Grooming
De Leila Agic ,
à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de justice
Question orale
Madame la Ministre, le grooming est une technique utilisée par les personnes pour avoir accès à une victime potentielle, la contraindre à accepter l’abus et limiter le risque d’être détecté, afin d’abuser sexuellement des enfants. Bien que ces stratégies soient le plus souvent utilisées contre de jeunes enfants, les adolescents et les adultes vulnérables sont également menacés. Le grooming peut se faire aussi bien en ligne qu’en vis-à-vis. Il est généralement utilisé par un membre de la famille ou une personne faisant partie du cercle de confiance de la victime, comme un entraîneur, un enseignant, un animateur de groupe de jeunes ou toute autre personne ayant une relation naturelle avec la victime. Bien que le grooming prenne de nombreuses formes, il suit souvent un schéma similaire.
Tout d’abord, les abuseurs sélectionnent leurs victimes. Ils observent fréquemment les victimes potentielles et les choisissent en fonction de leur facilité d’accès ou de leur faiblesse perçue.
Ensuite, les abuseurs tentent d’éloigner physiquement ou émotionnellement les victimes des personnes qui les protègent et cherchent souvent un emploi où ils sont en contact avec des jeunes. Les abuseurs cherchent à gagner la confiance de victimes potentielles par des cadeaux, de l’attention, la divulgation de «secrets» et d’autres tactiques afin de leur donner l’impression qu’ils ont un lien affectif et de les entraîner à garder la relation secrète.
Par ailleurs, les abuseurs commencent souvent par toucher les victimes de manière apparemment innocente avant de passer à des contacts de plus en plus sexuels. Ils peuvent également exposer de la pornographie à leurs victimes ou discuter de sujets sexuels avec elles afin de promouvoir le concept d’interaction sexuelle.
Enfin, les abuseurs tentent de faire passer leurs actes pour naturels afin de ne pas éveiller les soupçons. Les adolescents, qui peuvent être plus proches de l’âge de l’agresseur, peuvent avoir plus de mal à repérer les pratiques de grooming. La Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités (Child Focus) indique que 13 % des dossiers d’exploitation sexuelle qu’elle a traités en 2021 concernaient le grooming. Cette tendance est en croissance. Child Focus reçoit des appels d’enfants de plus en plus jeunes par le biais de leur ligne téléphonique d’urgence gratuite, le 116 000.
Le grooming peut conduire à des abus sexuels en ligne. Le grooming en ligne implique parfois que des adultes créent de faux profils et se fassent passer pour des enfants ou des adolescents afin de se lier d’amitié avec d’autres personnes et de gagner leur confiance. Il peut s’agir de la première étape d’une agression sexuelle, du harcèlement en ligne ou d’un autre type de harcèlement. Le grooming peut également conduire à des abus par le biais d’une rencontre physique. Les tactiques de grooming sont souvent employées pour développer une image et une relation de confiance avec la famille et la communauté de la victime, ainsi que pour gagner sa confiance. Les abuseurs sexuels d’enfants et d’adolescents sont souvent polis et serviables – exactement les traits que nous recherchons chez nos amis et nos connaissances.
Madame la Ministre, qu’est-ce qui a été mis en œuvre par la Fédération Wallonie- Bruxelles afin de sensibiliser et de lutter contre le grooming? Qu’en est-il plus particulièrement du grooming en ligne ? Des actions sont-elles prévues afin de sensibiliser le public au sens plus large sur le grooming ?
Réponse de la ministre
Madame
la Députée, votre question soulève un sujet important: la protection de nos enfants et de nos jeunes face au phénomène de grooming. La Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté une approche globale et intersectorielle pour lutter contre cette pratique en s’inscrivant dans le cadre plus large de la prévention de la maltraitance. Cette approche s’incarne notamment par le Plan triennal de prévention de la maltraitance qui mobilise différents services, tels que l’Administration générale de l’aide à la jeunesse (AGAJ), l’Administration générale du sport (AGS), l’Administration générale de la culture (AGC) ou encore l’Office de la naissance et de l'enfance (ONE). Cela souligne le caractère transversal de l’action.
Concernant spécifiquement le grooming en ligne, la Fédération Wallonie- Bruxelles soutient activement des initiatives de sensibilisation innovantes. L’AGAJ a notamment appuyé le développement d’outils comme «OK Groomer», un jeu de prévention créé par Child Focus et visant à aider les jeunes âgés de 8 à 14 ans à se protéger contre le grooming sur la plateforme de jeux vidéo Roblox. L’AGAJ collabore également, avec Child Focus, à la gestion de la ligne d’urgence 116 000, disponible en permanence pour les signalements de grooming et d’autres formes d’abus en ligne.
