La prévention et sensibilisation par rapport aux infections sexuellement transmissibles (IST)

De Leila Agic,

à Barbara Trachte, ministre-présidente en charge de la Famille et de la Promotion de la santé et Alain Maron, ministre en charge de la Santé

Le 14 février dernier, la presse nous informait d'une hausse du nombre d'infections sexuellement transmissibles (IST) en Belgique. Selon les statiques, cette hausse concerne plus particulièrement la chlamydia et la gonorrhée.

Non traitées pour cause d'absence de symptômes ou, pire encore, de manque d'informations de la part des premiers concernés, ces infections peuvent avoir des conséquences très graves sur la santé, allant de la simple inflammation à l'infertilité en passant par une baisse chronique des défenses immunitaires. L'herpès génital, par exemple, peut rester latent dans le corps et se développer lorsque le système immunitaire est affaibli. C'est également le cas pour la chlamydia ou la gonorrhée, qui entraînent l'infertilité, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

Outre le manque d'information, il faut aussi noter la diminution de l'usage du préservatif dans certains groupes, alors même que, correctement utilisé, celui-ci s'avère être une protection essentielle.

La Région de Bruxelles-Capitale doit participer activement à la sensibilisation et la prévention des IST, comme prévu dans le nouveau plan stratégique de promotion de la santé 2023-2027. Deux des objectifs de l'action 4.4 « Promouvoir la santé sexuelle », sont de « Pérenniser les stratégies concertées en matière de santé sexuelle et d’EVRAS » et « Adapter les messages de prévention aux approches de promotion de la santé pour l’ensemble des thématiques liées à l’EVRAS ».

Parallèlement, l'action 4.6, « Participer à l'organisation de la prévention des maladies transmissibles au travers d'actions, de médecine préventive et de programmes de vaccination » compte sept objectifs, parmi lesquels « Adapter et coconstruire les messages de prévention aux approches de promotion de la santé en matière de maladies infectieuses en ce compris ceux concernant les mesures d’hygiène générale, le dépistage et la vaccination, pour la population générale et pour des publics spécifiques en collaboration avec les acteurs de démarches communautaires en santé » et « Soutenir et organiser la concertation des acteurs de la prévention des IST dont le VIH, le VHC et le HPV aux niveaux stratégique et opérationnel, notamment dans la mise en œuvre du paradigme de prévention combinée (usage du préservatif/matériel de réduction des risques + dépistage + traitements), et participer au suivi du Plan national sida ».

Concernant l'action 4.4, comment progresse la couverture des cours d'EVRAS, outil primordial en matière de prévention des IST, dans les écoles en Région bruxelloise ?

Compte tenu de l'action 4.6 dont l'axe principal reste les maladies telles que le VIH, ne serait-il pas également nécessaire d'accroître la connaissance des autres IST les plus courantes auprès des publics cibles au regard d'une certaine recrudescence de celles-ci ? Ainsi, de nombreuses personnes ne font pas le lien entre le fameux bouton de fièvre et l'herpès et ne savent pas qu'un herpès labial peut devenir un herpès vaginal et donc une IST.

Dans l'affirmative, quelle est, selon vous, la meilleure manière d'agir ? Quels sont les outils de prévention utilisés par le secteur des centres de planning familial, des maisons médicales ou les autres services ? Ces outils sont-ils disponibles dans plusieurs langues ?

Réponse de la ministre

Un accord de coopération entre la Commission communautaire française, la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles, concernant la généralisation de l'EVRAS dans les écoles, a déjà été adopté en première lecture. Le projet d'assentiment était à l’ordre du jour du Collège du 17 mars, en deuxième lecture. Si la procédure suit son cours normalement, il prendra effet à la rentrée de septembre 2023 et visera à toucher 100 % des élèves de sixième primaire et de quatrième secondaire – soit 25.000 élèves en tout – avec deux heures d’animation dispensées par les centres de planning familial. Pour 2023, un budget de 1 million d’euros a été prévu pour organiser ces animations par les centres de planning familial dans les écoles francophones de la Région bruxelloise.

Pour ce qui concerne le lien avec le Plan stratégique de Promotion de la santé, la participation au soutien de l’EVRAS chez les jeunes constitue l’objectif opérationnel 4.4.1 du plan. Il vise essentiellement le domaine extrascolaire, puisque la promotion de la santé à l’école est une compétence dévolue à l’Office de la naissance et de l'enfance.

L’objectif opérationnel 4.4.4 du plan vise, quant à lui, la pérennisation des stratégies concertées en matière de santé sexuelle et d’EVRAS, via les formations du personnel des centres de planning familial et, si nécessaire, d’autres professionnels relais.

L’objectif opérationnel 4.4.5 pointe l’adaptation des messages de prévention aux approches de promotion de la santé pour l’ensemble des thématiques liées à l’EVRAS.

En réponse à vos questions sur le VIH et les autres IST, l’objectif spécifique 4.6 du plan se décline en plusieurs objectifs opérationnels, parmi lesquels le 4.6.4 qui vise à maintenir les efforts de prévention des IST, dont le VIH et le virus de l'hépatite C, auprès de la population générale et plus spécifiquement des jeunes adultes belges et européens, des personnes originaires d’Afrique subsaharienne, des personnes afro-latino-caribéennes, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, des usagers et des usagères de drogues, des travailleurs du sexe et des personnes trans.

L’objectif 4.6.5 vise également à accroître l’accessibilité et le recours au dépistage du VIH et, plus largement, des IST, et à adapter les stratégies et les services de dépistage aux besoins spécifiques des populations-clés, tout cela à travers une série d’associations comme la Plateforme prévention sida, Alias et Ex Æquo qui vont à la rencontre des populations

Enfin, outre les animations EVRAS, les centres de planning familial peuvent utiliser des brochures, affiches et mallettes pédagogiques disponibles auprès de leur fédération ou d’autres organismes spécialisés comme O'YES, la Plateforme prévention sida, etc. Une partie de ces outils sont disponibles dans plusieurs langues.

Par ailleurs, des opérateurs ont aussi obtenu des espaces gratuits pour des campagnes radiotélévisées portant sur la prévention et le dépistage des maladies sexuellement transmissibles. C'est notamment le cas d'O’YES pour le papillomavirus humain et de la Plateforme prévention sida pour le dépistage.

Réplique de Mme Agic

J'avais lu dans le plan toutes les actions prévues. Au-delà du VIH et du papillomavirus humain, mon intervention visait surtout à attirer l'attention sur les autres IST comme la chlamydia, la gonorrhée et l'herpès. Même si ces IST ne sont pas mortelles ou n'entraînent pas des conséquences sur la vie quotidienne aussi graves que le VIH, leurs effets peuvent se révéler très importants, voire handicapants, pour les personnes touchées.

Je déplore qu'il subsiste autant de cas d'infertilité dus à ce genre d'infection. Une prise en charge adaptée pourrait éviter à ces personnes de devoir subir de lourds traitements si elles désirent un enfant.