenir de nos jeunes et des perspectives proposées à notre jeunesse. Je suis sans voix. Je vous pensais plus attachée au cordon sanitaire que certains de vos collègues.

J’en prends acte; cela a le mérite de poser le cadre pour l’avenir. La réplique que j’avais préparée et qui soulignait l’importance de retravailler ces questions et de déconstruire certaines thématiques masculinistes portées par l’extrême droite n’a plus de raison d’être si vous pensez que toutes les opinions doivent être entendues, en ce compris celles des personnes dont les discours encouragent l’homophobie. Je suis vraiment extrêmement déçue par votre positionnement.