Formation des médecins aux thématiques LGBTQIA+

De Leila Agic

à Élisabeth Degryse, ministre-présidente, en charge du Budget, de l'Enseignement supérieur, de la Culture et des Relations internationales et intra-francophones

Les associations de défense des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes et asexuelles (LGBTQIA+) font état d’une pénurie de praticiens formés aux thématiques LGBTQIA+. Dès lors, les professionnels de la santé ont tendance à psychiatriser les difficultés vécues par ce public, ce qui entraîne parfois des problèmes de santé physique ou mentale.

D’après les personnes qui travaillent sur le terrain, les professionnels de la santé devraient davantage prendre en considération le vécu des personnes LGBTQIA+ afin de répondre à leurs spécificités. Par ailleurs, toujours selon les acteurs de terrain, les seuls cours consacrés à cette thématique – lorsqu’ils existent – sont optionnels et interviennent trop tard dans le cursus. Il conviendrait donc d’instaurer une formation systématique portant sur les discriminations et les stigmatisations que subissent les personnes LGBTQIA+. Plus spécifiquement, les associations plaident pour un plan de restructuration des cursus de médecine et de psychiatrie pour y inclure des cours obligatoires sur les thématiques LGBTQIA+, ainsi que des cours de sciences humaines et d’épistémologie permet- tant de porter un regard réflexif sur la pratique. Elles demandent également le développement d’une expertise académique et de recherches solides sur le sujet.

Lors de la dernière séance plénière, nous avons abordé le sujet de la santé mentale et de la lutte contre la transphobie. L’amélioration des formations des professionnels de la santé me semble faire partie des solutions à apporter.

Madame la Ministre-Présidente, toutes les universités proposent-elles dans leurs formations médicales et psychiatriques des cours abordant les thématiques LGBTQIA+? Quelles réflexions sont-elles en cours au sein des institutions pour renforcer ces thématiques? Quels sont vos leviers, en tant que ministre de l’Enseignement supérieur, pour répondre aux désarrois des personnes stigmatisées du fait du manque de formation des professionnels de la santé?

Réponse de la ministre

Cet important sujet a déjà été abordé lors de la précédente législature. En effet, à la demande de la ministre Françoise Bertieaux, le conseil d’administration de l’Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES) a créé un groupe de travail qui étudie les recommandations issues du «Rapport d’information concernant le droit à l’autodétermination corporelle et la lutte contre les violences obstétricales», réalisé par le Sénat et datant du 15 janvier 2024.

Les recommandations relatives à la formation sont envisagées de manière inter-disciplinaire et elles ne sont pas centrées uniquement sur la formation des médecins. Ainsi, l’une des propositions consiste en l’instauration d’une formation englobante et multidisciplinaire. L’idée est de «réformer les programmes d’ensei- gnement (des sages-femmes, gynécologues, obstétriciens, anesthésistes, pédiatres, médecins généralistes, psychologues, psychiatres, kinésithérapeutes, infirmières, etc.) pour en augmenter le caractère transdisciplinaire».

Une autre recommandation aborde la sensibilisation, dans la formation en médecine, aux besoins du public LGBTQIA+, entre autres publics vulnérables. L’idée est de «former en vue de soutenir davantage les publics vulnérables» et de «veiller à promouvoir davantage une attitude respectueuse (langage adéquat, respect, empathie, etc.) et des actions appropriées à l’égard des femmes isolées, des femmes porteuses d’un handicap, des immigrants, des personnes en situation de précarité, des enfants, des adolescents, des personnes LGBTQIA+ et d’autres pu- blics plus vulnérables, par le biais d’une formation spécifique destinée à tous les étudiants dans le domaine des soins de santé, et pas seulement aux stagiaires en obstétrique et gynécologie».

Le groupe de travail entamera ses travaux le 10 octobre 2024, soit cette semaine, et ses réunions sont planifiées tout au long de l’année académique. Le groupe est composé de représentants des cursus de gynécologie à l’université, de kinésithérapie tant à l’université qu’en hautes écoles et de sages-femmes en hautes écoles, de représentants de la Commission «Genre» en enseignement supérieur (CoGES), de la Commission paramédicale de la Chambre des hautes écoles et de l’enseigne- ment supérieur de promotion sociale, d’une membre du groupe de travail interfédéral consacré à la même question, d’une personne de la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée et d’une experte ayant réalisé un mémoire sur les violences obstétricales pour lequel elle a reçu l’an dernier une mention spéciale du Prix Philippe Maystadt.

Les professionnels de terrain rapportent de plus en plus régulièrement, par le biais des comités d’éthiques des hôpitaux, des situations récurrentes de discrimina- tions, qu’elles soient maladroites ou intentionnelles. Celles-ci ont trait au langage verbal ou non verbal, à la manière de nommer la personne, à l’organisation des chambres ou encore aux stéréotypes. La prise en soins des personnes transgenres est particulièrement sensible. Cela nous amène à appuyer la demande de sensibilisation et de formation «inter-multi-trans-disciplinaire» sur les besoins spécifiques de prise en charge de ce public, du personnel d’accueil aux médecins spécialistes.

En ce qui concerne la formation des médecins, le principe fondamental reste qu’un patient est un patient. Les étudiants sont sensibilisés aux sciences humaines et encouragés à examiner de manière critique les pratiques qu’ils observent lors de leurs stages cliniques, en portant une attention particulière aux questions de genre et de discrimination.

L’ARES n’a pas pour mission de définir les contenus des cours. La législation exige que les contenus minimaux pour les bacheliers soient rédigés et centralisés par l’ARES. Pour les masters, les référentiels de compétences sont communs à toutes les formations et également centralisés par l’ARES. Celle-ci fournit les ré- férentiels de compétences pour la formation en médecine, ainsi que les contenus minimaux pour le bachelier en médecine. La psychiatrie étant un master de spé- cialisation, il n’existe pas de référentiel de compétences commun centralisé par l’ARES. Par ailleurs, les universités disposent évidemment de leur liberté péda- gogique et académique pour l’organisation du contenu des cours. Néanmoins, je resterai attentive à ces questions dans le cadre de la formation des professionnels de la santé.

Enfin, Madame la Députée, si vous souhaitez un état des lieux bien plus précis de tout ce qui concerne les cursus, vous pouvez adresser une demande aux universi- tés par le biais de l’ARES ou du Conseil des recteurs des universités francophones (CRef), selon votre préférence.

Réplique de Mme Agic

Je suis ravie d’apprendre que le travail va enfin débuter dans trois jours. C’est très important pour les personnes LGBTQIA+ et, plus largement, pour les personnes qui subissent des discriminations liées au genre, aux origines ou à l’âge. Je serai attentive aux résultats de ce travail, afin que les recommandations que formulent les professionnels de terrain soient bien respectées et instaurées.

Il est indispensable de lutter contre les discriminations et de renforcer le bien-être de chacun. Il faut garantir que ce qui est enseigné et mis en pratique dans nos hôpitaux et dans nos lieux de soins soit bien en phase avec la société d’aujourd’hui. Malheureusement, vu le nombre croissant de plaintes, ce n’est clairement pas le cas.