Le développement des îlots de fraîcheur

De Mme Leila Agic
À M. Alain Maron, Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de la transition climatique, de l'environnement, de l'énergie et la démocratie participative.

Question orale

Ma question n’est pas vraiment d’actualité, étant donné que de la fraîcheur, pour l’instant, nous n'en manquons pas. Cependant, il est clair que cette question ne doit pas être posée uniquement au moment fatidique où la canicule se fera ressentir.


En effet, l’été 2019, comme l’été 2018, nous avons connu une vague de chaleur extrême. Or, les lieux de fraîcheur n’étaient pas très nombreux en Région de Bruxelles-Capitale. Dans les zones densément peuplées, la température était encore plus élevée qu’ailleurs, en raison, notamment, de la concentration de bâtiments et de la circulation intense.


Dans la déclaration de politique générale (DPG), il est mentionné que la politique de développement territorial visera à améliorer les qualités d’habitabilité et d’attractivité des quartiers centraux les plus denses, entre autres en créant des espaces et des îlots de fraîcheur. Afin de mettre cela en œuvre, il est dit que le gouvernement développera un programme de verdurisation.

En 2018, Bruxelles Environnement a commandé une carte répertoriant les îlots de fraîcheur dans la Région. On y constate que ce sont les communes du centre et du nord qui sont les plus touchées par les vagues de chaleur. Cette carte a également mis en exergue le fait que les espaces verts permettaient de faire baisser la température grâce aux arbres et à la verdure. Nous pouvons, par exemple, y constater que le parc de Bruxelles ou le parc du Cinquantenaire sont des îlots de fraîcheur importants.


Notons toutefois qu'il ne suffit pas de planter un ou même plusieurs arbres sur une place pour la transformer en îlot de fraîcheur. Il en faut un certain nombre avant que cela ait un réel effet sur la température.

Ce sont notamment les ombrages procurés par des arbres densément feuillus et, dans les cas idéaux, les espaces bleus, c’est-à-dire les étangs, fontaines, cours d’eau, etc. qui créent les conditions les plus efficaces pour réduire le stress causé par la chaleur dans les espaces extérieurs, selon Bruxelles Environnement.

D’ailleurs, en juillet 2019, nos voisins parisiens ont lancé une expérimentation sur cinq ans portant sur la pose d’enrobés phoniques rafraîchissants qui exercent diverses fonctions, dont celles d’atténuer le bruit de la circulation automobile et de rafraîchir l’air en piégeant l’eau avant son évaporation.


- La création d’îlots de fraîcheur est-elle prévue dans des zones densément peuplées du centre et/ou du nord de la Région et dans quel délai ?


- Bruxelles Environnement donne-t-elle aux communes des recommandations pour la mise en place d’îlots de fraîcheur (lieux, essences à privilégier, etc.) ?


- Envisagez-vous la pose d’enrobés phoniques rafraîchissants ou un procédé similaire, comme l'a fait la ville de Paris ?

Réponse du Ministre


J’aborderai d’abord la problématique plus générale des arbres et de la végétalisation de la ville, pour ensuite aborder la question plus spécifique des îlots de chaleur.


Comme vous le soulignez, plusieurs villes ont travaillé à des plans et stratégies visant à développer leur canopée, c'est-à-dire la masse constituée par les couronnes d'arbres. Bruxelles Environnement entretient divers contacts avec certaines de ces villes que sont Paris, Lyon ou Genève. À ce jour, aucune visite officielle portant spécifiquement sur cette thématique n'a toutefois encore été réalisée.


La Ville de Bruxelles s’est également engagée dans une telle stratégie. C’est une initiative intéressante que le gouvernement bruxellois continuera de suivre de près.


Le ministre-président et moi-même avons demandé à Bruxelles Environnement et à perspective.brussels de travailler à la stratégie d’adaptation au changement climatique et de résilience urbaine prévue dans la déclaration de politique régionale (DPR). Les premières réunions de travail ont eu lieu, mais il est trop tôt pour annoncer l’aboutissement de ce travail.


Des mesures pour augmenter la masse végétale, en particulier dans les zones centrales qui souffrent de la chaleur lors des canicules, feront évidemment partie de cette stratégie. Elles devront également s’articuler avec le plan nature, qui fait actuellementl’objet d’une évaluation.


Avant de voir l’aboutissement de cette stratégie, une série de mesures en cours sont destinées à mieux connaître et protéger le patrimoine arboré existant.

Premièrement, Bruxelles Environnement prévoit de se doter d’un outil informatique et cartographique pour la gestion de son patrimoine arboré. Un budget prévisionnel de 285.000 euros a été attribué à cette fin. Une fois testé et validé, cet outil pourra être mis à la disposition des autres pouvoirs publics qui le souhaitent.

Une partie des subventions allouées chaque année aux communes par Bruxelles Environnement pourra contribuer à la mise en œuvre de ce type d’inventaire par les communes qui n’en ont pas encore.


Deuxièmement, des formations en matière de soins aux arbres sont organisées à l’attention des professionnels des communes et des entreprises privées.


Troisièmement, Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité collaborent actuellement pour réviser les clauses techniques des cahiers des charges des marchés de gestion des arbres en voirie, notamment pour mieux intégrer des mesures phytosanitaires comme le sort réservé aux feuilles d’arbres malades.


