La lutte contre les impacts du stress hydrique du patrimoine arboricole et végétal bruxellois.

de Leila Agic

à Alain Maron, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de la transition climatique, de l'environnement, de l'énergie et de la démocratie participative.

Question orale

Cet automne, certains auront peut-être remarqué la chute précoce des feuilles d’arbres. L’automne ne fait que démarrer à l'heure où je rédige cette question, mais il y a déjà des feuilles décolorées, voire mortes, dans toute la capitale.


Selon des experts, ce phénomène s'explique par la sécheresse que nous avons connue ces derniers mois. En effet, la sécheresse a causé du stress à différents arbres, qui ont alors arrêté leur processus d’évaporation afin de ne pas se dessécher complètement et se délessent de leurs feuilles.


Le bilan n’est pas le même pour tous les arbres. Certains n’ont subi aucune conséquence de la sécheresse, d’autres montrent des feuilles décolorées et parfois mortes. Il importe de constater que l’effet de la sécheresse sur certains arbres ne se limite pas à leur feuillage. Ces arbres deviennent moins résistants aux agents pathogènes et les insectes ravageurs s’attaquent plus férocement aux arbres déjà affaiblis.


Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour encourager l’importation et la plantation d’arbres originaires d’Europe du Sud, qui résistent mieux aux fortes températures et à la sécheresse.

- Ce phénomène de chute précoce des feuilles d’arbres, dû à la sécheresse de cet été, est-il un phénomène récurrent déjà constaté les années précédentes ?


- L’administration de Bruxelles Environnement dispose-t-elle d’un mécanisme de contrôle ou d’un cadastre des espèces les plus touchées et de leur état ?

- Ce dispositif de contrôle concerne-t-il uniquement la forêt de Soignes et les parcs gérés par Bruxelles Environnement, ou concerne-t-il également les surfaces arborées sur les terrains privés ?


- L’administration de Bruxelles Environnement dispose-t-elle déjà d’une stratégie de replantation ou de remplacement des espèces les plus sensibles ?

- Cette stratégie concerne-t-elle uniquement les arbres remarquables de grande taille ou concerne-t-elle également les espèces sous la forme d’arbustes, de buissons ou de tapis végétal ? Quelles sont les espèces concernées ? Quelles sont les solutions alternatives préconisées ?


- A-t-il été prévu d’associer les particuliers au suivi de l’état de stress hydrique de leurs arbres, arbustes, buissons et autres espèces constituant de précieux tapis végétaux ? Des modalités spécifiques d’information sont-elles prévues à leur intention ?

Réponse du Ministre

Les impacts des changements climatiques sur la biodiversité sont au cœur de nos préoccupations. En effet, les sécheresses et épisodes caniculaires récurrents observés ces dernières années fragilisent le patrimoine végétal bruxellois et le rendent notamment plus sensible aux agents pathogènes et insectes ravageurs. Les arbres répondent à ce stress hydrique par le biais de plusieurs mécanismes, dont la chute prématurée des feuilles.
Le moment auquel s’opère la sénescence des feuilles, phénomène naturel qui se caractérise par leur changement de couleur puis leur chute en automne, présente généralement de légères variations annuelles. Plusieurs facteurs, tels que les conditions de croissance, la fructification, les conditions climatiques et microclimatiques ou la position dans le paysage urbain, peuvent l’influencer. Malgré la chute prématurée des feuilles liée au stress hydrique, observée depuis ce printemps historiquement sec, les phases de développement saisonnier du patrimoine arboré bruxellois - sa phénologie - ne semblent, à ce stade, pas présenter de modifications significatives.


Le suivi du patrimoine arboré des espaces verts est assuré par Bruxelles Environnement qui, à ce jour, a réalisé des inventaires phytosanitaires dans 47 parcs, les plus boisés et étendus des 107 sites gérés par la Région. Cela couvre 88 % des surfaces arborées sous sa gestion, pour un total de 45.000 arbres. Y sont répertoriés les arbres dont le diamètre est supérieur à 30 cm à une hauteur de 1,5 m. Toutefois, le rythme d’actualisation de ces données, sur une base quinquennale, et la méthodologie d’inventaire utilisée ne permettent pas à ce stade d’avoir une vision globale et chiffrée des effets des trois dernières années de sécheresse, bien que ces effets soient perceptibles.


En Région de Bruxelles-Capitale, les espèces pour lesquelles un surcroît de mortalité est observé à l’heure actuelle sont :
- l’érable sycomore, atteint par un champignon responsable de la maladie dite de la suie de l’érable ; - l’épicéa, attaqué par un insecte coléoptère, le fameux scolyte de l’épicéa ;

- le hêtre, dont des sujets sont morts sur pied en très peu de temps, parfois moins d’un an, alors qu’ils étaient sains ;
- les mélèzes ; - les douglas.

