La santé sexuelle des femmes afrodescendantes
De Leila Agic,
à Barbara Trachte, ministre-présidente en charge de la Promotion de la santé et Alain Maron, ministre en charge de la Santé
Les droits sexuels et reproductifs sont la condition indispensable à l'autonomie des femmes et à leur émancipation, ainsi qu'à la réalisation de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il s'agit de droits humains fondamentaux. Toutefois, les femmes en Europe continuent de voir ces droits bafoués ou restreints en raison de lois, politiques et pratiques qui reflètent la persistance de stéréotypes et d'inégalités de genre. Cela est encore plus vrai en ce qui concerne les femmes issues de l'immigration et, dans ce cas, les femmes issues de l'Afrique subsaharienne, comme l'indiquait Mme Fabienne Richard lors de la commission plénière du 1er juin 2021.
Les autorités doivent s'engager résolument à faire progresser l'égalité de genre dans ce domaine crucial de la vie. Elles sont tenues d'assurer à toutes les femmes des soins et des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, abordables et de bonne qualité. Les obstacles rencontrés par les femmes en matière de santé sexuelle sont essentiellement financiers, sociaux et pratiques.
En ce qui concerne les obstacles sociaux, il s'agit de stéréotypes, préjugés et pratiques culturelles préjudiciables. Les problèmes et lacunes mentionnés sont particulièrement préoccupants pour les groupes de femmes marginalisées, notamment pour les femmes dans la précarité ou les migrantes en situation irrégulière. À cet effet, on peut citer un manque d'accès des femmes à des moyens de contraception efficaces et modernes, une transmission de génération à génération de pratiques peu conseillées par les médecins spécialisés, telles que les pratiques destinées à la toilette intime, à rétrécir le vagin ou autres.
Ces pratiques sont dangereuses car elles peuvent mettre à mal la santé sexuelle de ces femmes, à cause d'un manque d'informations et de professionnalisme dans le secteur.
Ensuite, je tiens à aborder la question du vaginisme. Certaines femmes souffrent de vaginisme, un trouble qui cause une peur panique de la pénétration.
Enfin, j'ajouterai que l'accès aux soins pour de nombreuses femmes racisées peut être une source de danger. Leurs symptômes sont parfois négligés, les soins bâclés et certaines douleurs ignorées en raison de stéréotypes qui perdurent. Cela peut particulièrement être le cas lors d'un accouchement qui s'accompagne de douleurs obstétricales. Cette pratique inacceptable a un nom : le syndrome méditerranéen. Cette fausse appellation médicale stéréotypée et raciste s'applique aux personnes venant du sud de la Méditerranée, maghrébines ou noires, qui exagéreraient leurs symptômes et leurs douleurs. Cette vision est inacceptable. Nous devons de lutter contre ces phénomènes.
Des actions ont-elles été mises en œuvre pour sensibiliser les médecins compétents en matière de santé sexuelle des femmes issues de l'Afrique subsaharienne, et lutter contre le concept du syndrome méditerranéen et contre les violences qui en découlent ? Dans l'affirmative, quelles sont-elles ?
Des actions ont-elles été mises en place afin de lutter contre le manque d'accès aux soins de santé sexuelle des femmes issues de l'Afrique subsaharienne ? Dans l'affirmative, quelles sont-elles ?
Des actions ont-elles été développées afin de lutter contre certaines pratiques dangereuses, transmises de génération en génération dans certaines cultures, en matière de santé sexuelle ?
Avez-vous des contacts avec des associations qui travaillent sur la thématique du vaginisme ? Que vous recommandent les acteurs de terrain ? Où en est la coopération avec d'autres niveaux de pouvoir et d'autres acteurs publics et associatifs sur ces questions ?
Réponse de la ministre
J'ai déjà donné certains éléments de réponse dans ma longue réponse à la question de Mme Barzin.
Pour le reste, concernant les actions de sensibilisation des médecins en matière de santé sexuelle des femmes issues de l'Afrique subsaharienne, la FLCPF propose une formation intitulée « Approche interculturelle dans l'accueil et l'accompagnement en santé sexuelle et reproductive ». Celle-ci est destinée aux médecins, mais aussi plus largement à tout le personnel des CPF ainsi qu'aux professionnels du secteur psycho-médico-social. À titre d'exemple, l'un des modules a pour titre « Race, racisme, blanchité – Interculturalité à l'épreuve des rapports de pouvoir » et interroge sur la notion de « neutralité » et les rapports de domination dans notre société ou les oppressions systémiques.
