le plan de circulation Lecharlier et la maille Dielegem
De Leila Agic,
à Elke Van den Brandt, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargée de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière,
Le 18 octobre dernier, quelques jours après le lancement de la minimaille Lecharlier inspirée par le plan Good Move, le collège communal de Jette prenait acte des tensions générées par ces modifications et décidait de revenir en arrière le temps d’une évaluation. Les étapes futures en ont également été reportées, à savoir la mise en place d'un filtre pour empêcher de couper l'avenue de Jette et les mises à sens unique de l'avenue Firmin Lecharlier et de l'avenue Paul De Merten.
Le 7 février, la commune dévoilait consultation citoyenne. Alors que la bourgmestre parlait d’une participation de 20 à 30 personnes lors des réunions Teams pour un quartier de 10.000 habitants durant la première consultation, cette fois-ci, ce sont 1.260 habitants, 61 personnes représentant des entreprises et 131 utilisateurs des écoles et des crèches qui ont répondu aux différentes questions du sondage. Quelque 74 % des habitants ont voté contre le plan proposé, 20,1 % sont pour et 5,3 % sont sans avis, informait la commune dans un communiqué de presse.
De plus, 67 % des commerçants répondant ont pointé une incidence négative du plan sur leur chiffre d’affaires. Ces chiffres clairs et largement supérieurs à la consultation effectuée durant l’élaboration de la première phase du plan ne peuvent nous laisser de marbre, particulièrement quand on sait qu’une maille d’une taille bien plus importante est censée englober une large partie de la commune de Jette et qu'elle inquiète déjà de nombreux habitants. En effet, la maille Dieleghem est censée se situer sur trois communes - la Ville de Bruxelles, Jette et Ganshoren - et elle est actuellement divisée en deux sous-mailles.
Madame la Ministre, Bruxelles Mobilité et votre cabinet ont-ils eu des contacts récents avec la commune de Jette quant à l’avenir de la mobilité dans le quartier Lecharlier ?
Des leçons ont-elles été tirées de ces consultations ? Si oui, lesquelles ?
Quels enseignements tirez-vous de cette séquence pour l’avenir de la mise en place de la maille Dieleghem qui touchera Jette ? Pouvez-vous nous dire où en est la réalisation de cette maille ? De nouvelles consultations auront-elles lieu ?
Y a-t-il des changements dans les conseils que vous donnez aux communes pour la mise en application du plan de circulation régional Good Move, notamment en ce qui concerne les consultations citoyennes ?
Réponse de la ministre
Le plan de circulation dans le quartier Lecharlier est une initiative communale intimement liée à la mise en œuvre du plan bus régional. Il vise, en particulier, à garantir la régularité de la nouvelle offre du bus 14 dans l’avenue Firmin Lecharlier et à définir et mettre en place les mesures d’accompagnement en vue d'assurer la fluidité de ce service, sans créer d'autres reports dans le quartier. Comme vous le savez sans doute, le bus 14 effectue un trajet différent depuis l'instauration du plan bus et l'arrivée du nouveau tram.
Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un quartier apaisé dans le cadre d’un contrat local de mobilité avec la Région, j’espère que la régularité du bus 14 - qui concerne tous les usagers de cette ligne, et pas uniquement les habitants du quartier - restera une priorité pour les autorités communales, dans les décisions à venir.
La méthodologie et le contexte des consultations menées avant et après le test sont très différents et relevaient de la compétence de la commune.
Avant la mise en place du plan, cinq réunions ont été organisées par la commune : trois ateliers participatifs et deux réunions d’information, l'une portant sur le plan de circulation définitif et l'autre sur le projet d’aménagement de l’avenue Firmin Lecharlier. Ces cinq réunions ont rassemblé plus de 150 personnes, selon la commune, et ce, alors que certaines d'entre elles se sont tenues dans le contexte particulier du Covid-19. De plus, ce genre de réunions poursuit des objectifs plutôt qualitatifs : améliorer le contenu du projet en utilisant la connaissance collective des riverains. L’enquête menée après la mise en œuvre a, quant à elle, été réalisée par un courrier nominatif.
Les conclusions relèvent de la commune, car nous n’avons pas suivi le processus. Cependant, il est clair que la forme, mais aussi le calendrier - notamment la mise en place seulement partielle du plan pendant un temps très limité - ont influencé le taux de participation et les réponses obtenues. Ainsi, 16 % des personnes interrogées ont répondu au questionnaire. Si nous pouvons nous réjouir que les gens aient pris le temps de donner leur avis, force est de constater que ce taux de réponse est relativement faible, certainement pour un quartier que l’on disait en colère, divisé entre les personnes favorables et opposées au projet.
Par ailleurs, ce n'est pas la première fois que ce genre de questionnaire est envoyé par une commune. Nous savons ce qu'il implique, comment cela fonctionne et à quel moment il doit être utilisé. Concernant votre question sur les leçons qui en ont été tirées et sur les éventuelles adaptations qui seront faites pour les autres mailles, il n'est pas prévu dans ce cas-ci de créer un quartier apaisé, mais nous pouvons néanmoins en tirer quelques leçons.
Avant la mise en œuvre du projet, il est souvent difficile de trouver des personnes motivées à prendre part à la première phase de consultation, pour laquelle il convient d'avoir un panel le plus représentatif possible. Cet élément est uniquement qualitatif et vise à renforcer le projet.
