l’évaluation du Plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes, concernant les violences au sein des couples jeunes

de Leila Agic

à Nawal Ben Hamou, Secrétaire d'État à la Région de Bruxelles-Capitale en charge du Logement et de l'Égalité des Chances

Les recherches sur les violences dans les relations amoureuses des jeunes se sont multipliées au cours des dernières années, ce qui a permis de découvrir qu'un pourcentage important d'adolescents subissent des violences dans le cadre de leurs relations amoureuses.

Soyons honnêtes, lorsque l’on pense à une situation de violences au sein d’un couple, les images qui nous viennent à l’esprit sont celles de couples adultes, vivant ensemble, et par violence, pour la plupart, l'on entend des coups ou agressions physiques. Oui, s'il est vrai qu’une grande partie des violences conjugales sont des agressions dans un couple constitué d’adultes, il existe toutefois d’autres formes de violence au sein d’un couple et les victimes en sont souvent de jeunes adolescentes.

Avant d'évoquer les faits, rappelons d’abord la définition des violences au sein d’un couple établie en 2006 : « Les violences dans les relations intimes sont un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes de l’un des partenaires ou ex-partenaires qui visent à contrôler et dominer l’autre. Elles comprennent les agressions, les menaces ou les contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenées à se répéter, portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle ».

Dans cette définition, j’aimerais porter votre attention sur les termes « comportements visant à contrôler », « dominer l’autre » ainsi que « contraintes verbales et sexuelles ». Ces termes sont d’une grande importance, car ce sont les violences dont souffrent le plus les jeunes filles et que l’on a souvent tendance à oublier.

Ces genres de violence sont les plus vicieux parce qu'il est fréquent que la victime n’en ait pas conscience et que lorsqu'elle en prend conscience, il n’existe pas, voire très peu de dispositifs pour gérer ce genre de situation.

Chaque jour, plusieurs adolescentes font face à des violences au sein de leur couple sans qu’elles-mêmes s’en rendent compte. Dans la majorité des cas, elles sont victimes de violences verbales ou psychologiques. De plus, d’après les statistiques, en moyenne cinq femmes sur dix souffrent de violences, mais ce taux est de sept sur dix chez les adolescentes. C'est dû notamment au fait que l’adolescence est l’époque des premières fois. Sans oublier que la crise du coronavirus a provoqué une augmentation de 10 % de ce taux.

Aujourd’hui, il est nécessaire de prendre conscience de la gravité de ce sujet souvent oublié et d’envoyer aux jeunes filles le message que ce n’est ni normal ni banal, et qu'elles aussi doivent être protégées contre les violences au sein de leur couple.

Qu'est-ce qui est mis en œuvre afin de lutter concrètement contre ces violences subies par les jeunes filles au sein de leur couple ? Avez-vous des actions spécifiques à destination des jeunes ?

Quelle stratégie envisagez-vous pour lutter contre ce problème ? Comment incluez-vous cette question dans vos actions en matière de lutte contre les violences faites aux femmes dans notre Région ?

Réponse de la secrétaire d’état

Le plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes vise la protection de toutes les femmes. Toutes les actions de ce plan concernent chaque femme, indépendamment de son âge. Celles qui concernent plus spécifiquement l’espace public et les transports en commun touchent les femmes de tout âge. D'autres visent plutôt les femmes plus jeunes, comme le cyberharcèlement.

En matière de prévention des violences au sein des couples de jeunes, la cellule de l'égalité des chances de Bruxelles Pouvoirs locaux (BPL) a travaillé plusieurs années sur la prévention des mariages forcés, dont sont victimes un nombre élevé mais souvent invisible de jeunes filles. Ce type de mariages, et toute la violence qui s’ensuit, sont le plus souvent sous-rapportés, ce qui en fait l'une des formes les plus insidieuses de violences faites aux jeunes filles. Dans ce cadre, BPL a dispensé plusieurs formations aux services communaux en contact avec les jeunes filles et publié un guide de prévention des mariages forcés à destination des jeunes filles, en plusieurs langues.

En outre, BPL a prévu d'organiser cette année un atelier de sensibilisation à destination du personnel communal en contact avec les jeunes, pour l'aider à traiter des sujets liés aux violences dans les relations amoureuses : violences psychologiques, consentement et vengeance pornographique. Cet atelier a pour objectif de doter le personnel des ressources nécessaires pour pouvoir encadrer et sensibiliser les jeunes, les questionner sur leurs propres représentations genrées, mais aussi les aider à prendre conscience de la violence qui est parfois présente dans leurs relations. Cela permettra de tenter de remédier à ce phénomène et de ne pas reproduire indéfiniment le mécanisme.

Par ailleurs, chaque année, depuis plus de quinze ans, BPL lance un appel à projets à destination des communes bruxelloises pour les soutenir dans leurs initiatives en égalité des chances. Au cours des dernières années, plusieurs communes ont été soutenues pour des projets liés à cette question de la violence dans les couples de jeunes.

En 2020, cinq communes avaient présenté des projets qui concernent directement ou indirectement la violence. En 2022, nous avions lancé un appel spécifique sur la lutte contre les inégalités de genre dans le secteur de l’enfance et la jeunesse. Des projets qui concernaient les violences ou la lutte contre les stéréotypes ou les préjugés avaient ainsi été soutenus dans douze communes bruxelloises.

Bien entendu, n’oublions pas l’appel à projets Eva, qui visait à mettre en place des cellules spécifiques pour l’accueil des victimes de violences intrafamiliales et sexuelles, dont une ouvrira ses portes à côté de l’ULB, précisément pour accueillir correctement les jeunes étudiantes.

En ce qui concerne les subventions d’equal.brussels, j’ai soutenu, en 2022, plusieurs projets qui visent spécifiquement cette question, à savoir :

- le Réseau mariage et migration, pour son outil d'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle relatif aux violences liées à l’honneur, et son étude sur les mariages forcés et les violences liées à l’honneur en Région de Bruxelles-Capitale, soit deux projets très importants ;

- l’ASBL Ganshoren pour son projet « Violence et amour à l’adolescence » en lien avec ses activités sportives, culturelles et de loisirs ;

- YoungThinkers, pour son projet visant à sortir la violence intrafamiliale de sa « caverne » et l’amener dans l’espace public par le biais de discussions à visées philosophiques, ainsi que pour son projet « Fais pas ci, fais pas ça, ma poupée », une création par les jeunes et pour les jeunes de supports artistiques pour s'interroger sur le rapport à l’autre sous le prisme du contrôle et de la relation sujet-objet.

Par ailleurs, nous avons également soutenu Plan International, qui développe des activités par et pour les jeunes en Belgique, notamment en matière de lutte contre les violences.

Enfin, je terminerai par indiquer que c’est à mon initiative que le Forum des jeunes a intégré le Conseil bruxellois de l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est un signe de l’importance que nous accordons à leur expertise et leur apport quant à nos politiques publiques

Réplique de Mme Agic

En effet, si nous oublions d'inclure les jeunes dans nos différents plans et notre communication, nous risquons de passer à côté de thématiques qui leur parlent. Ils pourraient alors ne pas se sentir concernés par ce que nous proposons pour lutter contre les violences faites aux femmes, ou dans d'autres domaines. Je me réjouis donc d'apprendre que cet aspect est pris en considération. Nous devrions suivre de plus en plus ce genre d'approche, notamment en les incluant dans le conseil d'avis. Nous devrions aussi franchir ce pas pour d'autres conseils. J'inviterai vos collègues à faire de même.