Chargés de mission
De Leila Agic,
à Valérie Lescrenier, vice-présidente du gouvernement et ministre de l'Enfance, de la Jeunesse, de l'Aide à la jeunesse et des Maisons de justice
Madame la Ministre, lors de la séance plénière du 19 février dernier, la ministre Glatigny a répondu à une question d’actualité sur les détachés pédagogiques. Cette question trouvait son origine dans un courrier envoyé par l’administration aux détachés, sur ordre du cabinet de la ministre, et précisant que leur congé pour mission se limitait à une année scolaire.
Pour contrer la pénurie d’enseignants, votre gouvernement envisage de revoir ces congés pour mission; vous nous avez confirmé qu’une réflexion était en cours à ce sujet. Ce point n’a d’ailleurs pas manqué d’inquiéter les acteurs de la jeunesse, comme nous l’a confirmé le Forum des Jeunes lors de son audition. Lorsque le gouvernement précédent a évalué le système des chargés de mission dans le secteur jeunesse, il n’envisageait pas de supprimer des emplois, mais de les convertir en postes organiques au moyen de subventions à l’emploi. Désormais, il serait question de les supprimer purement et simplement.
Nous sommes inquiets d’apprendre que la fin des détachements puisse advenir dès la fin de l’année scolaire, sans que des moyens supplémentaires aient été dé- bloqués pour soutenir les organisations de jeunesse. Nous sommes déçus de constater que vous n’êtes pas parvenue à défendre ce secteur indispensable au bien être des jeunes.
Lors d’une audition au Parlement bruxellois, la commissaire nationale aux drogues a montré le schéma d’un iceberg qui illustre l’importance de lutter contre la criminalité selon plusieurs axes: la sécurité, la prévention et la vie de quartier. La commissaire a par ailleurs présenté sa stratégie «Built, Hold, Clear». Dans l’axe «Built», la Fédération Wallonie-Bruxelles a un rôle important à jouer dans ses compétences de l’Enseignement, l’Aide à la jeunesse ou encore la Jeunesse. Dans ce cadre, les actions de prévention menées par les organisations de jeunesse, les maisons de jeunes et les mouvements de jeunesse sont indispensables. Ces structures ne sont pas de simples lieux de squat pour les jeunes.
Ainsi, après l’avoir fait pour la culture, le MR, votre partenaire de majorité, a remis en question l’importance de ces structures. Selon ce parti, ces dernières se résumeraient à des lieux mettant des kickers à la disposition des jeunes. Cela dé- montre, d’une part, son mépris total pour ce secteur et, d’autre part, sa méconnaissance de la problématique. Nous ne sommes donc pas surpris qu’une ministre issue du MR se permette de sabrer dans le personnel des organisations de jeunesse.
Néanmoins, Madame la Ministre, j’imagine que vous ne suivez pas la même ligne que vos collègues du MR. Êtes-vous au courant des courriers envoyés aux détachés par l’Administration générale de l’enseignement (AGE) à la demande de la ministre Glatigny ? Quel avenir sera-t-il réservé à ces personnes ? Quelles mesures seront-elles prises pour pallier ce désinvestissement ?
Par ailleurs, comment réagissez-vous aux propos tenus par le MR ? Doit-on voir un lien entre les expressions publiques de ce parti et les coupes claires qu’il envisage dans les moyens alloués au secteur de la jeunesse ?
Réponse de la ministre
Madame la Députée, le courrier que vous citez indique qu’une grande partie des demandes de congé ont été limitées à l’année scolaire en cours ou à la suivante. Cela ne change en rien la possibilité de renouveler un congé pour mission. Il faudra donc en tenir compte lors de la demande de renouvellement. Si le renouvellement du congé pour mission a été limité à un an en tant que démarche administrative, rien ne concerne le congé en tant que tel.
La ministre de l'Éducation a demandé la mise à jour du cadastre des détache- ments pédagogiques. Elle mènera ensuite une réflexion. Celle-ci n’ayant pas en- core eu lieu, il n’y a pas de raison, à ce jour, d’évoquer la suppression d’emplois.
Enfin, je porte une attention particulière à l’éducation non formelle, que je con- sidère comme un levier essentiel pour l’épanouissement des jeunes et leur engagement dans la société, car elle leur permet de développer des compétences transversales, de renforcer leur esprit critique et d’acquérir des expériences formatrices.
Réplique de Mme Agic
Madame la Ministre, votre réponse est assez courte et un peu facile. Vous dites que, pour l’instant, rien de concret n’est envisagé et qu’il n’y a donc pas de raison de s’inquiéter, notamment pour l’emploi. Aujourd’hui, pourtant, l’avenir est flou, le personnel détaché passant d’une vision sur trois ans à une vision sur un an.
Mieux vaut prévenir que guérir. Une perte d’emplois serait problématique pour le secteur de la jeunesse. Il est donc légitime que le secteur et nous, porte-voix de leurs inquiétudes, vous interrogions à ce propos. Je vous souhaite bien du courage lors des négociations à ce sujet avec vos collègues du MR; les discussions risquent d’être compliquées.