Le mouvement #MeTooInceste
de Leila Agic
à Barbara Trachte, Ministre-Présidente chargée de la promotion de la santé
Question d'actualité
Ces dernières années, les réseaux sociaux ont permis de mettre en évidence des faits que notre société tend à occulter. Cette libération de la parole a commencé avec les mouvements #MeToo et #Balancetonporc. À la suite de la parution du livre « La familia grande» de Camille Kouchner, le week-end dernier, des milliers de messages ont afflué sur Twitter, avec le hashtag #MeTooInceste, dénonçant l'inceste dans les familles.
Ces messages font froid dans le dos et présentent des points communs, notamment le fait qu'un enfant n'a pas conscience de la notion de consentement, mais aussi le déni des parents ou adultes, qui ne veulent pas entendre la vérité. Le déni face à un enfant que l'on ne croit pas, ou que l'on préfère ne pas croire, pour éviter à la famille d'avoir honte. Par conséquent, rares sont ceux qui disent avoir porté plainte et reçu un suivi psychologique adapté.
La quantité de témoignages a surpris bon nombre de personnes. Pourtant, il est connu qu'au moins 75 % des victimes de viol connaissent leur agresseur. Il est dès lors probable qu'une grande partie des cas de viol se produisent dans le cadre familial et concernent des mineurs.
D'après SOS Inceste Belgique, deux à quatre élèves par classe sont concernés. Des chiffres qui donnent à nouveau froid dans le dos ! Force est de constater que l'acte incestueux est un acte de domination qui comporte réellement un aspect genré. En effet, on recense 80 % de femmes parmi les victimes. Quand les enfants sont très petits, la proportion est assez équilibrée, mais plus ils grandissent, plus les filles deviennent les principales victimes. Il est donc primordial de les sensibiliser, dès le plus jeune âge, à la question du consentement, à la liberté, au corps, au droit de porter plainte et de recevoir un suivi psychologique.
Qu'est-ce qui est mis en place pour sensibiliser les jeunes Bruxellois à l'importance du consentement ? Une campagne est-elle prévue à cet effet ?
Sachant que sous la législature précédente, le Parlement avait voté une proposition de résolution visant la généralisation de l'EVRAS et que c'est dès l'école maternelle qu'il faudrait déployer ce genre d'animations sur le consentement, le corps, le genre et l'intimité, qu'en est-il aujourd'hui ?
Le volet « consentement et violence sexuelle » est-il déjà prévu au sein de l'EVRAS? Une procédure est-elle envisagée à l'intention des professionnels qui soupçonneraient un abus au sein de leur classe ? Enfin, quelles mesures sont-elles prévues en matière d'accompagnement psychologique des victimes de tels abus ?
Réponse de la Ministre-Présidente
Je partage vos constats. Je ne pourrai malheureusement pas répondre à toutes vos questions dans le cadre d'une question d'actualité et des compétences de la Commission communautaire française.
La prohibition de l'inceste existe dans toutes les sociétés humaines. Il s'agit d'une norme sociale à ce point majeure que l'anthropologue Claude Lévi-Strauss la considérait comme un fondement structurant de toutes les sociétés humaines.
Mais l'inceste est aussi un sujet tabou, ainsi que vous l'avez dit. À ce titre, il a partie liée avec le secret, la honte, et est donc source de grande difficulté pour les personnes qui en sont victimes. Le mouvement #MeTooInceste est donc salutaire, car il nous rappelle l'existence de ce fait de société et permet aux victimes de s'exprimer.
Outre les services de santé mentale qui aident les victimes de traumatismes, la Commission communautaire française soutient l'asbl SOS Inceste qui combat l'inceste et les abus sexuels perpétrés sur les enfants et les adolescents, et qui fournit de l'aide aux victimes. C'est dans ce cadre que nous soutenons ses équipes pluridisciplinaires et l'organisation de groupes de parole. Cette asbl organise également des campagnes de sensibilisation au respect de cet interdit fondamental.
Les animations EVRAS abordent régulièrement la question du consentement. Les derniers chiffres montrent que 44 % des animations réalisées l'année passée abordaient cette question et celle de la violence.
Les acteurs de l'EVRAS et de la Commission communautaire française se mobilisent toujours davantage autour de ce sujet. Je songe aux centres de planning familial et à des acteurs de terrain comme Bruxelles Prévention Sécurité (BPS). Les outils se multiplient, suscitant toujours plus d'intérêt et de mobilisation pour la réalisation d'animations spécifiques auprès des jeunes, organisées en parallèle avec des animations EVRAS toujours plus nombreuses également.
Réplique de Mme Agic
Si des mesures sont déjà mises en place, ces événements montrent toutefois que nous devons aller plus loin. Cette thématique n'est malheureusement pas revenue très souvent sur les bancs parlementaires. Nous ne manquerons donc pas d'en débattre à nouveau.
J'en profite pour remercier ces personnes pour leur courage, et pour leur dire que nous les croyons et que nous serons à leurs côtés.
Réplique de la Ministre-Présidente
Vous avez raison : les événements de ces dernières semaines montrent à quel point ce phénomène est un véritable problème de société. Il est en effet frustrant de traiter un tel sujet en quelques minutes, aussi bien pour la ministre que pour les parlementaires. Il mérite que nous nous y attardions.
Nous pourrions nous recontacter afin de déterminer une façon de procéder, Madame Agic et toute personne souhaitant creuser cette question. Nous devons reprendre rapidement ce débat, peut-être avec l'audition d'une structure telle que SOS Inceste. Nous avons tous été très troublés et très touchés par les déclarations de ces derniers jours.
Réplique de Mme Agic
Nous le ferons très rapidement, c'est effectivement une très bonne idée.