Craintes des syndicats et du secteur vis-à-vis d’un modèle de crèche commerciale

De Leila Agic

à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de justice

Question d’actualité

La presse relayait hier les inquiétudes des syndicats et du secteur de la petite enfance sur la privatisation des crèches et à l’arrivée d’un modèle commercial. Ils craignent en effet l'arrivée dans les crèches d'un modèle à la française, qui poserait un certain nombre de problèmes, tels que des prix exorbitants à payer par les parents, des conditions de travail déplorables pour le personnel ou encore des conditions d'accueil des enfants ne respectant aucune des normes d’application en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est très clair que personne ne souhaite l’avènement de ce modèle, c’est du moins ce que vous aviez confirmé dans la presse.

Cependant, lorsque je lis la Déclaration de politique communautaire (DPC), je m’aperçois que le gouvernement prévoit un soutien accru aux crèches privées. Les mesures pour la petite enfance que vous avez prises jusqu’à présent vont également dans le sens d’un soutien au secteur privé. Si je comprends les besoins de ce dernier, je déplore de ne pas encore avoir vu de balises qui seraient de nature à éviter une dérive commerciale comme celle à laquelle la France est confrontée.

Madame la Ministre, avez-vous rencontré les syndicats et le secteur pour les rassurer sur ces potentielles dérives ? Avez-vous instauré des balises ou comptez-vous le faire afin d’éviter tout glissement vers une forme de commercialisation de ce secteur ?

Enfin, au début de la législature, vous avez annoncé vouloir créer 5 000 nouvelles places dans les crèches. Si cela est évidemment nécessaire, comment comptez-vous ventiler ces places entre le secteur privé et le secteur public. Pouvez-vous apporter des éclaircissements sur ce point ?

Réponse de la ministre

Madame la Députée, les mesures de refinancement que vous évoquez ont pour objectif de ne pas laisser la situation se détériorer. Dois-je vous rappeler que les cinq dernières années, nous avons perdu 1 700 places d’accueil pour la petite enfance, essentiellement dans le secteur privé ? Pour ce qui est des autres mesures que j’ai déployées en faveur du secteur de la petite enfance, j’aimerais mettre en avant les travaux budgétaires 2025 qui vont permettre à l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) de remplir ses objectifs repris dans le contrat de gestion, en particulier les mesures de soutien aux milieux d’accueil dits publics avec toutes les balises qui vont de pair, notamment en matière de participation financière des parents (PFP).

J’ai rencontré les syndicats hier après-midi et je les ai rassurés par rapport aux éléments repris dans la réforme des milieux d’accueil de la petite enfance (MILAC), négociée en son temps par Mme Greoli. Cette réforme fait en sorte que tous les milieux d’accueil autorisés doivent être agréés par l’ONE sur la base de balises qualitatives. Le modèle français tel que décrié, à juste titre, de nombreuses fois par la presse n’est donc pas envisageable en Communauté française.

Pour ce qui est de notre volonté d’ouvrir 5 000 nouvelles places, toutes les pistes devront être exploitées. Il conviendra de veiller au respect des balises qualitatives et à l’accessibilité. Tous les projets innovants associant les crèches avec le secteur public ou le secteur privé, les entreprises, les associations et l’économie sociale seront examinés et activés.

Réplique de Mme Agic

En tant que parents, nous avons tous été interpellés par les dérives dans des crèches en France mises en évidence par la presse. C’est important et normal que nous prenions le temps pour bien nous assurer que ces dérives n’arrivent pas ici.

Effectivement, le secteur de l’accueil de la petite enfance manque de places. Les parents ont peur de confier leurs enfants à une crèche quand ils voient ce genre de dérives. Il est de notre devoir de les rassurer aujourd’hui, mais aussi à l’avenir, pour qu’ils puissent confier en toute sérénité leurs enfants au milieu d’accueil.