Décolonisation structurelle et inclusive de l’espace public bruxellois.

(déposée par M. Kalvin SOIRESSE NJALL (F), Mmes Soetkin HOESSEN (N), Hilde SABBE (N), Leila AGIC (F), Nicole Nketo BOMELE (F), M. Guy VANHENGEL (N) et
Mme Victoria AUSTRAET (F))

Aujourd’hui, en 2020, notre histoire coloniale reste souvent mal connue et certainement méconnue. Cette histoire est pourtant indissociable de ce que notre pays est aujourd’hui, de notre présent, des représentations que nous avons de l’autre.

Il n’y a qu’à arpenter Bruxelles pour constater l’omniprésence de ce passé.

Mais l’esprit de la colonisation n’est pas seulement inscrit dans la pierre, il l'est surtout dans les mentalités.

Certain.e.s refusent de voir le lien entre le colonialisme et le problème social actuel du racisme et de la discrimination. Pourtant oui, la déshumanisation associée à la colonisation engendre le racisme !

Un exemple me vient d’ailleurs directement à l’esprit, celui de ces jeunes, au festival Pukkelpop scandants un chant colonial : « coupons des mains, le Congo est à nous », face à deux jeunes filles afrodescendantes.

ll convient de se demander comment les Belges, et en particulier les jeunes, entrent en contact avec des préceptes racistes forgés pendant la colonisation.

En effet, au-delà des généalogies coloniales et de la transmission directe, il faut aussi tenir compte des « mal-dits et des non-dits » de nos livres d’histoires.

Ces événements soulignent l'urgence d'investir dans l'enseignement et la culture afin de faire connaître l'histoire de l'Afrique qui fait aussi parti de notre histoire.

La décolonisation de l’espace public et des programmes scolaires constituent des étapes primordiales dans le cadre de la lutte contre le racisme.

Évidemment faire évoluer les mentalités et mener un vrai travail de fond sur ce sujet c’est l’objectif de la résolution qui nous occupe aujourd’hui. Ce travail ne pourra pas être fait sans un diagnostic préalable de la place que prend cette histoire dans notre espace public.

De nombreux historiennes et historiens se sont exprimés dans une carte blanche dans laquelle ils affirment l’existence d’un consensus historique sur les aspects les plus importants du passé colonial belge.

Il est donc temps d’arrêter de refuser d’admettre le lien qui existe entre le racisme actuel et le passé colonial de notre pays. Cela passe, en partie par la décolonisation de l’espace public et des mentalités afin de rompre avec ce passé colonial.

On ne tourne en effet jamais une page d’histoire sans l’avoir lue jusqu’à la dernière ligne. On ne bâtit pas plus d’avenir commun sur la base d’une occultation de notre passé.

Aujourd'hui, par cette résolution, nous souhaitons initier la remise en question de l'immobilité dans laquelle notre société belge a été trop longtemps enfermée, et mettre fin à la glorification de l'histoire de la colonisation dans les esprits des héritiers d'une ancienne puissance coloniale que nous sommes.

Si nous voulons être la génération du changement, nous devons incarner aujourd’hui ce changement. Et c’est dans ce contexte que nous nous réjouissons de pouvoir soutenir demain après-midi un texte qui aura pu accueillir un large soutien majorité, comme opposition, mais aussi par le gouvernement.