Le suivi du patrimoine arboré n’est assuré par mon administration que pour les espaces verts régionaux, en ce compris la forêt de Soignes. Un suivi particulier de la vitalité des trois principales essences de la forêt de Soignes - le hêtre commun, le chêne sessile et le chêne pédonculé - est mené depuis 2009 lors de campagnes annuelles. Tel qu’indiqué dans le rapport sur l’état de l’environnement, une proportion élevée de hêtres présente des symptômes de dépérissement, tandis que les chênes semblent mieux se porter.
Pour ce qui est des autres espaces arborés, Bruxelles Environnement dispose d’une base de données phytosanitaire en constante amélioration. Selon son évolution, elle pourrait s’étendre à d’autres administrations régionales dans une deuxième phase, et aux gestionnaires communaux dans une troisième phase. Je reviendrai par la suite sur le suivi du patrimoine végétal des particuliers et des privés.


Sensibilisée aux conséquences du changement climatique, toute nouvelle plantation est mûrement réfléchie par mon administration afin d’orienter les choix vers des espèces d’avenir. En ce qui concerne le patrimoine arboré de la forêt de Soignes, les mesures d’adaptation au changement climatique sont détaillées dans le plan de gestion approuvé par le gouvernement en juin 2019.


Le principe de cette stratégie est la diversification des essences : diminution de la part du hêtre, substitution du chêne pédonculé par le chêne sessile et introduction d’essences plus résistantes au changement climatique, comme les tilleuls à petites et à grandes feuilles. Au sein des espaces verts régionaux, le maître- mot est également la diversification des espèces plantées, tant pour les arbres que pour les arbustes ou les plantes vivaces. Il est important qu’elles soient bien adaptées au climat actuel, mais également aux projections du climat futur.


Dans le cadre de la gestion des massifs boisés, les semis spontanés sont privilégiés, ce qui permet le développement d’essences adaptées aux conditions locales. La stratégie d’adaptation de l’ensemble du patrimoine végétal aux changements climatiques et de réponse aux situations de stress hydrique est plus large que le simple choix des plantes. En effet, la qualité des aménagements réalisés et les bonnes pratiques de gestion et d’entretien de ces derniers ont aussi toute leur importance.


À titre d’exemple, je peux vous citer l’augmentation du volume des fosses de plantation dans les espaces les plus minéralisés, considérés comme les espaces les plus contraints, en y utilisant du substrat de qualité, la généralisation de la gestion des eaux pluviales couplée à la stratégie des arbres de pluie, l'utilisation renforcée de revêtements perméables, l'amélioration des techniques d’entretien ou encore l'augmentation du degré de naturalité des espaces verts.

Le référentiel de gestion écologique est en cours de développement par mon administration. Il devrait permettre, à terme, une harmonisation de ces pratiques par les gestionnaires, en précisant les bonnes pratiques à adopter.

Les effets du stress hydrique ne se limitent pas aux espaces gérés par la Région. Bien que les particuliers ne soient pas directement impliqués dans le suivi phytosanitaire du patrimoine végétal et le développement d’une stratégie régionale, Bruxelles Environnement a mis en place un service facilitateur nature pour les professionnels, notamment ceux des secteurs verts, y compris les services des espaces verts communaux.


De même, Bruxelles Environnement souhaite pouvoir encadrer au mieux les particuliers et les entreprises privées amenées à travailler dans les jardins. Cette dynamique viendra dans un second temps. Les outils d’information et de coordination doivent d'abord être élaborés à l’échelle des gestionnaires d’espaces publics.


Mon administration communique déjà directement envers les particuliers et les entreprises dans certains cas précis. Lors de périodes de sécheresse, des informations ont déjà été diffusées via la presse pour prévenir du risque de chute de branches d’arbres et communiquer sur les principes de l’arrosage raisonné mis en œuvre dans les espaces verts régionaux.

Réplique de Mme Agic

Votre administration réfléchit, à chaque fois, aux choix de nouveaux arbres et de nouvelles plantations, et c'est effectivement important. Il convient de penser à la résistance des arbres face au changement climatique - malheureusement déjà bien présent - et de tenter de prévenir les allergies qui concernent bon nombre de Bruxellois.


En outre, il me semble encore nécessaire d'accompagner la réflexion des communes dans leur choix de nouvelles plantations. En posant des questions en ce sens au conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean, j'ai eu l'impression d'apprendre quelque chose à l'échevin chargé de cette matière, situation incroyable en 2020. Un travail collectif sur cette question s'impose donc ! Et votre réponse montre que vous y êtes attentif.