La féminisation des noms des arrêts de la STIB.
de Leila Agic
à Elke Van den Brandt, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la mobilité, des travaux publics et de la sécurité routière.
Question orale
Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de nier le fait que l’espace public n’est pas accueillant pour les femmes. Il s’agit d’un espace qui a majoritairement été pensé par des hommes, pour des hommes. Des siècles d’histoire dominés par le patriarcat, où l’existence des femmes et leur rôle ont été niés, effacés de nos livres d’école et de la mémoire collective, nous amènent à vivre dans une Région où l’espace public est dominé par des incarnations masculines.
En effet, il y a un réel manque de présence féminine dans l’espace public de la Région de Bruxelles- Capitale, sachant que 3,6% des noms de rue portent des noms de femme contre 26 % de noms d'homme. Ces chiffres montrent un réel déséquilibre, qui joue un rôle non négligeable dans le sentiment qu’ont certains hommes d’être les uniques propriétaires de l’espace public et dans lesentiment d’insécurité qui affecte les femmes dans nos rues.
Le même constat se pose pour la représentation des femmes dans les stations et arrêts de métro, tram ou bus. Par exemple, nous comptons 29 stations de métro portant des noms masculins contre seulement quatre portant des noms féminins. En outre, cesdernières ne font référence qu’à des princesses et à une sainte.
Il est nécessaire de redonner de la place aux femmes dans notre espace public. Cette valorisation peut se faire notamment en attribuant des noms de femme aux rues, aux places, aux bâtiments publics et aux monuments, mais aussi aux arrêts de tram, métro et bus. Il s’agirait d’un acte politique fort qui dirait aux femmes que l’espace public leur appartient tout autant qu’aux hommes.
Prochainement, de nouvelles stations de métro verront le jour à Bruxelles sur la ligne 3 qui comptera sept nouvelles stations, dont une pourrait se voir attribuer le nom de Toots Thielemans. Il est important de rendre hommage à cet artiste bruxellois en lui dédiant, pourquoi pas, une station de métro.
Il existe déjà des stations de métro portant des noms d’artistes et de sportifs réputés dans notre Région, telles les stations Eddy Merckx et Jacques Brel, mais aucune ne porte le nom d’une femme artiste, sportive, scientifique, politique ou résistante.
Nous avons donc l’occasion de participer au travail de féminisation de l’espace public tout en profitant de la création de ces nouvelles stations de métro pour mettre en lumière des femmes, de tous horizons, notamment issues de la diversité et du monde ouvrier, afin qu’il y ait une réelle représentativité de toutes les femmes, à l’image de notre capitale.
Nos voisins parisiens ont, par exemple, décidé que les noms de femme seraient majoritaires sur la ligne du nouveau tramway T 3 avec des noms tels que Colette Besson ou Rosa Parks.
Il y a quelques mois seulement, en avril 2019, une résolution a été adoptée par notre parlement, demandant au gouvernement de réaliser une étude sur la présence des femmes dans l’espace public afin de le féminiser.
Enfin, l’année passée, à la veille du 8 mars, le collectif Noms Peut-Être ! demandait à ce que la STIB renomme toutes les futures stations et arrêts de métro, tram et bus avec des noms de femme jusqu’à atteindre l’équilibre entre femmes et hommes.
- Récemment, la STIB a réaménagé certaines lignes de bus et, à cet effet, de nouveaux arrêts de bus ont été créés. Pourriez-vous me dire combien de ces arrêts portent un nom de femme ?
- Étant donné que vous êtes compétente pour donner un nom aux nouvelles stations de la STIB et que cette dernière n'a qu'un rôle de conseiller, dans quelle mesure avez-vous joué et allez-vous jouer ce rôle ?
- Allez-vous vous saisir de votre pouvoir de nommer les futures stations de métro de la ligne 3 pour soutenir la féminisation de l’espace public bruxellois en donnant des noms de femme à ces nouvelles stations de métro ?
- Par ailleurs, nous ne pouvons imaginer que le choix de ces noms se fasse sans consultation citoyenne, des voyageuses en particulier. Qu’est-il prévu à cet égard ?
Réponse de la Ministre
Nous connaissons un véritable problème au niveau des noms des rues et des arrêts ou gares de la STIB. Il existe d'ailleurs un lien évident entre les deux, puisque de nombreux arrêts de la STIB portent le nom d'une rue avoisinante.
Je trouve excellente votre proposition de saisir l'occasion de la création de nouveaux arrêts et de nouvelles stations de métro. Cette thématique revient régulièrement dans cette commission. La semaine passée, nous avons évoqué la présence d'œuvres d'art signées par des femmes dans le réseau de la STIB. Je ne doute pas que d'autres questions semblables surgiront à l'avenir.
Ma volonté politique en la matière est forte et je veillerai à ce que nous puissions vraiment faire la différence, même s'il ne sera pas possible de parvenir à la parité en une seule législature. Nous profiterons de la création de nouvelles stations de métro et lignes de bus pour améliorer la visibilité des femmes dans l'espace public. Répondre par un "oui" franc à votre question est une évidence à mes yeux.
La dimension participative de ce processus est également essentielle. Elle a été de mise lors de la création du piétonnier et de la zone cyclable au centre-ville. La Ville de Bruxelles a mis en place un processus participatif au cours duquel des noms de femmes ont été suggérés. Il faut poursuivre cet exercice, partager nos idées avec les citoyens et partir du principe que nous allons féminiser les noms des nouvelles stations de métro.
Le parlement a décidé de créer une commission permanente des droits des femmes, ce qui témoigne de notre volonté de mener un travail sérieux sur ces thèmes.
Je ne peux pas vous dire à l'heure actuelle combien de nouvelles stations porteront des noms de femmes. Cet inventaire vous sera transmis par écrit.
Je réitère ma volonté de féminiser l'espace public, notamment et surtout lors de la création de nouveaux éléments urbanistiques. La modification des éléments existants est un autre volet de la réflexion, qui mérite d'être exploré.
Réplique de Mme Agic
Je ne suis pas très étonnée de constater que vous êtes attentive à cette question. Nous disposons d'un réel outil, avec la création de nouveaux arrêts et de nouvelles stations, pour participer à la féminisation de l'espace public.
Plus largement, dans la future commission des droits des femmes, je veillerai à ce que nous travaillions sur un texte plus global relatif à la féminisation au sein de la STIB, qu'il s'agisse des artistes ou des noms. Nous commencerons dans ce sens, avec mon groupe, afin d'obtenir des avancées avant la fin de la présente législature.