Coordination dans la lutte contre l'analphabétisme, outil d'égalité

De Leila Agic

à Yves Coppieters, ministre de la Santé, des Droits des femmes et de l'Égalité des chances.

Question orale

Monsieur le Ministre, le 8 septembre dernier, nous avons abordé la thématique de la lutte contre l’analphabétisme à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation. Nous avons notamment évoqué l’importance de mobiliser vos compétences de ministre de l’Égalité des chances pour participer activement à la coordination des politiques de lutte contre l’analphabétisme. Coordination et cohérence sont au cœur des demandes et des attentes du secteur, qui plaide en faveur d’un renforcement des actions menées.

Je voudrais profiter de mon intervention pour approfondir nos échanges et rassurer toutes les personnes concernées par l’analphabétisme. Je n’oublie pas non plus le volet numérique. Ce sujet nous plonge au cœur des politiques d’inclusion.

Monsieur le Ministre, vous vous êtes dit sensible aux propos de l’ASBL Lire et Écrire, qui affirme que le «tout au numérique» n’est pas une solution et fragilise et exclut des catégories importantes de citoyens. J’en suis rassurée et je note que, dans la Déclaration de politique communautaire (DPC), les engagements sont ambitieux, puisque le gouvernement entend «déployer une politique permettant de garantir aux citoyens en situation d’exclusion digitale un moyen d’accéder et d’utiliser les outils numériques, cela permettant à terme, de faire de l’accès au numérique une réalité».

Par ailleurs, le droit à être entendu et reçu en personne a été consacré par la Cour administrative du Grand-Duché de Luxembourg dans un arrêt du 3 mai 2022. On peut lire dans la Déclaration de politique régionale (DPR) que «les Gouvernements de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles consacreront ce “droit à être entendu et reçu en personne” par décret. Ils veilleront à l’application effective de ce droit au bénéfice de chaque citoyen dans sa relation aux services publics dépendant de la Région ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles». Cela sera-t-il compatible avec les économies à réaliser dans le fonctionnement des services publics ? Avez-vous sensibilisé vos collègues à ce sujet en vue des prochaines discussions budgétaires ? Vous avez annoncé la tenue d’une prochaine conférence interministérielle (CIM) ayant deux priorités: l’inclusion de l’enseignement obligatoire et le lien parentsécole. Ces deux éléments importants concernent le milieu scolaire et, en particulier, le fait de veiller à n’exclure aucun enfant du système pour des raisons d’illettrisme.

C’est bien évidemment fondamental et cela doit continuer à faire l’objet de toute la vigilance nécessaire. Confirmez-vous que le dialogue avec votre collègue chargée de l’Éducation se poursuit afin que ce point figure en bonne place dans le futur plan d’action de lutte contre l’analphabétisme ? Les outils de lutte contre l’échec scolaire, dont une attention accrue accordée aux écoles accueillant des élèves issus de milieux populaires, sont particulièrement mis en avant.

Par ailleurs, la communication avec les parents constitue un levier essentiel pour prévenir les situations d’exclusion pour raison d’illettrisme. Une sensibilisation est nécessaire, même si, au sein du monde scolaire, les acteurs concernés déploient déjà leurs forces pour répondre aux besoins des personnes concernées. Des pistes d’action vous paraissent-elles prioritaires ?

D’autres secteurs sont également concernés. Je pense, par exemple à ceux de l’enfance, de la jeunesse et du sport. C’est pourquoi il est important de garder des formes diverses d’accès aux dispositifs d’alphabétisation et d’accroître les moyens qui y sont consacrés. Partagez-vous cette vision et quels sont vos objectifs?

Réponse du ministre

Madame la Députée, ma réponse sera plus courte que votre question, mais démontrera l’importance que nous accordons à la problématique de l’analphabétisme et aux stratégies à instaurer pour lutter contre ce phénomène. La Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles soutiennent d’ailleurs pleinement l’ASBL Lire et Écrire. La lutte contre l’analphabétisme est une priorité incontournable. L’analphabétisme est souvent lié à la précarité. Les personnes concernées constituent un public vulnérable, qu’il est essentiel de soutenir en répondant de manière ciblée, principalement à l’échelle locale.

Le phénomène de l’analphabétisme s’accompagne d’une fracture numérique grandissante. C’est pourquoi il faut être très vigilant vis-à-vis du «tout au numérique». La DPC prévoit de garantir aux citoyens en situation d’exclusion digitale un moyen d’accéder aux outils numériques, de faire en sorte que personne ne soit exclu et qu’il y ait une coopération entre la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles.

À ce jour, les budgets nécessaires à l’application du futur décret n’ont pas encore été alloués, mais le conclave budgétaire va bientôt commencer. Je serai très attentif à ce qu’il n’y ait pas de suppression du budget alloué à la lutte contre l’analphabétisme. Il y a quinze jours, lors de ma réponse à votre question d’actualité, j’ai insisté sur l’importance de prévenir l’illettrisme dès l’école maternelle et de communiquer avec les parents qui en souffrent. La prévention de l’illettrisme dès l’école maternelle est capitale.

En effet, dans notre système scolaire, les enfants qui n’arrivent pas à suivre, ou auxquels les dispositifs pédagogiques ne sont pas adaptés, sont malheureusement réorientés très rapidement, et donc exclus. Nous avons dès lors un taux très élevé d’illettrisme à la sortie de l’enseignement secondaire, essentiellement professionnel. Nous devons aussi trouver une solution pour les parents qui ont des problèmes d’illettrisme ou d’analphabétisme et pour lesquels les écoles ne développent pas de stratégie particulière, ce qui a des conséquences sur la scolarité des enfants.

Dans ce cadre, je suivrai les recommandations du groupe de travail «Alphabétisation pour adultes 2021-2024», dont le plan d’action a été validé lors de la dernière CIM. Ce plan d’action comprend bien un volet consacré aux jeunes et à l’enseignement obligatoire.

Notons toutefois que la ministre de l’Éducation ne fait pas partie de cette CIM et qu’il s’agit là d’un manquement. Il conviendrait que Mme Glatigny rejoigne cette CIM et les groupes de travail qui y sont liés. Il convient également de travailler en étroite collaboration avec les écoles et les parents. La date de la prochaine CIM n’a pas encore été fixée, mais je ne manquerai pas, Madame la Députée, de revenir vers vous lorsqu’elle aura eu lieu. Je vous informerai des suites données à ma demande de collaboration étroite avec la ministre de l’enseignement obligatoire.

À ce stade, nous n’avons pas encore pointé de piste d’action prioritaire. Quoi qu’il en soit, nous devrons définir nos priorités avec l’ensemble des acteurs du monde scolaire et du monde associatif. Il conviendra de travailler spécifiquement sur la communication auprès des parents. Je souhaite conclure en mettant l’accent sur la nécessaire transversalité dans la lutte contre l’analphabétisme. J’essaierai de mobiliser l’ensemble des ministères concernés: éducation, emploi, santé et action sociale. Une politique d’inclusion ne peut être efficace que si elle est transversale.

Réplique de Mme Agic

Monsieur le Ministre, je salue votre implication. Les priorités semblent être floues en ce début de législature, mais nous reviendrons vers vous dans quelques mois. Cinq ans ne seront pas de trop pour avancer sur un sujet aussi important. Nous vous invitons à prendre rapidement cette question majeure à bras-le-corps. Rappelons que l’analphabétisme concerne 10 % de la population.