la lutte contre les féminicides en Région de Bruxelles-Capitale.
De Leila Agic
à Nawal Ben Hamou, Secrétaire d'État à la Région de Bruxelles-Capitale en charge du Logement et de l'Égalité des Chances
Ce dimanche aura lieu une grande manifestation à Bruxelles, organisée notamment par la plateforme Mirabal, qui regroupe plus d'une centaine d’associations. Ce rassemblement vise à dénoncer les violences sexistes, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes.
En 2024, des États-Unis à l’Iran, de Gaza au Congo, les femmes ont particulièrement subi ces violences. Ces événements montrent à quel point les femmes restent en première ligne face aux abus, aux conflits et aux violences systémiques.
Outre la solidarité internationale et la nécessité de protéger les mineurs des violences sexuelles, les associations pointent effectivement les féminicides.
La Région de Bruxelles-Capitale n'est malheureusement pas épargnée par ce fléau. En 2024, au moins 21 femmes sont mortes en Belgique parce qu’elles sont des femmes. Tout récemment encore, les communes d'Evere et d'Ixelles ont été le théâtre de meurtres sanglants.
Pouvez-vous faire le point sur les actions prises à Bruxelles dans le cadre de la lutte contre les féminicides ?
Disposez-vous d'un bilan du plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes ? Ce plan a été l'un des sujets importants de ces cinq dernières années, mais nous devrons continuer à nous battre durant cette législature pour que plus aucune femme ne perde la vie parce qu'elle est une femme.
Réponse de la secrétaire d’état
Vous le savez toutes et tous ici, dès le début de la législature, j'ai fait de la lutte contre les violences faites aux femmes et contre les violences intrafamiliales mes priorités. Avec d'autres collègues, nous avons même fait de ces luttes un enjeu national impliquant toutes les entités de Belgique, afin que les droits des femmes progressent globalement.
En pleine pandémie de Covid-19, j’ai présenté au gouvernement bruxellois le tout premier plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes.
Au travers de ce plan inédit, aux mesures ambitieuses, nous avons mis en place des actions de sensibilisation, de prévention, d’information et de formation. J'en veux pour preuve nos campagnes de communication inédites et notre soutien financier sans précédent au secteur associatif pour accompagner au mieux les femmes victimes de violences intrafamiliales. Nous avons aussi chapeauté le site régional pionnier qui rassemble et cartographie toutes les informations et tous les services à la disposition des victimes de ces violences. Je songe en outre au dispositif « Parlez-en à votre pharmacien », à la première formation en Belgique des policiers et policières sur le cyberharcèlement et le cybersexisme et au soutien au développement de l'outil de détection, prise en charge et orientation des victimes pour les professionnels de première ligne.
J’aimerais revenir sur trois actions au cœur des préoccupations du gouvernement.
Tout d'abord, nous avons développé, en collaboration avec le barreau de Bruxelles, des consultations juridiques pour les femmes victimes de violences, qui sont gratuites grâce au soutien de la Région. Les avocats engagés et formés à cette matière sont désormais rémunérés dans ce cadre.
Les cellules Eva ont également été mises en place au sein des commissariats de police pour accueillir dignement et de manière adéquate les femmes qui osent déposer une plainte.
Enfin, la création d'Olista, le tout premier centre bruxellois multidisciplinaire de prise en charge holistique des violences intrafamiliales, constitue une avancée historique en Région bruxelloise. Environ 540.000 euros sont inscrits aux budgets 2024 de safe.brussels et d'equal.brussels pour le fonctionnement de ce centre.
Comme vous le savez, Mesdames les Députées, car vous étiez toutes présentes en commission, une évaluation à mi-parcours du plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes a été réalisée en 2022. L’évaluation finale vous sera normalement présentée dans les mois à venir, par la personne qui me succédera à l'Égalité des chances
Pour répondre à la question de Mme De Smedt concernant les places d’accueil en Région de Bruxelles-Capitale, quatre dispositifs financés et agréés par la Cocom visent l'hébergement ou l'accompagnement des personnes victimes de violences basées sur le genre, dont spécifiquement les femmes :
- les maisons d'accueil Talita, Porte ouverte et Yemaya, qui accueillent des femmes victimes de violences intrafamiliales, seules ou avec enfants ;
- le centre d'accueil de jour Circé de l’association L'Îlot, qui accueille des femmes sans abri ou en besoin de guidance.
Yemaya et Porte ouverte ont une capacité respective de 22 places (plus 4 lits bébés) et de 30 places (plus 3 lits bébés). La maison d'accueil Porte ouverte a vu sa capacité augmenter de 22 à 30 lits en 2023. Depuis 2020, 474 femmes adultes et 338 enfants y ont été hébergés. Quant à la maison d'accueil Yemaya, que j’ai inaugurée et soutenue dans le cadre de ma compétence du Logement, elle dispose de 14 places et a permis le relogement de 25 femmes et 29 enfants, de juillet 2022 à décembre 2023.
Dans le cadre du plan d'urgence logement, et sur le même modèle que la maison d'accueil Talita, l'ouverture d'une troisième structure d'hébergement collectif est prévue en 2026. Le centre Galia vise le relogement de femmes victimes de violences intrafamiliales, seules ou avec enfants, et prévoit 40 places en maison d'accueil et 16 places dans quatre logements de transit mis en location via une agence immobilière sociale.
Est-ce assez ? Certainement pas, mais nous nous sommes battus, avec mon collègue Alain Maron, pour obtenir des moyens supplémentaires, tant pour l'acquisition de ces bâtiments que pour l'accompagnement de ces femmes victimes de violences.
Madame Barzin, l'action 53 est pilotée par safe.brussels, et donc par le ministre-président. Grâce à nos combats, elle a pu être inscrite dans le cadre du plan d'action national (PAN) de lutte contre les violences basées sur le genre 2021-2025.
La disponibilité de statistiques ventilées par sexe concernant les victimes figure parmi les engagements de la police fédérale. À travers son observatoire, safe.brussels se tient à disposition pour apporter son expertise dans la mise en œuvre de cette action et participe au groupe de travail statistique mise sur pied par l'Institut pour l’égalité des femmes et des hommes dans le cadre du suivi du PAN.
Il est vrai que la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, fixée au 25 novembre, nous rappelle l'ampleur des violences subies par les femmes et exercée par les hommes, mais aussi la nécessité de poursuivre nos efforts pour y répondre avec détermination et efficacité. Pendant ces cinq ans, j'ai vraiment eu à cœur de rencontrer et soutenir chaque personne et institution occupant une place cruciale dans le processus de prise en charge et de soutien aux femmes victimes de violences intrafamiliales ou sexuelles, dont le féminicide est la forme la plus extrême.
Il me paraît important de répondre aux nombreuses questions sur cet enjeu majeur pour notre Région, où des féminicides ont eu lieu.
J'ajouterai encore que des moyens importants ont été mis à la disposition de différentes institutions, mais aussi du secteur associatif.
Je répète toutefois qu'il faudra continuer, voire faire mieux, pour éradiquer ce phénomène dans notre société. Nous comptons bien sûr sur le prochain gouvernement pour mettre les moyens nécessaires à disposition.
Réplique de Mme Agic
Merci, Madame la Secrétaire d'État pour ces réponses, ce bilan, les places d'accueil, les cellules Eva et, de manière générale, le plan. À la veille de cette journée importante, face au discours masculiniste de plus en plus présent dans les médias, l'espace public, mais aussi malheureusement le monde politique, nous nous devons de protéger les acquis politiques de ces dernières années pour toutes les femmes, afin qu'elles puissent vivre en liberté et sans peur dans notre Région.