La tentative de féminicide dans le métro de la Gare de l’Ouest
de la députée Leila Agic
à Madame Elke Van den Brandt, Ministre chargée de la mobilité
Question orale
Ce lundi premier février 2021, un homme a s’en est pris à une femme dans le métro bruxellois. Plus précisément, le drame s’est produit à la Gare de l’Ouest où l’homme a été appréhendé par les forces de police.
Il a tenté de commettre un féminicide à l’égard de son ex-conjointe. Selon la presse, il aurait également blessé d’autres personnes se trouvant dans le wagon.
Cela me glace le sang de remarquer à quel point cet homme avait un sentiment de légitimité pour commettre un tel acte, en plein jour, en heure de pointe et dans un espace public aussi public qu’est le métro.
Je tiens également à insister sur le fait qu’il ne s’agit pas simplement d’une dispute de couple ayant mal tourné comme cela a été rapporté par la presse, il s’agit d’une tentative de féminicide et les termes utilisés sont importants.
Si le fait que cet incident ait eu lieu dans une station de métro relève probablement du hasard, la sécurisation de ces infrastructures n’en demeure pas moins une question cruciale.
Étant dans une optique de promotion de la mobilité douce et de l’usage des transports en commun, il est primordial d’y garantir la plus grande sécurité possible aux usagers.
Madame la Ministre, mes questions sont les suivantes :
- Alors que la sécurisation des stations de métro-pré métro et gares relèvent notamment en région bruxelloise de la Police fédérale, il est pourtant très rare d’y croiser des forces de l’ordre. Lors de la législature précédente, quelques 3 millions d’euros avaient été dégagés pour l’engagement de plus de 100 agents de sécurité et leur collaboration avec la police fédérale avait fait l’objet d’une convention.
- Pouvez-vous nous faire état des rapports entre la Stib et la police fédérale ? Cette collaboration a-t-elle fait l’objet d’évaluation récente ?
- Si les stations de métro disposent d’un interphone pour le personnel, il n’existe pas de borne d’appel d’urgence visible et facilement accessible pour les usagers. Est-ce que ce genre de dispositif a déjà été envisagé ?
- Pour quelle raison n’est-il pas déployé ?
- Enfin, l’on sait que le contrôle social et la bienveillance mutuelle peut et doit également jouer un rôle important dans la sécurisation des espaces publics et le sentiment de sécurité de toutes et tous les usagers. Bien que la stib dispose d’espaces d’affichages quasi illimités, les campagnes de sensibilisation sont rares. Pouvez-vous nous dire si des campagnes de sensibilisation sont prévues par la Stib ?
- Est-ce que de nouvelles initiatives sont prévues en ce sens ?
Réponse de la Ministre
Ce type de violence dépasse le simple cadre des transports en commun. La STIB est particulièrement sensible à la protection de l’ensemble de ses usagers, et accorde une attention particulière aux femmes et aux personnes les plus vulnérables. Ce qui s'est passé nous touche tous très fort.
Je voudrais préciser que des agents de sécurité étaient bien présents dans la rame de métro lors de l’incident. Leur présence et leur réactivité ont permis d’interpeller le tiers et de prévenir immédiatement les services de police via le dispatching de la STIB. Ce qui s'est passé reste toutefois une catastrophe et je ne tiens aucunement à minimiser les faits. Cependant, hormis la victime de cette terrible tentative de féminicide, personne n’a, heureusement, été blessé physiquement.
Lors de ses réunions mensuelles avec le directeur-coordinateur administratif (dirco) de la police fédérale, la STIB fait part des problèmes sécuritaires auxquels elle est confrontée. Ces réunions débouchent sur des mesures qui peuvent être fortes, comme l’action menée le jeudi 18 mars 2021 sur le territoire de la zone de police Midi et de la police des chemins de fer (SPC). Cette action a notamment porté sur la sécurisation massive des stations Lemonnier, Clemenceau, Porte de Hal et Gare du Midi.
Des réunions mensuelles étant prévues, la collaboration entre la STIB et la police fait l’objet d’une évaluation permanente et peut être adaptée en cas de besoin, par exemple en décidant de mener des actions dites "d’urgence".
Vos informations sur les bornes d’appel semblent légèrement erronées, car elles sont bel et bien accessibles aux voyageurs dans toutes les stations. Ces bornes de secours sont installées sur le quai, ainsi qu’ailleurs dans les stations. En les actionnant, les voyageurs entrent directement en contact avec un membre du dispatching de la STIB.
La STIB a lancé une campagne sur le harcèlement, en collaboration avec Plan International, dans laquelle elle invitait les voyageurs à intervenir et à lancer une alerte s’ils constataient ce type de comportement. À ce jour, il n’y a pas de campagne spécifique prévue sur cette thématique en particulier.
Le 8 mars, la STIB a lancé une campagne interne de sensibilisation de son personnel au sexisme, accompagnée d’une formation en ligne. Elle est également en train de développer une formation à l’intention du personnel en contact avec les voyageurs, consacrée à l’accueil des victimes d’agression à caractère sexiste.
Pour conclure, je suis totalement d’accord avec Mme Agic sur le fait que cette tentative de féminicide glace le sang. La STIB est particulièrement sensible à la protection de l’ensemble de ses usagers et elle porte une attention particulière aux femmes.
Réplique de Mme Agic
Des agents de sécurité étaient, certes, présents après l'incident, mais ma question portait plutôt sur leur collaboration avec la police. La zone de police Bruxelles-Capitale / Ixelles a lancé une campagne dans le cadre de laquelle une agente parcourait les rues en civil afin de constater des faits de harcèlement. La même initiative pourrait être envisagée dans les stations de métro et dans les transports publics en général, car de nombreux faits de harcèlement s'y produisent. De nombreuses femmes optent d'ailleurs pour d'autres moyens de transport par sentiment d'insécurité.
Je vous encourage à réfléchir à des actions de ce type en collaboration avec la police. Il est essentiel d'organiser des campagnes constantes de prévention dans les transports en commun. Il en existe déjà, mais, les faits n'étant pas en diminution, nous devons en augmenter la fréquence.