La mise à disposition de protections menstruelles dans les écoles.

de Leila Agic

à Rudi Vervoort, membre du Collège de la Commission communautaire française (COCOF) chargé de la Politique de l'Enseignement.

Monsieur Vervoort,

Cher.e.s Collègues,

Chaque mois, pendant environ trente ans, le cycle menstruel touche la moitié de la population mondiale.

Un phénomène naturel qui existe depuis toujours et qui pourtant reste un tabou.

Dans les familles, on fait souvent comme si ça n’existait pas, dans l’espace public on fait semblant de ne pas le voir sans oublier les pub qui utilisent des liquides bleus tout à fait irréalistes pour représenter les règles.

Les femmes se retrouvent formatées par notre société pour ressentir de la gêne et de la honte lorsqu’on aborde la question des règles. Pour certaines d’entre elles, il est tout à fait exclu d’en parler et par conséquent de recevoir des informations complémentaires.

Il est essentiel d’informer et de sensibiliser tout un chacun.e sur la question des règles et les problématiques qu’elles engendrent. Car oui, les hommes doivent également être sensibilisés à cette question même si cela ne touche pas directement leur corps.

Il est temps de briser les tabous qui entourent les règles et traiter cette question de santé publique avec toute l’attention qu’elle mérite. J’ai abordé il y a quelques semaines la problématique de l’endométriose, aujourd’hui je reviens dans l’hémicycle pour parler de la précarité menstruelle.

La précarité menstruelle « est le manque d’accès aux protections menstruelles, pour des femmes n’ayant pas les moyens d’en acheter, ou pas suffisamment. »

La bonne gestion des menstruations relève du respect des droits humains. Il s’agit des droits à la dignité humaine, à l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’accès à l’éducation et à la question de la santé des femmes.

D’ailleurs, il arrive assez souvent que les jeunes femmes aient leurs premières règles à l’école. Elles n’y sont pas toujours préparées, ne comprennent pas ce qui leur arrive et ne disposent pas de protections hygiéniques adéquates, cela leur procure un sentiment de honte qui n’a évidemment aucunement lieu d’être.

Les jeunes femmes se rendant à l’école devraient être informées et sensibilisées à la question des règles, aux différents types de protection périodiques existantes, à l’importance à accorder à la composition de celles-ci et de l’existence de réactions telles que les chocs toxiques déjà abordés au sein de ce parlement également.

D’ailleurs, vous vous en souvenez, plus on garde un tampon longtemps, plus on peut être victime d’un choc toxique. Le risque est donc d’autant plus important pour ces femmes qui se retrouvent à devoir rationner l’utilisation de leurs protections hygiéniques sans oublier celles qui vont utiliser d’autres solutions d’urgence qui peuvent entraîner irritations voir des infections plus graves.

Alors aujourd’hui, il est temps de faire un pas supplémentaire. Il est temps de mettre ces protections périodiques à dispositions des jeunes femmes dans les toilettes des écoles, de manière gratuite et automatique, sans qu’elles n’aient besoin de faire une demande spécifique.

Les protections hygiéniques seront bientôt gratuites en Ecosse et fournies aux 395 000 élèves et étudiantes du pays. Une première mondiale.

Du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un débat a également débuté sur la question.

De notre côté, la COCOF a sous sa compétence plusieurs écoles et pourrait elle aussi, prendre part à la lutte contre la précarité menstruelle en mettant à disposition protections hygiéniques dans celles-ci mais aussi lutter contre le tabou qui entoure les règles en banalisant ces protections mestruelles dans l’espace public de nos écoles dès le plus jeune âge.

Mes questions sont les suivantes :

- Est-il prévu de mettre à disposition des jeunes femmes des protections menstruelles dans les écoles sous la compétence de la COCOF ?? Si oui, envisagez-vous de mettre plusieurs types de protections permettant aux intéressées de faire le choix de celle qui leur conviendrait le mieux ?

- Avez-vous des contacts dans ce cadre avec votre collègue en charge de l’EVRAS pour que celle-ci intègre, parallèlement, l’information et la sensibilisation sur les protections périodiques dans les diverses missions de l’EVRAS auprès des écoles ?

- La composition des diverses protections périodiques est un sujet d’actualité étant donné qu’on se rend compte du danger que représentent les protections avec une composition douteuse, qu’est-ce qui est prévu pour informer correctement les jeunes femmes à propos des diverses variantes de protections, leur utilisation et le danger que peut représenter une mauvaise composition ?

Réponse de la Ministre-Présidente, Barbara Trachte

Une grande partie de vos questions relevant des compétences de M. Vervoort, je vous adresse une réponse au nom du Collège. En notre qualité de pouvoir organisateur, la Commission communautaire française est bien entendu sensible aux problématiques liées à la santé et à la précarité menstruelle des élèves et étudiantes qui fréquentent ses établissements scolaires.


Actuellement, chaque école de l’enseignement obligatoire met des protections hygiéniques à la disposition des jeunes filles qui en font la demande. Le service de promotion de la santé à l'école (PSE) est également amené à intervenir ponctuellement pour les aider. Au niveau des mesures de prévention, les serviettes hygiéniques sont privilégiées aux tampons.


Afin de toucher les élèves et étudiantes les plus fragilisées sur le plan financier, mon collègue M. Vervoort a donné instruction à l’administration d’organiser la mise à disposition de protections hygiéniques gratuites à destination de l’ensemble des élèves et étudiantes de l’enseignement obligatoire, de l'enseignement supérieur et de l'enseignement de promotion sociale dans les établissements de la Commission communautaire française. Les conditions et les modalités de cette mise à disposition sont actuellement à l’étude, afin de répondre au mieux au contexte des différentes écoles (installation de distributeurs dans les sanitaires, projet boîtes rouges – «red boxes», etc.). Une proposition à cet égard est attendue pour la fin du mois de mars 2021.


Comme indiqué au cours de la dernière séance plénière, parmi les intervenants en milieu scolaire, le PSE est en première ligne. Les membres du personnel de ce service sont amenés à répondre aux questions posées par les jeunes, tant au moment des visites médicales que durant les animations portant sur l’EVRAS qu'ils assurent.


Les animations EVRAS s’organisent autour de plusieurs thèmes et privilégient les interactions de type questions-réponses avec les élèves, afin d’être directement en prise avec leurs préoccupations. Cependant, les centres de planning familial (CPF) qui proposent les animations m’ont fait savoir que leur rôle n’était pas de délivrer des protections hygiéniques. Comme je viens de vous l'indiquer, des initiatives en ce sens sont cependant prises au sein des établissements scolaires.


La sensibilisation aux différents types de protections périodiques et à leur composition respective est intégrée dans la réflexion globale de l’administration et des centres de planning familial, comme je l'ai indiqué précédemment en réponse à une question portant sur les chocs toxiques.


Notre objectif est de pouvoir à tout le moins afficher un minimum d’informations utiles dans les sanitaires destinés aux élèves et étudiantes des établissements de la Commission communautaire française.

Réplique de Mme Agic

Merci d'avoir donné les instructions pour la mise en place des distributeurs ou des boîtes rouges accessibles sans demande spécifique pour les élèves des écoles de la Commission communautaire française.


Il s'agit peut-être d'une deuxième mondiale et je ne peux que vous féliciter d'avoir réagi. Il faut bien entendu rester attentif à la composition de ces protections, afin de s'assurer qu'elles soient les plus respectueuses de l'environnement et de la santé des jeunes étudiantes.
Nous continuerons de suivre de près la mise en place de cette nouvelle mesure réjouissante.