La résolution tendant à lutter contre les cyberviolences adoptée par le parlement bruxellois !

2 ans jour pour jour après ma prestation de serment, le parlement a adopté ma première proposition de résolution comme autrice, qui porte sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur : la lutte contre le cyberharcèlement.

Pour celles et ceux qui sont intéressé.e.s par le texte complet déposée par le PS, ECOLO, DEFI, GROEN, SPA, VLD, et rejoint par CDH, CDV, AGORA, c'est par ici :

Voici l'intervention que j'ai pu faire avant le vote du parlement bruxellois :

Au lendemain de la présentation de cette proposition de résolution en commission et de son vote, nous apprenions avec énormément de tristesse qu’une jeune adolescente de Gand, s’était suicidée à la suite d’un viol dont les images avaient ensuite été diffusé sur les réseaux sociaux et nous avons évidemment une pensée pour ses parents, sa famille.

A Charleroi, Manon, que certain.e.ss suivent sur twitch ou dans des vidéos de la rtbf, a déjà accumulé 1800 preuves de son harcèlement, parce qu’elle refuse de faire une dédicace à des hommes qui l’insultent, disent qu’ils vont la violer, l’égorger, qu’ils savent où elle habite et qu’ils savent qu’ils ne laissent pas de trace et que donc, ils peuvent continuer.

Ces derniers mois, des voix s’élèvent, des études se mettent en place et des reportages mettent en lumière ce phénomène planétaire qui cause de plus en plus de victimes et dont les conséquences peuvent être fatales.

Le récent documentaire #SalePute de Myriam Leroy et Florence Hainaut a pu montrer à toutes et tous que ces violences sont tout sauf virtuelles et que leurs conséquences sociales et physiques et bien réelles.


Les récits des personnes cibles de cyberviolences, ont quasi toujours ce point commun : le sentiment de solitude. Parce qu’elles ne savaient pas quoi faire, comment réagir, où trouver de l’aide pour porter plainte ou faire agir les plateformes. C’est pour répondre à cet appel que j’ai souhaité déposer cette résolution avec mon groupe.

Et que nous avons été rejoint unanimement par l’ensemble de la majorité et par le cdh et Agora.

Je voudrais d’ailleurs remercier l’ensemble des collègues qui ont participé à ce travail, mais également l’ensemble de nos collaborateurs et collaboratrices.

Dans cette proposition de résolution, sous la terminologie « cyberviolences », nous pouvons entendre toutes les formes de violences existantes sur Internet et malheureusement, elles sont très nombreuses : Le sexisme en ligne, Le cyberharcèlement, le cybercontrôle au sein du couple, le revenge porn, le doxxing, l’outing, les comptes fisha, l’usurpation d’identitée, La technique du « lance-flammes », La technique du « dénigrement », L’envoi de « dick pics », le « stalking »

Nous sommes parti de plusieurs constats :

- La fragilités des jeunes, hyperconnectés et l’émergence de nouveaux réseaux sociaux mettant toujours plus en avant l’image et la mise en scène

- Les chiffres montrant le caractère genré des cyberviolences : selon un rapport de l’ONU les femmes sont les premières victimes de cyberviolences et 73 % des femmes ont déclaré avoir été victimes de violences en ligne.

- Et enfin, L’intersectionnalité des discriminations : à savoir que a prévalence est d’autant plus grande envers les personnes déjà marginalisées comme notamment les travailleuses précaires, les personnes racisées, les personnes issues de la communauté LGBTQIA+ et les personnes en situation de handicap.

Les cyberviolences, nous y avons toutes et tous été confrontés . En en étant la cible et j’ai pu vivre cette expérience et aujourd’hui, porter cette résolution est l’aboutissement d’un combat personnel mais un combat partagé par de plus en plus de personnes : en assistant en direct à un raid sur twitter, en découvrant d’horribles commentaires sexistes, racistes, islamophobes, antisémites ou homophobes sous un article Facebook ou en ayant un enfant dans notre entourage qui est victime de harcèlement à l’école et aujourd’hui, cet harcèlement continue à la maison car les réseaux sociaux ont aboli toutes les frontières, mêmes celles entre l’école et la maison.

Trop longtemps, lorsqu’il était question de violences dans l’univers numérique, ces violences étaient sous-estimés, n’étaient pas prises en compte. Trop longtemps, ce qui se passait sur des plateformes virtuelles était vu comme des évènements virtuelles et les victimes étaient considérés comme les coupables

Plusieurs points étaient primordiaux pour mon groupe politique dont celui, essentiel, de soutenir et accompagner les victimes de cyberviolences en leur fournissant une information de qualité.

D’abord, en soutenant la mise en place de guichets physiques pluridisciplinaires permettant aux victimes de cyberviolences d’avoir un accès aux informations et au soutien nécessaire afin de permettre le dépôt de plainte. Il nous semblait essentiel, lorsque l’on subis ces attaques face à des écrans, de pouvoir aussi se tourner vers des personnes physiques.

Mais aussi, évidemment, de mettre en place un guichet virtuel et d’une application permettant aux victimes de cyberviolences d’avoir également accès aux informations si elles souhaitent poursuivre leurs démarches en ligne.

L’autre point important, lorsqu’il est question de plainte c’est évidemment la formation des agent.e.s de contact.

La police a un rôle important à jouer lorsque les victimes cibles de cyberviolences trouvent le courage de pousser la porte d’un commissariat. C’est pourquoi nous tenions également à inclure une formation sur les cyberviolences dans la formation du.de la référent.e plainte déjà prévu dans le plan de lutte contre les violences faites aux femmes de la secrétaire d’état Nawal Ben Hamou.

Enfin, le système éducatif pourrait jouer un rôle majeur dans la sensibilisation des dangers des réseaux sociaux dès le plus jeune âge, et notamment via l’EVRAS.

Le travail de sensibilisation et d’information ne doit pas s’arrêter aux victimes, mais doit également viser les témoins, les proches des victimes, les éventuels auteurs, mais aussi les professionnels en première ligne.

C’est pourquoi, il est essentiel d’instaurer un travail avec les centres de planning familial afin de penser à un système efficace de prise en charge, sans oublier la nécessité de renforcer le financement des associations de terrain luttant contre les cyberviolences et de prévoir des appels à projets spécifiques sur la question des cyberviolences.

Cher.e.s collègues, ça ne nous viendrait pas à l’esprit de dire à une femme, un(e) adolescente, une personne transgenre que la solution pour ne plus se faire agresser en rue est de ne plus sortir de chez elle. Nous ne pouvons pas dès lors nous satisfaire d’une situation où on ne peut plus s’afficher et s’exprimer sur les réseaux sociaux pour ne plus être agressées.

Oui, les réseaux sociaux sont aujourd’hui un espace public et comme tout espace public, les femmes doivent avoir leur place, une place qui leur revient légitimement. Pas une place où elles doivent se cacher, pas une place où elles doivent développer des techniques de protections et d’évitements mais un espace où elles pourront pleinement exister, vivre et s’exprimer.


Lorsqu’il s’agit de femmes journalistes, militantes, scientifiques , enseignantes, politiques ou toute personne qui désire s’exprimer, il en va de notre démocratie de leur garantir cette liberté d’expression accompagnants leurs engagements.