Vient ensuite la période d'information, au cours de laquelle nous essayons de toucher un maximum de citoyens. Il s'agit de voir quelle est la méthode la plus adéquate : réunions d'information, publication dans le journal de la commune, enquêtes, etc. Lors de la mise en œuvre, l'information est également très importante, car c'est souvent à ce moment que de nombreuses personnes découvrent les changements. Par exemple, la Ville de Bruxelles envoie des stewards dans les rues pour faire cette communication.
Il s'agit également d'être très clair quant au moment où l'évaluation est réalisée. On demande aux citoyens de changer leurs habitudes et il est donc important de les informer clairement de la durée du test et du moment où l'évaluation sera réalisée.
À côté des questionnaires, des comptages sont réalisés par la commune. Là encore, il importe de disposer des chiffres les plus objectifs possible. Dans le cas qui nous occupe, ils montrent que la mobilité évolue positivement et que le niveau du trafic de transit baisse dans le quartier.
Le comptage effectué en novembre 2022 par l’administration communale montre que sur la grande majorité des voies analysées, le trafic a diminué de manière sensible. Sur les voies en bord de quartier - dans l'avenue de Jette par exemple -, les analyses effectuées montrent une augmentation de la congestion due au report du trafic dans les premiers jours de la mise en œuvre du plan, avec un retour progressif à la normale par après. Cette situation est bien normale car les gens ont besoin d’un peu de temps pour s’habituer.
Ce qui est clair, c’est qu’après le retrait du plan, le trafic de transit a malheureusement retrouvé son chemin dans les voies locales du quartier Lecharlier. On note toutefois un impact positif sur le quartier du fait du filtre modal de l’avenue Broustin, qui réduit pour les automobilistes en transit la possibilité de traverser le quartier Lecharlier de part en part. Cette constatation est objectivée par des mesures ponctuelles dans l'avenue Giele.
Le contrat local de mobilité Dieleghem est toujours dans sa phase de conception du scénario et n'est donc pas encore mis en œuvre. Des propositions réalisées par des bureaux d’études ont été soumises aux communes et aux citoyens, mais aucune décision définitive n’a été prise, sur un plan phasé ou non. Plusieurs communes sont concernées, mais c'est surtout Jette qui est touchée. La commune s’est montrée positive mais met actuellement l'accent sur d'autres projets, tels que l’évaluation des filtres modaux sur l’avenue Broustin et le réaménagement de toute une série de voies, dont les projets de réaménagement des alentours du cimetière de Jette ou de la rue Léon Theodor.
S'agissant des quartiers apaisés et des contrats locaux de mobilité de manière générale, certaines leçons ont été tirées pour la mise en œuvre de plans de circulation, qui sont transformés en recommandations et adaptations de l’approche avec les communes, notamment dans le cadre du nouvel appel.
Le temps qui m'est imparti aujourd'hui ne me permet pas d'entrer dans le détail de cette question. Cependant, sachez que nous avons adapté les procédures afin de donner plus de temps, de flexibilité et de budget aux communes pour mieux organiser cette phase d'information et de participation avec les riverains.
Réplique de Mme Agic
Merci pour ces réponses, Madame la Ministre. Si le projet touchant au quartier Lecharlier est effectivement, à la base, communal, il a toutefois des conséquences au niveau régional, puisqu'il touche à plusieurs axes régionaux et au tracé de la ligne de bus 14.
Outre les consultations plutôt qualitatives mentionnées, nous avons également besoin de consultations quantitatives. Le projet concerne en effet davantage de personnes que celles participant à ces consultations qualitatives. Ces dernières ont été réalisées sur une période assez courte. Il arrive régulièrement que seule une personne par habitation réponde. Il est rare que tous les membres d'un même ménage aient répondu au questionnaire. Les réponses sont tout de même assez révélatrices du ressenti par rapport à ce plan.
Concernant le trafic de transit, peut-on le définir précisément ? De nombreuses personnes transitent d'un quartier qui se situe un tout petit peu plus haut ou un tout petit peu plus bas que le quartier Lecharlier. Pour ces personnes, il ne s'agit pas de trafic de transit, mais d'un chemin emprunté dans leur commune, dans leur quartier. Or, ces personnes, pourtant les premières affectées, n'ont pas eu l'occasion de répondre au questionnaire. Ce dernier était en effet assez restrictif par rapport à l'impact considérable de ces changements sur le quartier. Pour moi, un trafic de transit, c'est d'abord le trafic des navetteurs provenant de l'autoroute et passant par l'avenue Broustin. La vie de certains habitants du quartier empruntant ce chemin pour rentrer chez eux ou se rendre à leur travail à l'extérieur de la Région de Bruxelles-Capitale s'en est trouvée sérieusement complexifiée.
Qu'en est-il du calendrier de mise en œuvre de la maille Dieleghem ? Des objectifs de mise en place ont-ils été définis ?
Réponse de la ministre
La mise en place de cette maille était prévue dans la première vague de quartiers apaisés, mais après ce qui s'est passé, plusieurs communes ont demandé des délais supplémentaires pour réétudier les projets. Nous leur avons accordé cette flexibilité. Ainsi, la commune de Jette nous a signalé qu'elle subissait déjà les impacts de l'avenue Firmin Lecharlier, de l'avenue Broustin et de la rue Léon Theodor, ainsi que du chantier de la STIB aux environs du cimetière. Nous préférons d'abord gérer ces chantiers.
Il était par ailleurs nécessaire de revenir vers les habitants après la procédure de participation. Dans la mesure où la commune dispose de plus de compétences locales, nous la laissons prendre en main les nouvelles étapes d'information et de participation, et établir le calendrie