Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté

De Leila Agic

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l'Égalité des chances

La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté a eu lieu ce 17 octobre. À cette occasion, tous les États ont été invités à promouvoir leurs actions de lutte contre la pauvreté. Il s’agit aussi d’offrir un temps de réflexion et de faire entendre la voix des personnes les plus démunies. À l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le décret du 3 mai 2019 relatif à la lutte contre la pauvreté et à la réduction des inégalités sociales vise à mettre en œuvre, suivre, évaluer et promouvoir une politique transversale. Celle-ci se décline en différents outils et dispositifs, dont principalement un plan adopté durant la précédente législature pour la période 2020-2025. Des auditions avaient été organisées au sein de notre Assemblée en décembre 2023, de manière à permettre à la Cellule de la lutte contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités sociales d’en présenter un premier rapport à mi-parcours.

Monsieur le Ministre, ce plan arrivera prochainement à terme. Sera-t-il renouvelé ? Plus généralement, pourriez-vous dresser une feuille de route de vos priorités, projets et agenda, pour la durée de la présente législature, concernant la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités sociales ?

J’aimerais plus spécifiquement mettre l’accent sur le sort des familles monoparentales. La Déclaration de politique communautaire (DPC) prévoit de porter une attention particulière à ces dernières grâce à la création d’un statut spécifique ainsi que par l’adoption d’une stratégie globale et transversale articulant les dif- férents niveaux de pouvoir. En tant que ministre des Droits des femmes elles sont particulièrement affectées par la situation , que mettrez-vous en œuvre pour renforcer le soutien aux familles monoparentales en Fédération Wallonie- Bruxelles ? Des contacts ont-ils déjà été pris pour définir une stratégie globale et transversale ?

Réponse du ministre

Le Plan de lutte contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités sociales 2020-2025 arrivera effectivement à son terme le 31 décembre 2025. D’ici là, un suivi est prévu: il inclura un quatrième rapportage des mesures entre décembre 2024 et janvier 2025, ainsi qu’ une évaluation finale des résultats, laquelle commencera au début de l’année 2025. Cette évaluation sera menée par des experts externes, dont les recommandations seront transmises au gouvernement et au Parlement avant la fin de l'année 2025 en vue d’alimenter l’élaboration du plan suivant. Les travaux de consultation et de rédaction de ce plan, qui couvrira la période 2026-2030, seront menés par la Cellule de la lutte contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités sociales, en collaboration avec les administrations, les cabinets et les centres de ressources.

Par ailleurs, le 17 octobre dernier, à l’initiative de mon cabinet, le gouvernement wallon a approuvé la note méthodologique d’élaboration d’une stratégie de lutte contre la pauvreté. Il y est notamment prévu d’étudier les possibilités de syner- gies entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région wallonne. Le travail commun devra permettre de maximiser l'impact des actions menées, d’optimiser l'utilisation des ressources et leviers disponibles et, in fine, d’améliorer les condi- tions de vie des citoyens francophones les plus vulnérables.

Les familles monoparentales, quant à elles, sont identifiées comme un public prioritaire dans la Déclaration de politique régionale (DPR) et la Déclaration de politique communautaire (DPC). Nous sommes pleinement conscients que ces familles, en particulier les femmes qui sont souvent à leur tête, figurent parmi les groupes les plus exposés à la précarité. Cela se reflète dans leurs conditions de vie difficiles: les dépenses incompressibles comme le loyer, l'énergie ou les frais de transport pèsent de manière disproportionnée dans le budget de ces familles.

Dans ce cadre, nous porterons une attention particulière à ces familles et mon cabinet va prochainement commencer les travaux de réflexion relatifs à la stratégie globale et transversale à mener. Des contacts avec l’administration et différents acteurs de terrain ont été entamés. L’objectif sera de mettre en œuvre une approche globale articulant divers niveaux de pouvoir régional, communautaire et fédéral pour offrir un soutien renforcé et ciblé à ces familles.

Par ailleurs, des projets concrets visant à renforcer à plus court terme le soutien aux familles monoparentales pourraient voir le jour dans le cadre du prochain appel à projets annuel prévu par le décret du 17 juin 2021 modifiant le décret du 3 mai 2019 relatif à la lutte contre la pauvreté et à la réduction des inégalités sociales , avec une priorité donnée aux initiatives destinées aux familles monoparentales, comme cela avait été suggéré par le Conseil de lutte contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités sociales en mars 2024. Ces projets devront s’inscrire dans les axes stratégiques du Plan de lutte contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités sociales. Il sera proposé au gouvernement de soutenir en priorité les actions visant ces familles, qu’il s’agisse de projets d’accompagnement pour les parents isolés ou de soutien spécifique à leurs enfants. Le budget prévi- sionnel alloué à l’appel à projets s’élève à 650 000 euros.

Notre engagement envers les familles monoparentales est ferme. Ce public béné- ficiera d’une attention soutenue et de mesures adaptées dans le but de réduire les inégalités et de lui garantir une meilleure qualité de vie.

Réplique de Mme Agic

Monsieur le Ministre, le calendrier se profile petit à petit au gré des questions qui vous sont posées depuis quelques semaines. Nous nous rejoignons sur la nécessité de se focaliser durant la présente législature sur les familles monoparentales. Depuis la précédente législature, les décisions penchent en faveur d’approches globales et transversales. Ce type d’approche est tout à fait nécessaire. Cependant, par expérience, notamment du côté bruxellois, nous savons qu ’un ministre doit prendre l’initiative pour assurer la transversalité et être derrière les autres ministres du gouvernement afin de s’assurer que chacun prend bien sa part de responsabilité dans une telle configuration. On compte sur vous pour le faire dans le cadre de vos compétences qui font certainement de vous le ministre le plus sensibilisé à ces questions. Nous vous soutiendrons dans votre travail.