Un autre module s'intitule « Vers des compétences interculturelles dans le milieu des soins » et aborde la médiation interculturelle dans les relations entre soignants et soignés. Les autres sujets traités sont les mutilations génitales féminines et les mariages en contexte migratoire, la pratique de la réfection d'hymen et de la délivrance de certificat de virginité, la manière d'aborder la sexualité avec des femmes issues du monde arabe ou encore l'EVRAS en contexte de multiculturalité. Ces formations sont notamment financées par la Commission communautaire française et par le Fonds d'impulsion à la politique des immigrés.
Quant au manque d'accès aux soins de santé sexuelle des femmes issues de l'Afrique subsaharienne, plusieurs actions sont mises en place. Le projet « BE.Tested », par exemple, est organisé depuis quelques années par la FLCPF et propose des dépistages gratuits et démédicalisés du VIH en CPF.
Les personnes afrodescendantes, en particulier les femmes, font partie des deux populations les plus touchées par le VIH en Belgique. Une attention particulière est donc portée à ce public dans le cadre des formations relatives au VIH et aux infections sexuellement transmissibles (IST), ainsi que des projets de prévention ou de dépistage du VIH. À Bruxelles, les formations VIH/IST et les activités du projet « BE.Tested » sont financées par la Commission communautaire française dans le cadre de la prévention de la santé.
Je peux également citer la formation « Public LGBTQIA+ : accueil, besoins et prise en charge ». Elle s'adresse aux travailleurs des CPF et du secteur psycho-médico-social. Cette formation comprend un module consacré à l'intersectionnalité et aux facteurs socioculturels dans une optique de lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre auprès des personnes issues de la migration. Les spécificités des personnes LGBTQIA+ afrodescendantes sont abordées dans ce cadre.
En plus des éléments repris dans ma réponse précédente concernant les MGF, il est à noter que l'EVRAS réalisée en milieu scolaire – ou non – constitue un levier pour informer et sensibiliser les publics vis-à-vis des pratiques dangereuses en matière de santé sexuelle dans certaines cultures. Elle permet également de diriger les personnes concernées vers les services ressources compétents et de participer ainsi à la réduction des inégalités sociales liées à la santé et qui touchent notamment les femmes et les filles afrodescendantes.
À titre d'exemple, en dehors du schéma classique de l'animation EVRAS, le centre de planning familial Marolles a développé une expertise très forte en matière d'accueil et d'accompagnement pour les demandes de certificats de virginité ou en cas d'hyménoplastie. Le Groupe santé Josaphat a, quant à lui, développé une expertise dans l'accueil et l'accompagnement de publics multiculturels, dont font partie les femmes afrodescendantes. Il anime, par exemple, des groupes de parole de femmes issues de la migration.
Voilà ce que je pouvais vous dire, en réponse aux situations particulières que vous avez évoquées, notamment par rapport aux modules de formation destinés aux CPF.
Guidés par le principe d’universalisme proportionné, les services de première ligne de la Commission communautaire française sont très attentifs aux difficultés rencontrées par des groupes particuliers. Nous en avons d'ailleurs parlé vendredi dernier en séance plénière lors des questions de santé communautaire. Cependant, pour ce qui est des situations que vous citiez, nous n’avons pas trouvé d'éléments corroborant la problématique du vaginisme de ce public.
Il est important de nous rapporter plus précisément de telles situations, de manière à ce que nous puissions, le cas échéant, agir globalement. Pour le reste, chaque personne qui rencontre ces difficultés, quelles que soient ses origines, trouvera une écoute attentive auprès des CPF.
Réplique de Mme Agic
Je tiens à remercier la FLCPF pour toutes les formations très intéressantes qu’elle mène. Je vous encourage à continuer à les soutenir afin que ces formations puissent être suivies par le plus grand nombre de professionnels possible, car elles répondent malheureusement à une problématique encore très présente.
Alors oui, l'EVRAS est un outil important, mais je pense qu’il faut veiller à ce qu’il soit bien au fait de l’actualité. Je citais l’une des problématiques qu'est la toilette intime. On a pu voir de très nombreuses vidéos circuler, entre autres sur le réseau social TikTok. C’est un phénomène vraiment dangereux pour la santé sexuelle des femmes et qui est fortement lié à la culture.
Concernant le vaginisme, il va sans dire qu’il peut toucher n’importe quelle femme. Cependant, il ressort d'études que certaines femmes, par leur histoire, par ce qu’on leur a dit au sujet des relations sexuelles, sans oublier le tabou qui peut peser sur la sexualité dans certaines familles, se retrouvent confrontées au vaginisme. Lors de ces auditions, l’une des intervenantes me confiait qu’ils étaient souvent confrontés à ce genre de problème.
Au-delà de la question qui nous intéresse aujourd’hui, il s’agit d’une question qui n’est pas encore suffisamment traitée et qui devrait l’être davantage par les CPF. Elle devrait aussi être davantage prise au sérieux, car il est important que chaque femme puisse s’épanouir dans sa vie personnelle.