En outre, l’aide à la jeunesse organise régulièrement des journées de formation pour les professionnels sur des sujets tels que la traite des êtres humains ou encore les violences liées à l’honneur. Ces journées sont destinées à outiller les professionnels. L’aide à la jeunesse soutient également des initiatives locales et collabore avec l’ASBL ECPAT (End Child Prostitution, Child Pornography and trafficking of children for several purposes) pour instaurer des sessions de formation et de sensibilisation à l’utilisation des technologies. Des campagnes de sensibilisation sont régulièrement organisées en Fédération Wallonie-Bruxelles sur les dérives liées à l’utilisation des médias, comme le cyberharcèlement, notamment sexuel.
Pour prendre un exemple, la campagne «Etçatukiff?!» a été déployée à Comines-Warneton de 2022 à 2024. Elle était axée sur le respect de l’intimité, le consentement et la lutte contre le cyberharcèlement à caractère sexiste et sexuel. En 2020, Sofelia, fédération de centres de planning familial, a lancé l’action «Le harcèlement sexiste virtuel, c’est REEL», qui vise à conscientiser le public sur la gravité des violences en ligne à l’égard des femmes. À côté de ces initiatives, cette thématique peut également être abordée dans le cadre de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS).
En effet, celle-ci joue un rôle essentiel en dotant les jeunes de connaissances, de compétences et de ressources nécessaires pour reconnaître et se protéger contre le grooming, tout en favorisant un environnement propice au dialogue sur ces questions sensibles. L’édition 2024 de l’appel à projets «EVRAS en jeunesse» a accordé une attention particulière aux initiatives ciblant spécifiquement les réseaux sociaux. Ces derniers sont envisagés comme des espaces où se manifestent les relations affectives et sexuelles entre jeunes qui doivent connaître leurs dérives.
Néanmoins, les réseaux sociaux peuvent être perçus comme étant des moyens de communicationpertinents pour les actions de l’EVRAS. Des campagnes de sensibilisation utilisant les réseaux sociaux sont organisées par des opérateurs de jeunesse, mais aussi par des centres de planning familial et leurs fédérations. Le Service de la jeunesse, dans le cadre de Yapaka, le programme de prévention de la maltraitance, collabore et contribue à l’élaboration et à la diffusion auprès du secteur d’outils, de ressources, de formations destinés tant au public qu’aux professionnels et abordant les questions relatives au respect de l’intégrité et à la protection des enfants contre les violences. Des formations, dispensées par le biais de cours en ligne ouverts, s’adressant aux professionnels de l’enfance et de la jeunesse, peuvent être consultées sur www.yapaka.be. Ces cours abordent, par un ensemble de situations fictives, la posture du professionnel vis-à-vis des enfants et jeunes qu’il encadre. Il s’agit de prévenir, non seulement dans le chef des victimes potentielles, mais aussi dans celui des adultes, sans tabous, les situations pouvant fragiliser la posture professionnelle des travailleurs.
Enfin, si la Fédération Wallonie-Bruxelles s’engage résolument dans la lutte contre le grooming par une approche intersectorielle combinant prévention, éducation et soutien aux victimes, son action préventive s’inscrit dans un cadre plus large incluant des mesures prises par le pouvoir fédéral et par le monde judiciaire. Je pense notamment à l’adaptation de législation en matière de lutte contre les abus sexuels sur mineurs, en alourdissant les peines pour infractions liées au grooming, ou encore à la création d’unités spéciales chargées de la lutte contre la cybercriminalité et l’exploitation sexuelle des mineurs en ligne.
Réplique de Mme Agic
Madame la Ministre, votre réponse fait un état des lieux des actions entreprises par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est important d’aborder ces thématiques ici, car, comme nous l’avons déjà vu lors des débats sur l’EVRAS, il est compliqué pour certains parents de se rendre compte que, dans la majorité des cas, l’agresseur est un proche. Il est important de continuer à sensibiliser sur le grooming et sur les éléments qui alertent. Je continuerai d’être attentive à cette question et je vous encourage à poursuivre les initiatives dans ce sens, car ce phénomène – notamment en ligne – ne disparaîtra pas tout seul.