Les accidents à vélo.

de Leila Agic

à Elke Van den Brandt, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la mobilité, des travaux publics et de la sécurité routière.

Question orale

Le jeudi 11 juin est parue une étude sur les accidents de vélo réalisée par la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et l’université de Gand, en collaboration avec l’université d’Utrecht et la fondation néerlandaise de recherche sur la sécurité routière. Cette étude met en exergue que 83 % des accidents de vélo n'impliquent pas de véhicule motorisé. Par ailleurs, la majorité des accidents n'implique pas d'autre cycliste.


Dès lors, quelles sont les raisons de ces accidents ? L’étude révèle que la plupart des chutes ou collisions avec un obstacle à vélo sont causées par le manque d’entretien des infrastructures et des pistes cyclables non planes, autrement dit par des potelets, des trous et des bordures.


Le professeur de Geus, responsable de l’étude, a précisé que les potelets étaient extrêmement dangereux et se trouvaient souvent au milieu d’une piste cyclable, dans le but d'arrêter les voitures. Néanmoins, une collision avec un potelet à 15 voire 20 km/h a souvent des conséquences catastrophiques comparables à une collision frontale avec un mur. Il est donc essentiel d’entretenir et d’aménager les infrastructures destinées aux cyclistes afin de réduire le nombre d’accidents.


- Alors que la création de nouvelles pistes cyclables est un enjeu majeur, le bon état des pistes existantes ne l’est pas moins. Le réseau des itinéraires cyclables régionaux (ICR) fait-il l’objet d’un contrôle récurrent, et un budget est-il alloué à sa remise en état ?

- Dans l’affirmative, quels sont la fréquence dudit contrôle et les moyens utilisés ?

- Tous les types de pistes reconnus ou suggérés par le Code de la route sont-ils visés ?

- Compte tenu de l’explosion de la micromobilité, la taille réduite des roues appelle une haute qualité des revêtements cyclables. Des normes ont-elles été adoptées pour définir un degré de dégradation appelant une intervention de rénovation ?


- Qu’en est-il de l’équipement des voiries équipées de potelets, principale cause d’accidents de vélo ?

- Bruxelles Mobilité a placé des potelets en fonte sur l'ensemble du nouveau réseau cyclable de la Petite ceinture. Ce type d’équipement est-il amené à se multiplier ?

- D’autres équipements plus souples ne pourraient-ils pas être envisagés ?

Réponse de la Ministre


Nous réalisons une inspection du réseau de pistes cyclables hors voirie qui durera au moins deux ans. Les remises en état du revêtement sont effectuées sur le même budget que les remises en état des trottoirs. Les remises en état des autres équipements - panneaux, potelets... - sont financées sur les budgets inscrits pour ces équipements.

Nous n’avons pas encore défini de cycle d’inspection pour les pistes cyclables. Il est difficile d’extraire des budgets globaux les budgets alloués spécifiquement aux pistes cyclables, car les pistes cyclables en voirie sont entretenues et inspectées en même temps que ces voiries. Les itinéraires cyclables régionaux (ICR) comprennent des tronçons réalisés sur des voiries communales, dont l’inspection relève du gestionnaire communal.


Il est également à noter que le plan Good Move s'inscrit en partie dans la vision des ICR de l’époque. Nous travaillons à la spécialisation des voiries. Pour le vélo, cela signifie que nous voulons rendre Bruxelles totalement cyclable d’ici à 2030. Là où les ICR étaient plutôt construits comme une solution alternative aux voiries automobiles, nous travaillons également sur les réseaux structurants vélo plus (qui correspond plus au moins au RER vélo), vélo confort et vélo quartier. La plupart des voiries ICR de l’époque sont incluses dans les réseaux plus et confort.


La différence est tangible, par exemple sur un axe structurant comme l'avenue Charles-Quint. Les ICR sont des routes parallèles qui guident, de facto, les cyclistes sur un parcours beaucoup plus long. Le nouveau réseau du plan Good Move tient plutôt à donner aux cyclistes la place qui leur revient sur l'axe principal, qui va tout droit.


S'agissant des revêtements et des potelets, après l’audit réalisé avec un vélo de mesure en 2013, un cadastre de l’état de toutes les pistes cyclables a été dressé, avec un score de zéro à dix. Nous avons alors décidé de nous occuper de toutes les pistes cyclables au score inférieur à cinq qui n’étaient pas reprises dans un projet de réaménagement. Cet audit est à refaire dans le but évident de tendre vers un score moyen plus élevé, de préférence au-dessus de sept sur dix - le score d’un asphalte bien posé est de neuf sur dix -, mais également de ne plus enregistrer de scores trop faibles, inférieurs à cinq.


Pour le placement de potelets, afin de limiter le plus possible les accidents, il existe un plan avec des normes, indiquant les marquages et les distances minimales. Malheureusement, il reste nécessaire d’en placer. À défaut, certaines pistes cyclables se transforment en axes routiers ou en simples places de parking. J'aimerais que les potelets ne soient plus nécessaires, car ils peuvent présenter un risque, mais les études ont montré leur utilité.
Les potelets ont pour but de protéger les cyclistes en évitant l’utilisation de la piste cyclable par des véhicules, tout en permettant le déneigement. Concernant les potelets en fonte de la Petite ceinture, vu le manque de respect des usagers et le vandalisme constaté, des potelets souples n’auraient pas été utiles. Le choix s’est porté sur des potelets plus résistants. Nous travaillons actuellement à les rendre plus visibles et mieux signalés pour améliorer la sécurité des cyclistes.


Dans les années à venir, nous voulons aussi nous concentrer sur la sensibilisation et le respect de la loi, parce que la mentalité selon laquelle on peut stationner n'importe où doit vraiment changer.


Comme l'a indiqué lui-même le chercheur principal de l'étude, le professeur de Geus de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), plus l'accident est grave, plus il y a de risques qu'une voiture soit impliquée. Comme je l'ai déjà indiqué, les potelets sont placés pour protéger les cyclistes du stationnement sauvage et de la circulation interdite. C'est parce que la voiture occupe tellement espace qu'il est impossible de construire des infrastructures cyclables exemptes d'obstacles. C'est donc l'utilisation des voitures et l'espace énorme qu'elles requièrent qui doivent être réduits.

Réplique de Mme Agic

Je pense en effet que le sentiment d'insécurité reste un grand frein pour bon nombre de personnes, notamment pour les femmes, qui restent sous-représentées parmi les cyclistes bruxellois. Je pense qu'il est donc important de rendre nos pistes cyclables plus sûres.
Vous parlez d'un cadastre de 2013.

Cela fait sept ans, il serait temps de le renouveler. Je conçois qu'il est difficile de travailler de manière spécifique sur les pistes cyclables, comme on le fait avec les trottoirs et autres, mais elles se dégradent plus rapidement, ce qui peut avoir des conséquences plus graves que lorsqu'il s'agit des trottoirs. Les pistes cyclables mériteraient donc des mesures spécifiques.


Il est évident que les potelets sont malheureusement souvent nécessaires, mais nous pourrions être ouverts à d'autres solutions innovantes. Nous resterons attentifs à l'état de nos pistes cyclables dans les années à venir et nous comptons sur vous pour y veiller plus régulièrement.