La renomination d'un arrêt de la STIB au nom de son directeur général.
de Leila Agic
à Elke Van den Brandt, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la mobilité, des travaux publics et de la sécurité routière.
Demande d'explication
Dans la presse du 29 décembre 2020, nous apprenions que la STIB avait décidé de renommer l'arrêt Parc - situé rue du Gentilhomme - par le nom d'un dirigeant de la STIB encore en fonction, M. Kris Lauwers. Il s'agit pour la STIB d'une manière de rendre hommage à cet homme avant qu'il ne prenne sa retraite.
Il s'agit de la première fois que la STIB attribue le nom d'un dirigeant de la société à l'un de ses arrêts de transports en commun. La STIB expliquera ensuite qu'il s'agit d'une nomination temporaire mais qui, selon nous, ne reste pas moins inadéquate.
Le fait, pour la STIB, de changer les noms de certains de ses arrêts de bus, tram ou de stations de métro est chose courante. Cependant, ce qui pourrait être un outil formidable de féminisation mais aussi de diversité dans notre espace public reste largement sous-utilisé. À titre d'exemple, aujourd'hui, nous dénombrons 29 stations de métro portant des noms masculins, contre seulement quatre stations portant des noms féminins, ce qui représente moins de 13 %. De plus, ces stations ne font uniquement référence qu'à des princesses et à une sainte.
Il serait pourtant plus qu'utile de mettre en place une politique permettant à tous les usagers de se sentir bien lorsqu'ils empruntent les transports en commun bruxellois. Et à cet effet, il serait opportun de mettre en place une procédure annuelle, systématique, claire, transparente et inclusive de nomination ou redénomination des arrêts de la STIB.
Malheureusement aujourd'hui, quant à ce changement qui pourrait être qualifié d'erreur passagère de jugement, la STIB déclare, je cite :"la détermination des noms pour longue durée reposerait toujours sur la recherche d'une cohérence par rapport à un nom de place publique ou d'une artère, à la présence passée ou proximité d'une personnalité".
Nous comprenons que la STIB est loin d'un changement de paradigme sur la question de la nomination de ses arrêts car elle continue de mettre en avant la cohérence par rapport à un nom de place ou d'artère. Une telle approche contribue, en réalité, à perpétuer la tradition d'effacement de la moitié de la population bruxelloise dans son espace public.
Pourtant, nous nous sommes toutes et tous habitués à l'emplacement des stations de métro Eddy Merckx et Jacques Brel. Et des stations de métro ont déjà donné leur nom à leur quartier et non l'inverse. Je pense par exemple à la station de métro Beekkant. Et pourtant, la STIB continue à être frileuse avec cet outil en plaçant cette prétendue cohérence en premier lieu.
- Comment la STIB a-t-elle décidé de renommer l'arrêt Parc en Kris Lauwers ?
- Existe-t-il une procédure à suivre lorsque la STIB décide de changer le nom de certains arrêts ? Une liste de noms est-elle proposée ? Si oui, sur quelle base cette liste est-elle établie ? Une consultation des citoyens bruxellois sur les réseaux sociaux est-elle envisagée ?
- Il est essentiel de penser à un espace public plus inclusif et de permettre aux femmes de se l'approprier, notamment via la représentation féminine et l'attribution de noms féminins aux rues, bâtiments et aux arrêts de transports en commun. La STIB compte-t-elle prendre part à ce travail ?
- Une question portant sur le recensement des arrêts portant des noms d'hommes et de femmes a été retirée par le Bureau, car cette question ne relèverait pas de votre compétence. Serait-il possible de nous fournir le règlement qui détermine les questions relevant de votre compétence ?
- Enfin, existe-t-il des textes légaux contraignants qui vous empêchent d'agir sur les arrêts hors métro ?
Réponse de la Ministre
Le choix des noms de stations de métro, comme ceux de la nouvelle ligne, est une compétence de la ministre chargée de la mobilité. Ce sera l'occasion d'une féminisation. Les noms des arrêts du réseau de surface, eux, sont choisis par la STIB.
Pour ce qui est de ma compétence, la féminisation de l'espace public est importante : Bruxelles est construite par des hommes et par des femmes et cela doit se refléter dans l'espace public. Il y a toujours un lien entre la topographie et les noms des arrêts, pour des raisons d'orientation, mais cela souligne la nécessité d'entamer une réflexion sur les noms de rue. Ce sujet intéresse aussi ma collègue Mme Ben Hamou.