Quatrièmement, la révision du règlement régional d’urbanisme (RRU) et de l’arrêté définissant les actes et travaux de minime importance sera l’occasion d’accorder une attention particulière aux arbres, par exemple en ce qui concerne la taille des fosses de plantation ou le type d’élagage dispensé de permis, le but étant de faciliter les plantations.
Cinquièmement, Bruxelles Environnement participe au projet européen Clearing House (Collaborative Learning in Research, Information- sharing and Governance on How Urban forest- based solutions support Sino-European urban futures) dans le cadre du programme-cadre H2020 de l'Union européenne pour la recherche et l'innovation. Ce projet analyse les solutions qui exploitent les services écosystémiques naturels.


Enfin, la carte d’évaluation biologique est en cours de mise à jour. Elle fournira une meilleure compréhension du réseau écologique bruxellois et permettra de mieux le renforcer. La biodiversité et le climat sont en effet deux problématiques étroitement liées.
La stratégie de végétalisation de la Ville de Bruxelles ne doit donc pas se limiter à la canopée et à la plantation d’arbres à haute tige. Il ne faut pas être obsédé par le nombre d’arbres, mais plutôt par leur qualité, leur vigueur et leur contribution à la qualité de l’environnement et à la biodiversité.

D’ailleurs, le nombre d’arbres, en particulier au centre-ville, est fortement limité par les contraintes liées au bâti, à l’occupation du sous-sol et aux autres fonctions de l’espace public. Il faut donc envisager tous les types de plantations, y compris des strates arbustives et herbacées, des potagers, des prairies et des zones humides, nécessaires au maintien de la diversité de la faune, de la flore et des paysages de notre Région.

Comme le prévoit la déclaration de politique régionale (DPR), l’outil que constitue le coefficient de potentiel de biodiversité par surface (CBS+), récemment mis à jour, permettra d’orienter les nouveaux projets vers une plus grande proportion d’espaces végétalisés de tous types. Il s'agira d'augmenter la végétalisation et la biodiversité sur tous les sites, y compris en cas de nouveaux projets.


Le surcroît de travail lié à la gestion des nouvelles plantations est difficile à estimer. Dans toutes les zones minéralisées, le ramassage systématique des feuilles est déjà réalisé par les agents communaux et de Bruxelles Mobilité. Ces interventions sont menées pour des raisons de sécurité, dans le but de prévenir le bouchage des avaloirs et de réduire les risques de glissade sur les trottoirs. La charge de travail ne devrait toutefois pas augmenter significativement et, si le nombre d'arbres devait néanmoins croître sensiblement dans un lieu, les cahiers des charges pourront être adaptés progressivement.


Concernant plus spécifiquement les îlots de chaleur, la lutte contre la surchauffe des quartiers fortement urbanisés passe essentiellement par le développement du maillage vert et du maillage bleu. Divers projets importants y contribueront : le projet Max sur Senne, le parc des Colombophiles, le parc qui est prévu dans le cadre du contrat de rénovation urbaine 5 (CRU 5), peut-être conjointement à l’aménagement du marais Wiels, etc. Le plan opérationnel de Neerpede (PON) qui se clôturera au printemps confirmera le rôle de "climatiseur" que joue cette zone pour la ville grâce aux vents dominants qui passent sur ce vaste maillage d’espaces verts et bleus.

L’espace public est en effet aujourd’hui trop minéralisé et générateur de chaleur en été. Ma collègue Elke Van den Brandt travaille aux mesures nécessaires au niveau de l’aménagement de l’espace public, en termes de plantations et de gestion des eaux pluviales. Comme mentionné précédemment, le futur règlement régional d'urbanisme (RRU) devra favoriser les aménagements apportant de la fraîcheur.


Vous avez raison, Mme Agic, de mentionner les communes comme acteurs importants de la lutte contre les effets du changement climatique.


Avec Bruxelles Environnement et à la suite de l’évaluation des agendas 21 locaux qui a été menée en 2019 en collaboration avec les communes sous l’égide de Brulocalis, nous sommes occupés à réorganiser l’octroi des subsides de Bruxelles Environnement aux communes et CPAS pour les inscrire plus clairement dans des plans d’action locaux en faveur du climat, et donc notamment pour lutter contre les îlots de chaleur. Les communes pourront continuer à bénéficier des conseils et des recommandations des facilitateurs eau et nature que Bruxelles Environnement met à leur disposition.


La Ville de Paris a effectivement testé le recours à des enrobés phoniques rafraîchissants comme revêtement de voirie. Cette expérience a été menée dans le cadre du projet européen Cool & Low Noise Asphalt. Ce type de revêtement pourrait, en théorie, offrir jusqu'à deux degrés de réduction de la température urbaine, un chiffre significatif.
Une des conditions nécessaires pour atteindre une réduction conséquente de la température de la rue est cependant l’arrosage de la voirie en période de grandes chaleurs. Cela est possible dans une ville comme Paris qui dispose de deux réseaux d’alimentation d’eau séparés, le premier destiné à l’eau potable et le second, directement alimenté par la Seine, à l’arrosage des parcs et au nettoyage des rues. À Paris, il n'y a donc pas de gaspillage d'eau traitée qui serait utilisée à des fins de nettoiement des rues et de rafraîchissement des trottoirs. Ce double réseau n'existe pas à Bruxelles.


Notre meilleur moyen d'action contre l'absorption de la chaleur par les revêtements de voirie est donc la plantation d’arbres qui empêche le rayonnement solaire de s’accumuler dans le sol.

Réplique de Mme Agic

L'un des enjeux de cette législature sera en effet d'avancer rapidement sur la question. La plantation d'arbres prend des années avant d'avoir un réel effet. Il y a donc urgence. Mon groupe suivra cette question de près.