Le harcèlement que peuvent subir les sportifs et sportives de haut niveau sur les réseaux sociaux
De Madame Leila Agic, députée régionale ;
A Rudi Vervoort, Ministre-président de la RBC, chargé du développement territorial et de la rénovation urbaine, du tourisme, de la promotion de l'image de Bruxelles et du biculturel d'intérêt régional;
A Nawal Ben Hamou, secrétaire d'État à la Région de Bruxelles-Capitale en charge du logement et de l'égalité des Chances.
Question orale
Au début du mois d'août 2021, la RTBF a publié le témoignage d’une joueuse de tennis professionnelle. Cette femme a décidé de briser le silence et de raconter au grand jour le harcèlement dont elle fait l’objet sur les réseaux sociaux. En effet, ses détracteurs sont, le plus souvent, des personnes qui perdent de l'argent en pariant sur ses matchs de tennis. Ils l’insultent en ligne, par exemple, en disant espérer sa mort ou celle de sa famille ou qu’elle meurt d’un cancer. Ces personnes ont été jusqu’à créer un montage photo montrant sa mère dans un cercueil, accompagné d'un message disant que, si elle perdait encore une fois, elles passeraient à l'acte.
Il est essentiel de trouver un moyen de protéger les sportifs et les sportives de ces parieurs malintentionnés sur l'internet. Ces personnes ont recours à des moyens tels que l’intimidation ou le harcèlement pour faire "payer" aux sportifs et sportives leurs éventuelles pertes d’argent en raison de paris sportifs ratés. Cette pratique ne peut pas être tolérée.
Selon la joueuse de tennis, le problème serait lié à l’accès illimité et trop facile aux réseaux. En effet, tout un chacun y a accès. En outre, le fait de bloquer ses détracteurs ne la protège aucunement. Ces personnes créent de nouveaux comptes et continuent à la harceler avec acharnement. Cette sportive estime que la police devrait déployer plus de moyens et que de plus en plus de sportifs devraient en parler pour sensibiliser les gens et faire comprendre que ces paroles virtuelles peuvent blesser des personnes bien réelles.
Êtes-vous au courant de ce phénomène ? Avez-vous déjà développé des idées afin de lutter contre ce fléau ?
Une campagne de sensibilisation est-elle prévue afin de sensibiliser les gens sur les conséquences réelles des propos tenus sur l'internet, notamment vis-à-vis des personnalités publiques ?
Quelle stratégie comptez-vous déployer pour contrer ce phénomène particulier ?
Dans ce cadre, quels sont les éléments de la proposition de résolution du 11 juin 2021 tendant à lutter contre les cyberviolences qui pourraient être pris en considération ?
Réponse de la Secrétaire d'Etat
Comme vos questions relèvent principalement de la compétence de M. Vervoort, et dans une moindre mesure des miennes au sein de la Cocom, je vous fournirai d'abord la réponse du ministre-président.
Ainsi que précisé le 14 septembre 2021 en commission des affaires intérieures, en réponse à la question orale de Mme De Ré concernant la proposition de résolution visant à lutter contre les cyberviolences, l’augmentation significative de ce phénomène depuis dix ans a amené le ministre-président à le faire figurer une nouvelle fois parmi les priorités du plan global de sécurité et de prévention 2021-2024.
Plus précisément, ce phénomène est inscrit sous la thématique dédiée à l’intégrité physique et psychique des personnes. Les mesures spécifiquement dédiées sont les suivantes :
- mesure 1.2 : "organiser et favoriser la diffusion de campagnes et actions ciblées de communication, de sensibilisation et de prévention concernant la thématique et, avec une attention particulière, à destination des jeunes, sur les phénomènes de (cyber)haine, -harcèlement et -discriminations ; sur la législation et les possibilités existantes en matière de signalement, plainte et poursuite des faits de discrimination ; sur l’importance du dépôt de plainte et les droits de la victime" ;
- mesure 1.5 : "améliorer la détection et intensifier la politique de recherche et de poursuite des faits de harcèlement, discours de haine et de discriminations en ligne et hors ligne (notamment en matière d’embauche et de logement), et favoriser la prise en charge des victimes."
Dans le cadre de ces mesures, qui sont des objectifs opérationnels, rappelons le soutien de Bruxelles Prévention et sécurité à de nombreux projets tels que :
- la sensibilisation menée par le tissu associatif, comme le projet LuCy d'Habitat et Rénovation ;
- le développement d’outils destinés à soutenir les services de police dans leur accompagnement des victimes ;
- le suivi de ce phénomène, par exemple avec le projet Cyberaide, développé par la Regional Computer Crime Unit de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, en partenariat avec la zone de police Marlow.
Ces projets s’inscrivent pleinement dans les objectifs de la proposition de résolution visant à lutter contre les cyberviolences. Ils sont développés de sorte à atteindre un public large et touchent, dès lors, aux problèmes de harcèlement que rencontrent les sportifs et sportives de haut niveau sur les réseaux sociaux et qui sont liés aux paris en ligne.
Il me tient à cœur de répondre à toutes les questions posées, même si elles ne concernent pas toujours mes compétences régionales. Aussi ajouterai-je que nous travaillons à la promotion du sport féminin à la Cocof et que nous participons de la sorte, indirectement, à une meilleure acceptation et visibilisation de la pratique sportive féminine, notamment sur les réseaux sociaux.
Cette promotion prend deux formes : d'une part, le financement de projets sportifs féminins tels que la création d’équipes féminines de football, la réduction des cotisations pour des cours de boxe ou de jiujitsu brésilien et toute action facilitant l’accès des filles et des femmes au sport, et d'autre part, la réalisation d’une campagne de promotion du sport féminin.
En effet, avec un réalisateur, nous avons suivi six sportives dans leur quotidien. Nous les avons interrogées sur leur pratique sportive et ce qu’elles en retirent. L’objectif est de montrer les bienfaits qu’une pratique sportive régulière peut apporter à tout un chacun, et surtout de banaliser la pratique sportive féminine.
Cette action permettra non seulement à plus de femmes de franchir le pas et de pratiquer un sport, mais aussi de prouver aux hommes qui en douteraient encore, que les femmes ont toute leur place sur une piste d’athlétisme, un terrain de football, dans une piscine ou une salle de boxe.
L’action du gouvernement bruxellois et du gouvernement francophone bruxellois à cet égard est double. Elle vise la protection des sportives et des sportifs par la prévention et une répression adaptée, ainsi que la promotion du sport féminin pour mettre fin à ces comportements machistes et violents.
Réplique de Mme Agic
Lorsque nous parlons de paris en ligne ou de paris classiques, nous avons l'habitude d'aborder la problématique de l'addiction au jeu. En l'occurrence, il me semblerait important d'outiller les sportifs pour les aider à faire face à cet important phénomène. Nous avons pu constater à quel point cette problématique est vaste, notamment grâce aux témoignages qui ont été diffusés sur les ondes de la RTBF cet été.
Le cyberharcèlement touche une nouvelle sphère et fait ainsi de nouvelles victimes. Cette évolution ne fait que renforcer la nécessité d'avancer sur les questions de lutte contre les cyberviolences. Nous comptons bien entendu sur vous et sur l'ensemble de vos collègues pour mettre en œuvre les recommandations que nous avons votées dans ce parlement en juin dernier. Nous reviendrons sur ce dossier dans les prochains mois.