L’arrêt Parc est appelé à changer de nom, car il prête à confusion par rapport à la station du même nom, qui se trouve trop loin pour y être assimilé. Comme il n’était pas possible, vu la situation sanitaire, d’organiser une réception de départ pour le directeur général adjoint, arrivé à l’âge de la retraite après quinze ans au sein de l’entreprise, la STIB a eu l’idée, en guise de clin d’œil, de marquer le coup en donnant provisoirement son nom à l’arrêt situé au pied du bâtiment hébergeant le siège social de la STIB. J'avoue qu'il aurait été préférable de donner son nom à une salle de réunion plutôt qu'à un arrêt de bus.
Ce changement de nom est provisoire, il est important de le signaler. Nous attendons le nom définitif, qui devrait être choisi dans le cadre de la prochaine planification, en avril 2021.
Une procédure interne de la STIB prévoit que les noms d’arrêts sont proposés par le service de marketing et d'information aux voyageurs. Ces propositions de noms, y compris les modifications, sont ensuite validées par la direction générale de la STIB, conformément à l’autonomie que lui confère son contrat de service public.
En ce qui concerne l’annonce de ce changement sur le site internet de la STIB, compte tenu de la faible fréquentation de cet arrêt - un peu plus de 230 montées quotidiennes en moyenne, principalement des employés de la STIB - et du caractère temporaire de l’initiative, la STIB n’a pas jugé nécessaire d’en faire une publicité qui dépasse le public cible des utilisateurs des lignes concernées.
Le changement de nom en cause est le seul qui soit temporaire. Les autres sont définitifs et concernent des arrêts plus fréquentés, à savoir 6.200 montées pour l’arrêt Globe, 1.700 pour l’arrêt Centenaire et 410 pour l’arrêt Forestoise.
Le choix d’un nouveau nom d’arrêt, ou plus rarement le changement d’un nom existant, est généralement effectué sur la base des changements du réseau - création de nouveaux arrêts, plan directeur du réseau bruxellois de bus, etc. - ou à la suite d'une demande ou d'une suggestion émanant des communes, des riverains, des voyageurs, etc.
La procédure interne prévoit ainsi : "Les noms d’arrêt doivent évoquer rapidement le lieu où ils se trouvent et présenter un caractère de durabilité. Ils prendront donc généralement le nom d'un lieu public à proximité, par exemple d'un lieu-dit qui porte un nom ayant une valeur historique (et qui ne risque pas de disparaître à la suite d’une faillite ou d’un déménagement), le nom d'une place, d'une rue, d'une gare ou station de métro, d'un site remarquable, parfois d’une personnalité."
La féminisation et le travail inclusif sont des éléments importants du processus. Parmi les critères de sélection des noms de ses arrêts, la STIB accorde une attention particulière aux noms de femmes. La procédure interne prévoit que dans la recherche du "meilleur" nom d’arrêt, une attention particulière sera donnée aux noms féminins qui, à l’instar des noms de rues à Bruxelles, sont minoritaires actuellement sur le réseau de la STIB.
Dans cet esprit, l’arrêt Forestoise de la ligne de bus 48 a, par exemple, été rebaptisé Gatti de Gamond le 1er janvier 2021. Isabelle Gatti de Gamond, bien connue de tous, a donné son nom à une rue de ce quartier et il était donc logique de renommer un arrêt de la zone en son honneur pour favoriser la féminisation des noms dans l'espace public.
Le nom définitif de l'arrêt Parc apparaîtra donc dès le mois d'avril et ce changement est une bonne chose.
Je répète l'engagement, pris dans la limite de mes compétences, de veiller à ce que les nouveaux noms des stations de métro soient plutôt féminins.
Réplique de Mme Agic
Je reste également sur ma faim quant à la procédure que vous nous avez décrite. Vous devriez demander sa modification au profit d'une plus grande participation citoyenne. La meilleure façon de permettre aux usagers de s'imprégner des changements de noms, c'est de les faire participer à leur choix.
Ensuite, vous nous répondez ce que disait déjà la STIB : il faut que le choix soit compréhensible, qu'il corresponde à une rue, etc. Il est vrai qu'aujourd'hui, vu le nombre croissant d'arrêts de la STIB, il n'est pas rare de voir apparaître, dans une rue, un arrêt qui porte le nom d'une autre rue. Ce n'est pas très lisible.
Profitons-en alors pour participer à la féminisation et à la diversité de notre espace public en proposant des noms de femmes. Il est beaucoup plus simple de commencer par donner un nom à un nouvel arrêt de la STIB que de changer des noms de rue qui existent depuis longtemps. Vous dites que vous le ferez pour les nouveaux arrêts de métro, et je vous fais confiance pour cela.
Enfin, je réitère ma demande d'obtenir les documents qui précisent la démarche suivie et indiquent qui a le pouvoir de choisir quoi.