Le féminicide

de Mme Leila Agic
à Mme Barbara Trachte, ministre-présidente en charge de la Coordination de la politique du Collège et de la Famille.

Question d'actualité

Le week-end dernier, nous avons appris avec effroi les vingtième et vingt-et-unième féminicides dans notre pays cette année.

Malheureusement, si nous continuons à ce rythme-là, nous devrons parler de féminicides à chaque séance de la Commission communautaire française.


Nous avons également appris qu'un projet de texte sera déposé par le groupe PS au Parlement fédéral, demandant la reconnaissance du féminicide. Pour lutter contre les violences faites aux femmes, il faut en effet un arsenal juridique beaucoup plus avancé en Belgique.


Bien évidemment, nous devons avancer sur la Convention d'Istanbul à chaque niveau de pouvoir. Pour ce faire, il faut une concertation à tous les niveaux. La violence faite aux femmes doit être une priorité, au-delà des paroles, des questions d'actualité et des interpellations. Il faut passer aux actes dans nos différents Parlements.


- Quelles démarches avez-vous entreprises pour créer cette concertation avec les différents niveaux de pouvoir ?

- Que peut faire la Commission communautaire française pour que ce sujet devienne une priorité partagée ?

Réponse de la Ministre

Je vous remercie toutes d'avoir inscrit une fois encore ce sujet à l'ordre du jour de la séance. Comme vous, je suis navrée de constater que l'actualité nous pousse à l'aborder très régulièrement. Je voudrais que ce ne soit plus le cas, car il nous préoccupe particulièrement.


Le 16 novembre prochain, je vais d'ailleurs participer ici-même à un colloque, évoqué par M. Maron tout à l'heure, portant sur le féminicide. Le Parlement sera partie prenante à cette manifestation et je m'en réjouis. Je n'ai pas d'informations précises concernant ce que comptent faire les services de la Commission communautaire française, mais je ne doute pas qu'ils se joignent au mouvement.


Comme vous le savez, les attitudes et comportements sexistes se répètent encore trop et sont à l'origine de ce continuum de violences qui, dans sa forme la plus extrême, provoque ces féminicides. Conformément à la Convention d'Istanbul, les institutions bruxelloises - Région de Bruxelles-Capitale, Commission communautaire française, Commission communautaire commune - ont décidé de travailler ensemble pour lutter, de manière transversale et articulée, contre les violences faites aux femmes.


Parmi les institutions concernées, je souhaite pointer la participation de Bruxelles Prévention et sécurité (BPS). Comme vous, je suis particulièrement préoccupée par la question de l'accueil des plaintes, tant par les statistiques que par la manière dont les femmes sont accueillies par les agents lors du dépôt de leur plainte. Il est donc question ici de la formation des agents, qui sera au cœur de la réflexion dans le cadre du plan transversal.


Ce plan sera également concerté avec les autres entités. Nous interpellerons donc le niveau fédéral. Si vous avez envie de faire de même par le biais de résolutions, c'est votre responsabilité. Sachez cependant que je suis tout à fait favorable à ce que vous alliez dans ce sens.


Nous souhaitons également travailler sur la question des mesures et des données. Il s'agit de mieux connaître et quantifier le phénomène par le biais des données recueillies auprès des services de police, de justice et psychomédicaux. Nous souhaitons publier des statistiques afin de mieux mesurer la problématique.


Concernant la mise en œuvre de ce travail, une première réunion a été programmée le 1er octobre. Elle réunissait des acteurs de terrain. L'étape suivante consiste en une réunion ministérielle, plus politique, dont la date n'a pas encore été fixée.


Par ailleurs, il convient encore d'améliorer la sensibilisation via les campagnes de prévention menées à l'attention du grand public. Cela peut se faire via les médias, notamment la radio et la télévision. Nous avons donné cette semaine notre accord pour renouveler la campagne médiatique « Arrête, c'est de la violence ».


Nous veillons à décliner à la Commission communautaire française le plan d'action national, coordonné par l'Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH), notamment à travers les actions que je viens de citer.


Je voulais encore rappeler l'importance de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS). L'accent y sera mis, à destination des jeunes publics, sur la question des violences faites aux femmes.


Il y a quelques semaines, j'avais répondu de manière beaucoup plus exhaustive aux questions relatives à ce thème. J'espère devoir ne pas trop souvent revenir devant vous à la suite d'événements d'actualité. Par contre, je serai ravie de vous informer de l'avancée des travaux interministériels en la matière, dès que vous le souhaiterez.

Réplique de Mme Agic

Je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ce sujet. L'accueil par la police est évidemment de première importance. On sait qu'il faut beaucoup de courage à une femme pour se rendre au commissariat. C'est parce que ces femmes sont souvent mal accueillies et que leurs plaintes ne sont pas enregistrées comme il se doit que l'on se retrouve avec ce chiffre terrible de 70 % de plaintes classées sans suite. Cela donne un mauvais signal, tant aux victimes qu'à leur bourreau.


Nous comptons sur vous pour adopter une position ferme face aux autres niveaux de pouvoir, notamment l'État fédéral, afin que l'on avance concrètement dans ce dossier.