Lutte contre l'homophobie

De Leila Agic

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

Malgré un cadre légal avancé en matière de lutte contre les discriminations, les signaux d’alerte se multiplient concernant la recrudescence de l’homophobie, en particulier chez les jeunes. Récemment, une étude menée en Flandre a révélé que 18 % des jeunes interrogés jugeaient «acceptable» d’agresser des personnes homosexuelles. Ce chiffre alarmant, en hausse, pourrait bien trouver un écho en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans ce contexte, les associations représentant les personnes LGBTQIA+ rapportent un climat de plus en plus tendu, des discours décomplexés dans l’espace public et un besoin croissant de soutien.

Dans une réponse précédente, Monsieur le Ministre, vous avez mis en avant plusieurs initiatives que je tiens à saluer. Mais ces initiatives restent ponctuelles et, surtout, elles reposent en grande partie sur le travail des associations, qui manquent cruellement de moyens et dépendent de l’engagement de bénévoles. Les appels à projets annuels, bien qu’indispensables, ne leur permettent ni de struc- turer un travail de fond ni de garantir une continuité dans l’action. Face à l’urgence, il est essentiel de passer à une autre échelle: des politiques publiques ambitieuses, structurelles et systématiquement intégrées aux différents champs d’action, tels que l’éducation aux médias, la sécurité, la culture ou la jeunesse.

Disposez-vous de données actualisées concernant l’évolution des attitudes des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles vis-à-vis des personnes LGBTQIA+ ? Une étude a-t-elle déjà été menée en ce sens ou le sera-t-elle bientôt ? Quelles mesures allez-vous prendre pour pérenniser, professionnaliser et augmenter le financement des associations LGBTQIA+, au-delà des appels à projets, et pour leur permettre ainsi de travailler de manière structurelle sur le terrain ?

La stratégie intra-francophone LGBTQIA+ 2025-2029 prévoit-elle des mesures concrètes dans les secteurs clés comme le logement, l’éducation, l’emploi, la santé ou la culture, afin de garantir une égalité de traitement pour toutes et tous ? La lutte contre les discriminations exige une approche transversale. Quel dispositif de coordination avez-vous instauré au sein du gouvernement, entre les ministères concernés, pour garantir une réponse cohérente et efficace face à l’homophobie ? À la suite des données alarmantes révélées en Flandre, quelles démarches avez-vous engagées avec vos homologues des autres entités fédérées pour mettre en œuvre un plan interfédéral de lutte contre les violences visant les personnes LGBTQIA+ ?

Réponse du ministre

Merci, Madame la Députée, pour votre importante question con- cernant la lutte contre l’homophobie. À ce jour, les données les plus récentes disponibles proviennent d’enquêtes menées par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH), par le baromètre des discriminations réalisé périodiquement par Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, ou par l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ) qui publie régulièrement des analyses portant notamment sur les représentations et les conditions de vie des jeunes. Ces études tendent à indiquer une évolution globalement positive des perceptions au sein de la jeunesse francophone, marquée par une plus grande ouverture à la diversité sexuelle et de genre en comparaison avec les générations précédentes. Cette évolution n’est toutefois ni uniforme ni linéaire: certains écarts notables subsistent en fonction des variables comme le milieu socioéconomique, le contexte familial, l’environnement scolaire ou l’appartenance culturelle ou religieuse.

Par ailleurs, certaines formes persistantes de rejet, de stigmatisation ou de har- cèlement peuvent encore être observées notamment dans certains milieux sco- laires ou sur les réseaux sociaux. À titre d’exemple, une enquête interne menée fin 2024 par la CiMéDé, la Direction «Citoyenneté, mémoire et démocratie» du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a été consacrée au vivre-ensemble et ç la polarisation en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette enquête, menée auprès d’un échantillon restreint de professionnels relevant des différents secteurs de compétence de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a abordé la ques- tion de l’orientation sexuelle. Il en ressort que certaines tensions autour de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle se manifestent par le sexisme ainsi que par le rejet de personnes homosexuelles, de personnes transgenres et de personnes non binaires.

Face à ce constat, il importe de poursuivre et renforcer les politiques publiques portant sur la sensibilisation, sur l’éducation et sur la vie relationnelle, affective et sexuelle ainsi que la lutte contre les discriminations en collaboration étroite avec les acteurs de terrain, les établissements scolaires, les familles et les associations de défense des droits des personnes LGBTQIA+.

Les directions de l’égalité des chances de mes administrations en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Région wallonne travaillent actuellement à l’élaboration d’une nouvelle stratégie intra-francophone commune. Une première journée de consultation et d’échange entre les acteurs du secteur a été organisée le 9 avril dernier à Namur. C’était passionnant. La journée a été organisée en partenariat avec une diversité d’acteurs du secteur associatif et elle a mis en lumière certaines priorités que vous évoquez dans votre question, comme l’accès au logement, la santé et la lutte contre les discriminations. La poursuite de ces travaux servira à orienter de manière éclairée nos actions futures en faveur d’une société plus inclusive, respectueuse des droits et des identités de chacune et de chacun. Les pistes sont ici beaucoup plus structurelles, ambitieuses et proportionnées aux moyens disponibles.

Madame la Députée, je ne suis pas en mesure de répondre à toutes vos ques- tions, car le travail est en cours. Dans tous les cas, nous vous ferons un suivi de ces travaux en fur et à mesure qu’ils avancent.

Réplique de Mme Agic

Certes, le travail est en cours et nous reviendrons vers vous. Vous nous le présenterez certainement, une fois terminé.

De plus en plus d’études préoccupantes portent sur ces questions que nous pen- sions résolues. Les chiffres consacrés à l’opinion des jeunes sur les agressions sexuelles, le viol, l’homophobie indiquent que les discours masculinistes se répandent toujours plus sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, et imprègnent les réflexions des jeunes. Cela devient vraiment inquiétant et nous impose de réfléchir à notre façon d’aborder ces questions et ces nouveaux courants, prônant le sexisme, l’homophobie et le racisme dans notre société. Nous devons prendre ces questions à bras-le-corps et ne pas nous contentons d’accepter ces évolutions qui émanent des nouvelles générations de ce 21e siècle. Cette vague réactionnaire nous frappe malheureusement de plein fouet. Il est essentiel de reprendre le combat et de ne pas nous satisfaire de maigres moyens: nous devons en faire une priorité pour garantir la sécurité et la liberté de tous dans notre société.